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Chez les heureux du monde, Edith Wharton

15 juillet 2012

chez les heureux du monde edith whartonPrésentation :

Un après-midi de septembre, à la gare de New York, Mr Selden rencontre par hasard Miss Lily Bart ; elle vient de manquer le train qui devait la conduire chez des amis. Elle accepte de venir prendre une tasse de thé chez l’avocat. C’est l’occasion pour lui de faire une cour discrète à cette jeune femme de vingt-neuf ans, orpheline charmante mais sans argent, qui aimerait faire un riche mariage. Mais, pour elle, ce moment passé seule à seul chez un célibataire est aussi la première entorse aux usages du monde. Évocation brillante de la haute société new-yorkaise, où la richesse ne compte qu’affichée, Chez les heureux du monde fonde son intrigue sur le thème du mariage et de l’ascension sociale qu’il permet. Mais Lily Bart confond la vie et les fausses valeurs auxquelles elle sacrifie son âme…

Ce que j’en dis :

De week-ends à la campagne aux réceptions en ville, Miss Lily Bart papillonne dans la haute-société new-yorkaise avec grâce et aisance. A 28 ans, sans ses parents, elle sait qu’elle doit désormais songer très sérieusement à se marier pour assurer son avenir. Donc trouver un mari fortuné. Ce ne sont pas les occasions qui ont manqué jusque là, mais elles ont toujours tourné court. Inconsciemment, Lily se dérobe au dernier moment, ne pouvant se résoudre à se lier définitivement à un homme qu’elle ne respecterait pas. Lorsque s’ouvre le roman, Lily croit encore pouvoir choisir. Avec une certaine désinvolture, elle se laisse aller à une conversation presque intime avec Lawrence Selden, un avocat qui a pour elle plus que de l’admiration. Mais pour elle, impossible d’aller plus loin qu’une conversation, il ne peut lui apporter ce luxe dont elle a besoin. Peu après, elle refuse la main d’un riche homme d’affaires, pensant pouvoir trouver mieux. Cependant, au fil des pages, sa situation devient de plus en plus délicate.  Contrainte de devoir rester auprès d’amies plus fortunées qui la protègent, elle devient proche de leurs maris… Sur le sommet depuis lequel elle contemple ce monde, Lily ne voit pas la tempête prêt à s’abattre sur elle. De déceptions en scandales, Lily voit progressivement son avenir se fissurer. Même son amitié avec Selden lui échappe.

De nombreux personnages se croisent dans le cercle dans lequel évolue Lily : chez les Trenor, Judy est l’amie intime de Lily jusqu’à ce que Gus ne semble remarquer les charmes de celle-ci, chez les Dorset, c’est George qui se rapproche d’elle car sa femme Bertha entretient une liaison avec un jeune homme. Mr Rosedale, riche homme d’affaires évoquant un peu la figure d’Augustus Melmotte (bien que 30 ans plus tard !), fait preuve de sensibilité mais ne cache pas son ambition. Il y a aussi Carrie Fischer, un personnage que j’ai beaucoup aimé, qui a trouvé une manière originale de rester dans la haute-société sans moyens : elle introduit dans les cercles les plus huppés les couples de nouveaux riches. On voit bien qu’on est à un tournant pour ce milieu : l’argent désormais peut beaucoup et si on méprise ouvertement ces nouveaux riches, ils sont progressivement intégrés car leur fortune est indispensable à beaucoup. De plus, l’argent semble remplacer les liens d’amitié et d’honneur qui liaient tous ces gens entre eux. Tout au long du roman, Lily est profondément déçue dans ses amitiés, seule Grace Stepney, jeune femme vivant seule dans un petit appartement, loin du luxe des fréquentations de Lily, lui restera fidèle dans ses malheurs.

A travers ce poignant destin de femme, Edith Wharton montre une finesse psychologique extraordinaire. La majorité du roman est vu par les yeux de Lily, on suit avec bonheur et anxiété ses actions, ses décisions, ses déceptions. Les quelques scènes décrites du point de vue de Lawrence Selden ou de Grace Stepney ne font en fait que renforcer l’image kaléidoscopique qui nous est offerte. Consciente de ses charmes, Lily est une jeune femme sûre d’elle, ambitieuse sans vanité, intelligente sans pédanterie. Il suffit parfois d’une petite faiblesse à un point précis de notre vie pour que celle-ci prenne une toute autre direction. C’est ce qui arrive maintes fois à Lily, notamment au début du roman lorsqu’elle décide de ne pas aller à l’office un dimanche matin chez les Trenor. A cause de cet « acte manqué », elle se rend compte qu’elle peut renoncer définitivement à son mariage avec Mr Gryce. A trop croire que la raison seule guide ses actes, Lily oublie qu’à tout moment, son cœur – ou son naturel, car elle est souvent dans l’obligation de se travestir pour mieux séduire – peut reprendre le dessus. A chaque nouvelle chute, Lily est persuadée qu’elle se relèvera sans trop de dégâts. C’est seulement lorsque le manque d’argent se fait cruellement sentir que Lily prend conscience de sa légèreté. Malheureusement, devant tous les fils du destin qui s’offraient à elle, elle n’aura pas su tirer le seul qui lui aurait permis d’être heureuse. La fin tragique du roman m’a laissée bouleversée par l’injustice que représente une vie manquée.

Ce que j’en fais :

Une lecture étourdissante qui m’a happée jusqu’au bout et dont l’héroïne me hantera longtemps ! Edith Wharton est décidément un auteur imprévisible qui mérite que l’on redécouvre son œuvre. Un petit clin d’œil à Alice qui m’avait donné envie de lire ce roman ;-). L’incroyable destin de Miss Lily Bart est digne de figurer dans le challenge de George sur les femmes chez Edith Wharton. Une adaptation remarquée (The House of Mirth), sortie en 2000 avec Gillian Anderson, Dan Ackroyd, mais aussi Elizabeth McGovern et Laura Linney, est déjà dans ma liste !!

Ils en parlent aussi :

  • Alice : « La plume d’Edith Wharton est un enchantement.« 
  • Romanza : « Ce roman est une succession de scènes mythiques où notre cœur s’arrête de battre, notre souffle se suspend, notre corps reste entièrement raidi. »
  • Maggie : « Un livre à lire absolument pour sa délicate peinture des mœurs américaines du début du XXème siècle et découvrir une héroïne hors du commun… »
  • et sur Babelio

Je vous recommande :

21 commentaires

  • Répondre Asphodèle 16 juillet 2012 at 7 h 55 min

    J’en ai deux dans ma PAL et ton beau billet me donne envie de m’y remettre !!! Je continuerai (après Eté) par Le temps de l’innocence, je note celui-ci !!!

    • Répondre Eliza 16 juillet 2012 at 10 h 21 min

      Pareil, je ne suis pas prête de m’arrêter avec Edith Wharton, c’est vraiment une écriture magnifique !! Je pense lire ensuite Les Boucanières.

  • Répondre maggie 16 juillet 2012 at 17 h 38 min

    Quelle beau billet ! C’est l’un des romans qui m’a le plus marqué dans ces deux dernières années !!!! D’ailleurs, maintenant, je lis toute son oeuvre… bon disons que j’en ai lu plusieurs !!!!

    • Répondre Eliza 18 juillet 2012 at 23 h 11 min

      Moi aussi, il va me marquer durablement je pense ! Je suis très contente de savoir qu’il m’en reste plein d’autres à lire 😉 !

  • Répondre maggie 16 juillet 2012 at 17 h 39 min

    ps : le film est magnifique aussi!!!!!

  • Répondre Shelbylee 16 juillet 2012 at 20 h 29 min

    Le Temps de l’innocence m’avait profondément marquée, je ne sais pas pourquoi je n’ai lu d’autres livres de Wharton. Il va falloir que j’y remédie.

    • Répondre Eliza 18 juillet 2012 at 23 h 12 min

      Oui, je te le conseille, je pense que tu vas adorer !!

  • Répondre Emjy 20 juillet 2012 at 21 h 23 min

    Edith Wharton est devenue un auteur incontournable pour moi (au moins deux de ses romans – Ethan Frome et Les Boucanières – comptent parmi mes préférés). Je n’ai pas encore lu celui-ci mais au vu de ton avis, cela ne saurait tarder ! 🙂

    • Répondre Eliza 21 juillet 2012 at 7 h 40 min

      Si tu aimes Edith Wharton, oui, il faut que tu lises celui-là !! Mon prochain sera les Boucanieres justement 🙂

  • Répondre Allie 21 juillet 2012 at 18 h 06 min

    Il est dans ma PAL. Pas encore lu, mais j’aime beaucoup Edith Wharton. J’ai le film aussi qui m’attend. Il passait à la télé aujourd’hui, je l’ai enregistré 🙂

    • Répondre Eliza 21 juillet 2012 at 20 h 57 min

      Il passait à la télé aujourd’hui ? Mince, je n’avais pas vu ça !! Sur quelle chaîne ? à quelle heure ? En tout cas, merci d’être passée par ici ;-)…

  • Répondre Alice 9 août 2012 at 9 h 04 min

    Je suis contente qu’il t’ait plu, surtout si c’est moi qui t’ai donné envie de le lire!!! Mais cette fin!! Ahlala, j’y repense encore parfois… J’aimerais en lire d’autres encore mais j’attendrai peut-être tes avis, parce qu’autant de tristesse, c’est dur pour mon petit coeur!!
    PS/ Faut que je vois l’adaptaiton aussi!!!!

    • Répondre Eliza 9 août 2012 at 16 h 08 min

      Ah oui c’est sûr, c’est vraiment triste…! L’adaptation me dit bien aussi, j’essaye de la trouver en français. Et pour Edith Wharton, je pense en lire pas mal dans les mois qui viennent, alors s’il y en a des plus joyeux, je te le dirai. Mais je commence à comprendre pourquoi Henry James l’appelait « l’ange de la dévastation »…

  • Répondre Les Boucanières, Edith Wharton « Passion lectures 22 août 2012 at 15 h 04 min

    […] Pourtant, le destin des Boucanières est bien moins dramatique que celui de Lily Bart dans Chez les heureux du monde. Toutes ne connaîtront pas la déception d’Annabelle et la fin du roman nous offre quelques […]

  • Répondre La splendeur des Lansing, Edith Wharton | Passion Lectures 23 mai 2013 at 6 h 23 min

    […] en rendant de menus services à ses amies. Sa position est très proche de celle de Lily Bart des Heureux du monde. Elle sait que la prodigalité de ses amies dépend de sa serviabilité et elle l’a toujours […]

  • Répondre Challenge Edith Wharton by George | 24 mai 2013 at 19 h 00 min

    […] – Chez les heureux du monde […]

  • Répondre Challenge Edith Wharton, bilan et prolongation ! | 24 mai 2013 at 19 h 01 min

    […]  Une Comète – Eliza – […]

  • Répondre Lectures de vacances | Passion Lectures 21 juillet 2013 at 18 h 36 min

    […] nommé pour les vacances, pour le challenge Wharton de George ! Déjà lus : Libre et légère, Chez les heureux du monde, La splendeur de Lansing, Les […]

  • Répondre Une année de lectures… | Passion Lectures & co 4 janvier 2015 at 15 h 17 min

    […] d’un homme dont le destin lui échappe. J’ai cependant été moins conquise que par Chez les heureux du monde, sans doute parce que j’ai éprouvé beaucoup moins d’empathie pour son héros que pour […]

  • Répondre La Prose d'une Époque 22 février 2015 at 3 h 38 min

    Je vais le lire cette année, j’ai trop hâte 🙂

  • Répondre Une année de lectures… – Lectures & co 2 septembre 2015 at 6 h 10 min

    […] d’un homme dont le destin lui échappe. J’ai cependant été moins conquise que par Chez les heureux du monde, sans doute parce que j’ai éprouvé beaucoup moins d’empathie pour son héros que pour […]

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