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Drood, Dan Simmons

5 novembre 2011

Drood Dan SimmonsPrésentation :

9 juin 1865. Charles Dickens, alors âgé de 53 ans et au faîte de son art et de sa gloire, regagne Londres en secret en compagnie de sa maîtresse à bord du train de marée. Soudain, à Staplehurst, l’Express déraille. Tous les wagons de première classe s’écrasent en contrebas du pont, à l’exception de celui de Dickens. Indemne, « l’écrivain le plus célèbre du monde », comme on le surnomme, tente de se porter au secours des survivants. Au fond du ravin, sa route croise celle d’un personnage à l’allure spectrale qui va désormais l’obséder : Drood.
De retour à Londres, Dickens confie le secret de son étrange rencontre à son ami Wilkie Collins, écrivain lui aussi, à qui il reviendra de relater les dernières années de la vie de celui qu’il appelle, avec autant d’admiration que d’ironie, l’Inimitable. À la poursuite de Dickens, qui a cessé d’écrire pour hanter les bas-fonds – cryptes, cimetières et catacombes – de Londres, Collins cherche à comprendre quels rapports unissent désormais l’Inimitable et l’inquiétant Drood. Mais peut-on vraiment porter foi au récit halluciné de Collins, opiomane en proie à la paranoïa ?
Inspiré par Le Mystère d’Edwin Drood, le roman mythique que Dickens laissa inachevé à sa mort en 1870 – cinq ans jour pour jour après son accident de train -, Drood nous entraîne dans le Londres interlope de Jack l’Éventreur et des sciences occultes. Huit cents pages de frisson et d’envoûtement garantis. Haletant, complexe et étourdissant, le nouveau chef-d’oeuvre de Dan Simmons fera bientôt l’objet d’une adaptation cinématographique réalisée par Guillermo del Toro (Le Labyrinthe de Pan, Hellboy).

Ce que j’en dis :

Rédigé à la première personne par Wilkie Collins, Drood est, avant d’être un roman mystérieux à la poursuite de l’insaisissable Drood, une histoire des relations qu’entetenait Collins avec Charles Dickens, un piquant mélange d’admiration, d’estime, et de jalousie pouvant mener à la haine. Obsédé par Dickens, dans sa quête de succès pour affirmer sa supériorité littéraire sur son maître, Wilkie Collins s’empare progressivement du mystère de Drood, au moment même où Dickens s’en éloigne. Mais dans le même temps, il augmente sa consommation d’opium, qui lui sert à soulager ses douleurs rhumatismales, et, bien que conscient de certaines hallucinations, les frontières se brouillent au point que le lecteur est complètement pris dans les péripéties vécues par Collins, sans pouvoir démêler le vrai du faux…

Je n’avais jamais lu de livre de Dan Simmons, pourtant connu avec le cycle d’Hypérion, mais autant vous dire tout de suite que j’ai été subjuguée par ce roman. L’époque à laquelle il se passe (entre 1865 et 1870), les protagonistes (les écrivains Wilkie Collins et Charles Dickens), les sujets même du livre (le mystérieux Drood, les bas-fonds de Londres et leurs fumeries d’opium embrumées, l’écriture et l’inspiration littéraire…), TOUT était réuni pour me faire apprécier ce livre, mais je ne m’attendais pas à être à ce point transportée par cette histoire. Je ne connaissais que très peu Dickens et pas du tout Collins avant cette lecture. Malgré des passages jugés par certains ennuyeux ou trop érudits, j’ai énormément apprécié tous les détails que nous donne l’auteur sur ces écrivains, leurs rituels d’écriture, leur quotidien, leurs vie en famille… On découvre par exemple l’ambiguïté de Dickens qui réunissait dans un esprit familial ses enfants et amis pour les fêtes de Noël, mais n’avait pas hésité quelques années plus tôt à renvoyer sa femme assez violemment. Wilkie Collins de son côté jongle avec nonchalance entre ses deux maîtresses ! Le dénouement fut complètement à la hauteur de mes attentes et fait donc de ce roman un énorme coup de coeur pour moi.

Pour ceux qui souhaiteraient vraiment apprécier les passages relatifs à l’écriture, je conseille fortement de lire La Pierre de lune, de Wilkie Collins, avant d’attaquer Drood, notamment pour suivre les discussions très intéressantes entre Collins et Dickens à propos de ce roman, de son intrigue et de ses personnages. En revanche, n’ayant pas lu Le Mystère d’Edwin Drood, je ne sais pas dans quelle mesure Dan Simmons s’est servi de ce roman inachevé pour inspirer le sien !

Ce que j’en fais :

Ce livre a produit chez moi une vraie frénésie de recherches sur ces deux écrivains, leur amitié, leurs oeuvres. J’en ai parlé un peu dans ce précédent article. En cherchant aussi d’autres livres de Dan Simmons, j’ai vu que son roman précédent Drood était Terreur, l’histoire de l’expédition polaire de sir John Franklin, expédition perdue qui fit naître en Angleterre toutes sortes de rumeurs, dont celle de cannibalisme. Cet épisode fit très forte impression sur Dickens, qui prit fait et cause pour Lady Franklin, qui soutenait que son mari était encore en vie et qu’il fallait envoyer une équipe de sauveteurs pour les secourir. Dickens et Collins s’associèrent même pour écrire une pièce sur ce fait divers, intitulée Profondeurs glacées, dont il est largement question dans Drood… On dirait que Dan Simmons s’est plongé pour plusieurs années dans cette époque fascinante, et je le comprends très bien !!

Ils en parlent aussi :

  • Cunéipage : « Ce qu’il y a peut-être de plus jouissif dans ce Drood étant les clins d’oeil, les avis, les références aux romans de Dickens et de Collins. »
  • Blog-o-livre : « Dan Simmons m’a encore bluffé avec ce livre qui m’a offert un excellent moment de lecture. »
  • Isil : « Voilà en fait un roman passionnant de bout en bout que j’aurai certainement envie de relire un jour tellement il m’a emballé. » : « 
  • Biblioblog : « Drood tient à la fois du roman fantastique, de la biographie, du roman psychologique et j’en passe »
  • et sur Babelio

Robert Laffont, août 2011, 880 p., 23,50€

Je vous recommande :

7 commentaires

  • Répondre Lou 6 novembre 2011 at 18 h 44 min

    Mince je n’ai pas lu « Pierre de lune » (mais d’autres Wilkie Collins) mais je ne pense pas le lire d’ici ma lecture de Drood, trop de projets de lecture en parallèle. Je compte lire « Le Mystère d’Edwin Drood » en revanche, acheté pour l’occasion 🙂 Ton billet me donne très envie de commencer la lecture du Dan Simmons, que j’avais hésite à acheter depuis sa sortie en Angleterre. Ne connaissant pas l’auteur (sauf son nom) j’avais peur d’une suite sans recherche mais tu as l’air enthousiaste. Je sens que je vais me régaler !

    • Répondre Eliza 6 novembre 2011 at 19 h 24 min

      Je pense que ça vaut le coup d’attendre la lecture du Dickens, à mon avis, il y a plein d’échos entre les deux livres que tu pourras apprécier… Mais c’est vrai que j’en ai encore plein la tête tellement c’était bien !! Et je lis Pierre de lune … 😉

  • Répondre Titine 7 novembre 2011 at 7 h 59 min

    Il me reste encore 300 pages avant l fin, je déguste ! Tu as raison de préciser qu’il vaut mieux avoir lu « La pierre de lune », les passages à ce propos n’en sont que plus intéressants. Il y a également de nombreuses références au « Mystère d’Edwin Drood », des personnages ou des noms de personnages sont présents dans le Dan Simmons.

  • Répondre Pierre de lune, Wilkie Collins « Passion lectures 19 novembre 2011 at 16 h 57 min

    […] lecture faisait suite à celle de Drood, dans laquelle Dan Simmons revient à plusieurs reprises sur l’écriture de ce roman par […]

  • Répondre clara 27 novembre 2011 at 19 h 39 min

    J’ai adoré!!!!

  • Répondre Le mystère d’Edwin Drood, Charles Dickens « Passion lectures 1 janvier 2012 at 19 h 02 min

    […] continue toujours l’aventure commencée avec Drood, de Dan Simmons, puis Pierre de Lune, de Wilkie Collins. Je comprends miux pourquoi Collins est si jaloux de […]

  • Répondre Une année de lectures… | Passion Lectures & co 4 janvier 2015 at 15 h 17 min

    […] et femme, de Wilkie Collins : après ma découverte de cet auteur avec Drood et Pierre de lune, je voulais replonger. Le sujet du mariage m’a toujours inspirée dans le […]

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