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Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

23 octobre 2016

Princeton, en été, n’avait pas d’odeur, et si Ifemelu appréciait le calme verdoyant de ses nombreux arbres, ses rues propres et ses majestueuses maisons, ses magasins aux prix subtilement exagérés et son air tranquille, immuable de grâce méritée, c’était cette absence d’odeur qui la séduisait le plus, peut-être parce que les autres villes américaines qu’elle connaissait dégageaient toutes des effluves caractéristiques.

À force d’avoir entendu parler de ce livre, j’ai profité de sa sortie en poche pour m’y plonger ! Tout ce que j’en savais avant de commencer pourrait se résumer en « Aller-retour d’une Nigériane aux Etats-Unis ». Mais c’est bien plus que cela.

Dès les premières pages, on est happé par le style riche et évocateur de l’auteur, qui nous entraîne sur les pas d’Ifemelu, étudiante en littérature à Princeton, forcée de devoir rejoindre la banlieue pour y trouver un salon de coiffure afro et y rester six heures durant se faire tresser les cheveux. Le décor est posé. Ifemelu vit déjà depuis treize ans aux Etats-Unis, elle en connaît les codes, ou du moins, croit les connaître mais ne cesse d’en découvrir de nouveaux. Tous liés à la notion de « race ». Des subtilités de langage et de comportement, qui maintiennent une frontière invisible entre Blancs et Noirs en Amérique. Des situations qu’elle n’a jamais connu ni ressenti au Nigéria, son pays d’origine. La vie américaine d’Ifemelu, sa galère les premières années, ses échecs, son premier travail, en tant que babysitter d’une famille WASP, puis ses deux histoires d’amour consécutives, d’abord avec un Blanc plutôt aisé (Curt) puis avec un prof de fac afro-américain (Blaine) permettent d’explorer les différentes facettes des couples mixtes, du regard des proches et des amis, et ce qu’il advient de ces couples une fois que le temps de l’enthousiasme est passé.

Ifemelu tient un blog intitulé « Raceteenth ou Quelques observations intéressantes sur la négritude en Amérique par une Noir non américaine ». Rapidement, son blog est lu, commenté, diffusé. Elle est sollicitée pour des conférences, reçoit des dons, parvient à en vivre. « Blogueuse de la race », Ifemelu décortique avec ironie et parfois avec cynisme les contradictions d’une société américaine basée sur l’égalité et le mérite, mais qui ne parvient jamais à oublier la couleur de la peau. Les petites discriminations du quotidien, l’hypocrisie latente des paroles bienveillantes, étonnent chaque jour un peu plus Ifemelu qui n’avais jamais ressenti jusqu’alors le simple fait d’être Noire. Toutes ces situations sont amenées avec délicatesse, il n’y a jamais de violence, ni de revendication dans les propos de l’auteur, sauf parfois dans la bouche des amis de Blaine, mais même là, on sent toujours poindre une légère moquerie. Il ne s’agit pas de juger, mais d’observer, parfois avec amusement.

Et puis un jour, Ifemelu décide de rentrer au Nigéria. C’est ce retour qui donne son titre au roman.

« Americanah » est un terme nigérian désignant quelqu’un qui est parti aux Etats-Unis, puis rentré au Nigéria, et soudain, il a plein de manières, il prétend ne pas comprendre les dialectes nigérians, parle avec un accent américain, etc. Ce n’est pas une insulte, ça n’a rien de méchant ou de péjoratif, c’est une façon amusante de se moquer des gens. (interview pour Mollat)

Tout d’un coup, les questions de race disparaissent. Elle retrouve Lagos, ville grouillante et complexe.  Elle fréquente sans conviction les jeunes qui ont fait fortune en Amérique ou en Europe et sont rentrés au pays avec des billets dépassant de leurs poches. Elle retrouve ses anciennes amies, dont la vie tourne autour du mariage et des enfants. Elle retrouve surtout Obinze, l’amour de ses années étudiantes au Nigéria, celui qu’elle surnomme poétiquement « Ciel ». L’homme qu’elle s’est forcée à oublier lorsqu’elle est devenue Américaine. L’homme qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Et malgré quelques longueurs, Americanah nous offre avant tout autour de ce couple une magnifique histoire d’amour. Lisez donc sans attendre ce roman incontournable !

Americanah

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