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De grandes espérances, Charles Dickens

1 avril 2012

Présentation :

Elevé, à la mort de ses parents, par le redoutable dragon domestique que le Ciel lui a donné pour sœur, Pip (Philip Pirrip) semble promis à l’existence obscure d’un jeune villageois sans fortune. C’est compter sans la bienveillance des divinités tutélaires qui veillent sur son enfance. Car Pip a le privilège de vivre au milieu de créatures singulières dont l’existence seule accrédite la croyance au miracle : il y a tout d’abord le sourire débonnaire, l’amitié protectrice et complice de son beau-frère, le forgeron Joe Gargery, puis la rencontre terrifiante mais bientôt miraculeuse d’Abel Magwitch, forçat au grand cœur, émule de Jean Valjean, qui saura lui rendre au centuple son modeste bienfait. Mais il y a surtout la pittoresque Miss Havisham et son éblouissante protégée, Estella. Estella au nom prédestiné, dont la froide et fascinante beauté exalte et désespère tout à la fois le jeune Pip : « J’ai regardé les étoiles et j’ai pensé que ce serait affreux pour un homme en train de mourir de soif de tourner son visage vers elles et de ne trouver ni secours ni pitié dans cette multitude scintillante. » Car les « grandes espérances » qui portent le jeune Pip ne sont pas les aspirations prosaïques de l’Angleterre victorienne, sa recherche du confort ou de la respectabilité, mais bien les puissances du rêve qui nous font chercher le bonheur au-delà de la Sagesse.

Ce que j’en dis :

Le jeune Pip est élevé durement par sa sœur et s’apprête à suivre la voie de son beau-frère, Joe, forgeron. Une noble dame excentrique, Miss Havisham, décide cependant de le prendre sous son aile et le fait venir régulièrement à Satis House, où il rencontre sa fille adoptive, Estella. Mais au moment décisif où Pip s’attend à ce que Miss Havisham fasse son éducation, celle-ci décide seulement de payer son apprentissage de forgeron auprès de Joe. Des années plus tard, alors que Pip, resté à la forge, est devenu un jeune homme, il est contacté par M. Jaggers, avocat londonien, qui lui annonce qu’il a désormais « de grandes espérances » : un généreux bienfaiteur, qui veut rester anonyme, souhaite élever Pip au rang de gentleman afin de lui léguer sa fortune. Pip arrive donc à Londres bien décidé à réussir, persuadé que derrière cet anonymat se cache Miss Havisham, qui prépare ainsi son héritier pour le marier à Estella. Mais sur beaucoup de sujets, Pip découvrira petit à petit que la vérité est bien loin de ce qu’il avait imaginé.

Ce grand roman de Dickens est écrit à la première personne, du point de vue de Pip, et Dickens réussit bien à adapter son style d’écriture et ses cheminements de pensée à l’âge de son héros, bien que ce « je » m’ait un peu lassée à la longue. Toute la première partie se passe en effet lorsque Pip n’est encore qu’un enfant et nous voyons donc le monde par ses yeux. Par ce biais, Dickens fait de ce roman un réel roman d’apprentissage : en racontant son histoire, en nous livrant tous les ressorts de ses décisions, les mauvaises comme les bonnes, Pip se livre lui-même à une auto-critique en règle et tente de tirer les leçons de ses erreurs, en vain. Tout en introspection, le rythme du roman est assez lent, sauf dans la dernière partie où tous les morceaux du puzzle se rejoignent dans un grand souffle romanesque.

Ce ne sont donc pas tant les rebondissements qui font l’intérêt de ce roman que l’incroyable galerie de personnages que nous offre l’auteur : Joe, le forgeron, illettré au grand cœur qui sera pendant des années le seul véritable ami de Pip, jusqu’à ce que ce dernier lui tourne le dos à cause de ses allures campagnardes ; Mr. Pumblechook, grotesque bourgeois du village de Pip, dont toute l’existence repose sur une réécriture de l’histoire à son avantage ; Miss Havisham, aux allures d’éternelle fiancée fantomatique dans sa robe de dentelle déchirée, qui entretient au fond de son cœur une haine farouche envers les hommes ; Estella, sa protégée, élevée dans cette haine mortelle, insensible aux sentiments que lui porte Pip ; Jaggers, l’avocat implacable et froid, que toute canaille de Londres vient réclamer comme défenseur ; Wemmick, son assistant, tout aussi implacable que son maître, sauf dans son foyer, où il se révèle le plus agréable des amis ; Herbert, l’ami dévoué et fidèle de Pip ; Magwitch enfin, le forçat que Pip aida un jour à s’enfuir et qui réapparaîtra sur sa route pour changer à jamais son destin…

En dehors du piquant de Dickens pour le choix de ses personnages, j’ai été plutôt déçue du peu de choses qui se passent, notamment entre Pip et Estella, ou bien à propos de Miss Havisham. Je pense avoir eu, comme Pip, « de grandes espérances » qui ne se sont pas réalisées. Pip lui-même m’a semblé très désagréable et je n’ai pas réussi à éprouver de la compassion pour lui, ou même de l’intérêt. L’ensemble du roman m’a paru dominé par une tonalité assez triste et mélancolique dont je n’ai pu me défaire…

Ce que j’en fais :

Il m’aura fallu plus de deux mois à lire De grandes espérances. Une lecture difficile, après l’enthousiasme du Mystère d’Edwin Drood, qui n’entame cependant pas mon envie de lire d’autres romans de Dickens, mais qui me laisse un peu dépitée… Je n’ai plus qu’à reprendre la dernière adaptation de la BBC, dans laquelle Gillian Anderson campe une Miss Havisham angoissante à souhait !

Ce roman est aussi ma première participation au challenge victorien d’Arieste, que tout blogueuse férue de littérature anglo-saxonne a déjà commencé ;-). Comme je commence avec un Dickens, je me suis inscrite en catégorie « Charles Dickens », ce qui m’engage à écrire au moins 9 billets sur de la littérature victorienne ou des livres traitant de l’époque victorienne et ce, avant le 24 mai 2013…! Un bel objectif à tenir 🙂

Ils en parlent aussi :

  • Cunéipage : « Dans ces grandes espérances, je me suis heurtée au problème de ne pas du tout goûter le narrateur »
  • Madame Charlotte : « tout contribue à faire de ce roman un pur bonheur, un livre DÉVORABLE d’un bout à l’autre, grâce au style jubilatoire de Dickens »
  • Mélisende : « Plus ma lecture avançait et plus je découvrais des liens entre chaque personnage et chaque destin ; je ne m’attendais pas du tout à cela ; un vrai délice ! »
  • Malice : « Un livre coup de cœur, je ne regrette absolument pas ma lecture. »
  • et sur Babelio

Je vous recommande :

18 commentaires

  • Répondre Miss Léo 1 avril 2012 at 16 h 52 min

    Je n’ai encore rien lu de Dickens, mais il est probable que celui-ci intègre bientôt ma PAL. Ton avis, bien que mitigé, renforce mon envie de découvrir par moi-même de quoi il retourne. Je suis également tentée par l’adaptation avec Gillian Anderson.
    Contente de te retrouver sur ton blog ! 😉

    • Répondre Eliza 1 avril 2012 at 16 h 59 min

      Merci Miss Léo !! 😀 J’en viens en effet à penser que Dickens ne se partage pas, il se vit, dans une lecture solitaire. Alors surtout ne renonce pas à ce classique et j’ai hâte de savoir ce que tu en auras pensé !

  • Répondre Titine 2 avril 2012 at 12 h 27 min

    Je devais lire « De grandes espérances » mais j’en ai été empêchée par une LC portant sur une certaine Thrursday Next… 😉 Je vais le lire très, très rapidement et j’espère que je serai moins déçue que toi. Mon amour aveugle pour Dickens devrait agir encore une fois !!!

    • Répondre Eliza 9 avril 2012 at 8 h 41 min

      Tu me diras ce que tu en as pensé, mais je me demande si la traduction n’est pas un peu responsable de mon ennui : j’avais pris une version numérique gratuite…

  • Répondre arieste 2 avril 2012 at 13 h 12 min

    J’aimerais beaucoup lire ce roman, merci pour ta première participation !!! 😀

  • Répondre Enigma 15 avril 2012 at 19 h 18 min

    Je n’ai encore rien lu de Dickens, il faut vraiment que je m’y mette =)

  • Répondre sandy 8 juin 2012 at 10 h 43 min

    Depuis que j’ai lu Mister Pip qui fait beaucoup référence à ce roman de Dickens, je suis très tentée de le lire… reste qu’à trouver le temps.. et le courage !

  • Répondre missycornish 14 juin 2012 at 9 h 26 min

    Bonjour, ton article est très complet et me donne envie de découvrir ce roman. Pour ma part, je suis en pleine lecture de David Copperfield pour une lecture commune en juillet. Je pense m’inscrire aussi au challenge d’Aymeline car je lis beaucoup de roman sur l’ère victorienne en ce moment. J’ai retrouve la même ambiance dans David Copperfield et je trouve l’histoire riche en rebondissements et passionnante. Je publierai un billet dessus avant la fin du mois. A bientôt.

    • Répondre Eliza 14 juin 2012 at 17 h 44 min

      Je n’ai jamais lu David Copperfield mais j’avoue qu’il ne m’attire pas vraiment… Je viendrai voir avec plaisir ce que tu en diras 🙂

  • Répondre Challenge victorien : récapitulatif « Au coeur de mes lectures et mes rêveries 31 août 2012 at 10 h 26 min

    […] De grandes espérances […]

  • Répondre Challenge victorien : récapitulatif « Au coeur de mes lectures et mes rêveries 31 août 2012 at 10 h 26 min

    […] De grandes espérances […]

  • Répondre Octavie 31 décembre 2012 at 14 h 21 min

    J’ ai lu ce roman en moins d’ une semaine, dans uen version différent de la vôtre. il est probable que votre ennui vienne d’ une mauvaise traduction.

    • Répondre Eliza 1 janvier 2013 at 13 h 34 min

      C’était une nouvelle traduction, donc je pense qu’elle était bonne, mais je me suis un peu ennuyée… Je réessaierai un autre Dickens cette année, voilà une bonne résolution :). Merci de votre passage ici !

  • Répondre wkt 29 avril 2013 at 12 h 18 min

    bonjour, après avoir lu ‘le jeu de l’ange’ j’ai voulu en savoir plus sur ‘les grandes espérances’ et ai donc vu votre excellente présentation (excellente car vous ne dites que ce que j’ai besoin de savoir). peut-être pourriez-vous comparer ‘les grandes espérances’ avec son remake dans la Barcelone du début 20ème siècle :el juego del angel (le jeu de l’ange) carlos ruiz zafon.

  • Répondre Challenge victorien : le récapitulatif final (et tirage au sort) | Au coeur de mes lectures et mes rêveries 31 mai 2013 at 19 h 33 min

    […] Eliza : De grandes espérances, Miss Mackenzie, Quelle époque !, Middlemarch, Le secret de Lady Audley […]

  • Répondre Challenge « Les 100 livres à lire  | «Passion Lectures & co 26 octobre 2013 at 17 h 08 min

    […] De grandes espérances, Charles Dickens […]

  • Répondre Challenge Les 100 livres à lire au moins une fois : 2e bilan | des livres, des livres ! 22 avril 2014 at 5 h 03 min

    […] Grominou – Virgule – Gina – Eliza  […]

  • Répondre Un conte de deux villes, Charles Dickens - Lectures & co 13 février 2016 at 10 h 21 min

    […] j’avais une double appréhension : la première était liée à ma déception à la lecture des Grandes Espérances (rattrapée cependant par Le mystère d’Edwin Drood), la deuxième concernait l’époque à […]

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