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Extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer

7 juin 2012

Présentation :

Oskar, 9 ans, est surdoué, ultrasensible, fou d’astrophysique, fan des Beatles et collectionneur de cactées miniatures. Son père est mort dans les attentats du World Trade Center en lui laissant une clé. Persuadé qu’elle expliquera cette disparition injuste, le jeune garçon recherche la serrure qui lui correspond. Sa quête désespérée l’entraîne aux quatre coins de la ville où règne le climat délétère de l’après 11 septembre.

Né en 1977, Jonathan Safran Foer a fait des études de lettres à Princeton. Il vit à Brooklyn avec sa femme et leur fils. Son premier roman, Tout est illuminé, succès international, a été un adapté au cinéma, il est disponible en Points.

« Pyrotechnique, énigmatique et, avant tout, extrêmement émouvant. Un exploit hors du commun. » Salman Rushdie

Ce que j’en dis :

Ce livre est une bulle, dans laquelle on entre avec précaution, et qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaît. Une fois qu’on est à l’intérieur, le monde du dehors nous paraît déformé, nous le voyons comme nous ne l’avions jamais vu. Oskar a perdu son père dans les attentats du 11 septembre et il est le dernier à l’avoir entendu avant sa mort. Oskar n’est pas comme tous les autres garçons et pourtant, face à ce deuil, sa détresse n’en est pas moins immense. Lorsqu’il tombe par hasard sur une clé, contenue dans une enveloppe portant l’inscription « black », il part dans tout New York à la recherche de la porte qu’ouvre cette clé, persuadé que son père lui a transmis un message qu’il doit découvrir. Ce livre, ce n’est pas seulement le récit d’Oskar, ce sont plusieurs voix qui s’entremêlent et plusieurs générations. Thomas, le grand-père paternel d’Oskar, ne parle plus et s’exprime seulement en écrivant sur un cahier. Il en noircit les pages d’une lettre à son fils, intitulée « Pourquoi je ne suis pas là où tu es ». Il y a aussi la grand-mère d’Oskar, qui vit encore à ses côtés. Son récit s’entrecroise avec celui de Thomas. Elle raconte leur histoire à tous deux, une histoire chaotique, faite de gestes, de non-dits, de concessions, mais y eut-il vraiment de l’amour ?… Celle qui manque, c’est la mère d’Oskar. Quasiment absente du récit, elle semble laisser Oskar à l’abandon alors que le souvenir du père d’Oskar est omniprésent dans le roman.

Si j’ai eu du mal au début à comprendre les liens entre les personnages, j’ai vite plongé complètement dans l’univers improbable de cette famille pas comme les autres. Dans une langue incroyablement riche et créative (je partage à cet égard tout à fait l’avis de Salman Rushdie qui emploie le mot « pyrotechnique »), l’auteur nous emmène dans un voyage émouvant, sans jamais tomber dans le pathétique. Car Oskar est drôle, avec ses expressions bizarres, sa passion des mots, les lettres qu’il envoie à ses héros comme pour se prouver qu’il existe… Les trouvailles de mise en page dans les formes de langage utilisées par Thomas, le grand-père, ainsi que les photos, sont des bouffées d’air au milieu de récits parfois tragiques. Bref, difficile de mettre des mots sur le tourbillon d’émotions que j’ai ressenti à la lecture de ce roman, mais je vous le conseille vivement !!!

Extrait d’un passage que j’ai trouvé particulièrement magnifique :

A mon enfant qui n’est pas encore né : Je n’ai pas toujours été silencieux, autrefois je parlais, parlais, parlais et parlais encore, je ne pouvais pas tenir ma langue, le silence s’est emparé de moi comme un cancer, c’était pendant mes premiers repas en Amérique, je voulais dire au garçon, « La façon dont vous venez de me tendre ce couteau me rappelle… » mais je n’ai pas pu finir la phrase […]. « Vouloir » est un mot que je perdis bientôt, ça ne signifie pas que je cessai de vouloir des choses – je les voulais d’autant plus -, j’avais simplement cessé d’être capable d’exprimer mon vouloir, je disais donc « désirer » à la place, « Je désire deux petits pains » disais-je au boulanger, mais cela n’était pas tout à fait juste, le sens de mes pensées commençait à s’éloigner de moi à la dérive, comme des feuilles tombées d’un arbre dans une rivière, j’étais l’arbre, le monde était la rivière. Je perdis « viens » et toutes les formes de venir, avec les chiens, dans le parc, je perdis « parfait » quand le coiffeur me montra son travail dans le miroir, je perdis « honte » et tous ses dérivés…

Ce que j’en fais :

Un immense merci à Filipa qui faisait gagner ce livre sur son blog Dancing Through Life, sans qui je serais très certainement passée à côté d’un superbe moment de lecture ! Je pense déjà regarder le film, même si j’ai vu que le scénario s’éloignait beaucoup du livre… Mais je ne résiste pas à Tom Hanks !

Ils en parlent aussi :

  • Karine 🙂 : « J’ai été touchée non par les pertes des personnages, mais plutôt par le retour de l’espoir, par petites touches. »
  • Mélo : « J’ai lu ce livre avec un sourire quasi permanent au coin des lèvres malgré le thème triste. »
  • Kathel : « une lecture passionnante malgré quelques longueurs »
  • Keisha : « c’est parfois poignant, souvent drôle »
  • et sur Babelio

Je vous recommande :

10 commentaires

  • Répondre alexmotamots 8 juin 2012 at 18 h 47 min

    Un univers improbable, en effet. Tout comme l’écriture.

    • Répondre Eliza 9 juin 2012 at 11 h 25 min

      Tout à fait d’accord, mais je trouve que c’est ce qui fait la puissance de ce roman !

  • Répondre somaja 10 juin 2012 at 14 h 42 min

    Il est toujours dans ma Pal (VO) mais il pourrait bien y passer cet été ! Contrairment à toi je n’ai pas voulu voir le film, je ne supporte pas Tom Hanks, c’est physique, ça ne se commande pas ! 😉

    • Répondre Eliza 10 juin 2012 at 17 h 05 min

      Je n’aurai pas été capable de le lire en anglais, je n’aurai pas su apprécier la beauté de la langue…. Mais en lecture de vacances, je dis oui !! Quant au film, je ne l’ai pas encore vu…

  • Répondre Miss Léo 11 juin 2012 at 18 h 33 min

    Je l’ai lu, mais je n’ai pas tellement accroché. Ce livre n’a pas suscité chez moi l’émotion attendue. Une semi déception !

    • Répondre Eliza 14 juin 2012 at 17 h 37 min

      Je comprends très bien qu’on puisse ne pas rentrer vraiment dans ce roman, c’est pas gagné… Mais c’est aussi ça l’alchimie entre un livre et son lecteur !

  • Répondre Titine 13 juin 2012 at 9 h 03 min

    Je l’avais lu à sa sortie et j’avais beaucoup aimé ce roman. Comme toi, j’avais apprécié l’inventivité de Jonathan Safran Foer dans l’écriture et la mise en page.

    • Répondre Eliza 14 juin 2012 at 17 h 39 min

      Encore un avis commun, sur un livre qui ne fait pas l’unanimité en plus !! Il va vraiment falloir qu’on la fasse un jour, cette lecture commune 😀

  • Répondre patrick 22 septembre 2012 at 8 h 43 min

    Je découvre actuellement cet auteur avec un autre de ses romans  » Tout est illuminé » et j’avoue être tombé sous le charme de son écriture même si je perd quelques fois (souvent) le fil… Je suis impatient de découvrir les différents univers de cet auteur.

  • Répondre Le Chat du Cheshire 5 septembre 2014 at 6 h 54 min

    J’ai vu le film, que j’ai beaucoup aimer, il faudrait que je me mette au livre maintenant 🙂

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