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Haute société, Vita Sackville-West

4 octobre 2011

Présentation :

« Plusieurs lettres venaient de Londres – il était donc à Londres au mois d’août ? Pourquoi ? Était-il malheureux à ce point ? […] Le contenu de ces lettres la tourmentait et pourtant elle aurait bien voulu le connaître. Elle hésita encore, le coupe-papier à la main. Elle avait eu le courage de n’en ouvrir aucune. Tout d’abord elle s’y était refusée de peur que ses supplications ne fissent fléchir sa résolution. À présent, elle craignait de les ouvrir, de peur d’y trouver des supplications moins ferventes qu’elle ne l’eût espéré. » V. S.-W.

Evelyn Jarrold est une parfaite représentante de la haute bourgeoisie oisive. Sophistiquée, exigeante, elle tombe amoureuse de Miles Vane-Merrick, un député réformiste, de quinze ans plus jeune qu’elle. Mais Miles, même s’il l’aime sincèrement, se sent avant tout porté vers ses ambitions et « l’ivresse du moment ». Qui, dans cette relation complexe, pourra rester fidèle à l’autre ?

Ce que j’en dis:

J’avais découvert Vita Sackville-West grâce au magnifique coffret du Livre de Poche avec Christian Lacroix, dans lequel il y avait Toute passion abolie. Ce petit roman plein de bon humeur et d’esprit m’a donné très envie d’en lire plus !

Ne vous fiez pas à la 4e de couverture, Haute société (Family History, en anglais, titre qui lui convient mieux) n’est pas seulement une histoire d’amour entre deux amants que quinze ans séparent (on n’en saura même pas les principales scènes). C’est aussi, et surtout, l’histoire d’Evelyn, dont la vie va être complètement bouleversée par cette relation. L’histoire se passe sur douze mois, entre 1931 et 1932. Evelyn Jarrold, belle-fille de William Jarrold, grand industriel du pays de Galles en passe d’être anobli, est veuve depuis quinze ans et vit seule avec son fils, Dan, à qui elle a consacré tout sa vie, entourée du clan Jarrold. Sa rencontre avec le jeune Miles Vane-Merrick lors d’une soirée vient troubler sa vie bien rangée. Elle en tombera passionnément amoureuse.

Bien que le roman soit centré sur Evelyn, sur ses sentiments, les motifs de ses actions, les ressorts de ses pensées (et en ce sens peut rappeler Virginia Woolf), l’auteur fait de temps en temps appel à d’autres personnages pour rééquilibrer la vision que nous avons d’elle. Au début du livre, on pourrait croire que l’action se situe à la fin du XIXe siècle, tant la famille Jarrold symbolise la puissance de la haute-bourgeoisie victorienne, dans son respect des conventions, dans sa conviction profonde que le monde ne changera pas. Miles, intéressé par la politique, fréquentant des communistes et utilisant fréquemment des « mots de plus de trois syllabes » tire Evelyn vers la modernité, une plus grande liberté de pensée mais aussi une plus grande indépendance dans les actes. C’est dans cette confrontation entre passé et présent que j’ai trouvé tout l’intérêt et le plaisir de ce roman. Le style de Vita Sackville-West est subtil et ciselé, elle ne dit que l’essentiel, mais de quelle manière !

Ce que j’en fais :

Je ne résiste pas à la tentation de garder cet extrait :

« – Vous savez que nous avons, l’un et l’autre, toujours voulu avoir le dernier mot. Oh ! je reconnais, bien sûr, que ni l’un ni l’autre n’avons bon caractère. Nous sommes vaniteux, tyranniques. Mais vous avez gagné, sinon en ce sens que je vous ai beaucoup plus aimé que vous ne m’avez aimée. Vous pouvez prendre cela comme un triomphe, si ça vous fait plaisir. A présent, c’est terminé, et sans doute serez-vous heureux d’être débarrassé de moi.

– Evelyn, vous récitez toutes les banalités que l’on dit dans ces cas-là. Tout y passe.

– Mon cher Miles, usez donc de votre supériorité. Gardez-la pour [vos amis] – cela les impressionnera peut-être. Moi, ça ne m’impressionne pas. Je suis une femme ordinaire, ni intelligente ni intellectuelle, je vous l’ai toujours dit. Je n’ai jamais cherché à vous tromper. Mais laissez-moi vous dire ceci : pour vous, j’ai renoncé à bien des choses auxquelles je n’aurais jamais cru pouvoir renoncer. »

Ils en parlent aussi :

  • Plaisirs à cultiver : « C’est avec un style élégant et une grande finesse que Vita Sackville-West nous entraîne dans le monde d’Evelyn Jarrold. »
  • Les lectures de Nag : « J’ai aimé ce style, toujours un peu ironique et discrètement féministe. »
  • Lili : « Déçue donc, mais cela vient aussi probablement de mon caractère trop direct, qui aime que les femmes aient de la personnalité et surtout ne jouent pas le rôle d’oies blanches et bécasses qu’on veut souvent leur octroyer…
  • et sur Babelio

Je vous recommande :

7 commentaires

  • Répondre Titine 7 octobre 2011 at 7 h 39 min

    Oh c’est gentil de m’avoir cité, ça me fait très plaisir ! C’est effectivement un très joli roman et je te conseille chaleureusement les autres livres de Vita. Notamment « Toute passion abolie » que j’ai lu récemment, c’est un délice et pour le moment mon préféré. Mais je n’ai pas encore eu le plaisir de lire le dernier en date « Dark Island ».

    • Répondre Eliza 7 octobre 2011 at 10 h 55 min

      Tout à fait d’accord avec toi sur Toute passion abolie, j’ai a-do-ré ! C’était si « anglais » 😉

  • Répondre Alice 8 octobre 2011 at 11 h 36 min

    J’ai découvert Vita Sackville-West de la même façon que toi!! J’ai beaucoup aimé Toute Passion Abolie, ce livre très doux et très tendre!! Je mets celui-ci dans ma LAL!

    • Répondre Eliza 8 octobre 2011 at 14 h 44 min

      Doux… et ferme à la fois, j’ai adoré comment elle renvoie tous ses enfants…! Du coup, je continue mon exploration de cet auteur et viens d’acheter Plus jamais d’invités 🙂

  • Répondre Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West « Passion lectures 19 décembre 2011 at 7 h 54 min

    […] donc avec autant de bonheur ma découverte de Vita Sackville-West après Toute passion abolie et Haute-société. Cet auteur fait désormais indéniablement partie de mes classiques. Prochaine étape : Au temps […]

  • Répondre Dark Island, Vita Sackville-West | Passion Lectures 8 juin 2013 at 15 h 58 min

    […] retrouvons dix ans plus tard. Déjà divorcée de Miles Van-Merrick (l’un des personnages de Haute société), mère de quatre enfants, elle tourbillonne dans les salons londoniens. Lors d’une soirée, […]

  • Répondre Plus jamais d'invités !, Vita Sackville-West - Lectures & co 8 novembre 2015 at 10 h 10 min

    […] donc avec autant de bonheur ma découverte de Vita Sackville-West après Toute passion abolie et Haute-société. Cet auteur fait désormais indéniablement partie de mes classiques. Prochaine étape : Au temps […]

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