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La dactylographe de Mr James, Michiel Heyns

24 novembre 2012

Présentation :

En 1907, Henry James engage une nouvelle secrétaire. Theodora Bosanquet, qui demeura à son service jusqu’à la mort de l’écrivain. Rebaptisée Frieda Wroth, elle est la voix de cet étonnant roman dont on ne sait plus vraiment qui est l’auteur, tant Michiel Heyns est un virtuose du style jamesien. Combinant faits et fiction, il recrée la petite ville de Rye et la société gravitant autour du Maître : la vie à Lamb House – la grande maison de brique où se croisent et se recroisent les domestiques imperturbables –, les invités bavards et indiscrets, la famille James (le docte professeur William, sa femme et leurs deux enfants), la redoutable meneuse des suffragettes, une medium et ses séances de spiritisme, les jeunes disciples mâles de James, sont oublier Max le chien – tous emportés dans une sorte de tourbillon.

Appréciée pour sa compétence, frustrée de n’être guère plus que la dactylographe du grand homme, qui la fascine mais qu’elle observe d’un œil critique, prise au centre d’une tragi-comique histoire de lettres compromettantes dont les principaux acteurs sont la terrifiante Edith Wharton et le beau Morton Fullerton, les deux amis de cœur de Mr James, Frieda s’efforce, elle, d’obéir au dictum du Maître : « profitez de la vie autant que vous le pouvez ; c’est une erreur que de ne pas le faire. » Mais vivre a aussi un prix : Amours, tromperies, jeux de dupes, subtilité des esprits, tout est réuni pour faire de ce roman un enchantement de lecture.

Ce que j’en dis :

Frieda Wroth est la nouvelle dactylographe du romancier Henry James. Ce choix n’en était pas vraiment un au départ, mais Frieda a dû trouver un emploi après la mort de sa mère et, pour une jeune fille ayant des envies d’écriture, côtoyer l’un des plus grands romanciers de son temps et assister à la naissance de ses oeuvres est un réel privilège dont Frieda profite tous les jours. Autour d’Henry James gravitent ceux qui viennent régulièrement lui rendre visite dans sa maison de Rye : sa famille, frères et soeur, neveux et nièces, les uns partageant avec Henry James une sorte d’hypocondrie familiale, les autre turbulents et tapageurs comme peuvent l’être des enfants. Mais on y croise aussi la grande amie d’Henry James, Edith Wharton, qu’il surnomme l’Ange de la dévastation, et qui entre Paris et l’Amérique parcourt la campagne anglaise à toute vitesse dans sa voiture, ainsi que Morton Fullerton, journaliste à Paris.

Par la voix de Frieda, ce roman se veut comme un pastiche d’Henry James. Apprentie écrivain, la jeune fille est influencée par le style et les tournures de phrases du grand romancier et c’est l’effet recherché par l’auteur, un effet plutôt réussi et pas du tout déplaisant. Le roman prend tour à tour des allures différentes. Très vite, dès la première rencontre de Frieda avec Morton Fullerton, la jeune fille, sans réelle explication, se donne à lui dans un hôtel sur la côte. Intrigue sentimentale ? En fait, Fullerton attend d’elle une seule chose : récupérer chez Henry James des lettres dont il est l’auteur, et qui seraient compromettantes. Fullerton repart immédiatement, mais Frieda, persuadée qu’il s’est forgé entre eux un lien spécial, développe progressivement un don de médium et communique par télépathie avec Fullerton. Dans ce dialogue surréaliste, la machine à écrire sert d’intermédiaire. Dès lors, Frieda n’aura plus qu’une idée en tête, récupérer ces lettres à tout prix, pour retrouver le beau Morton Fullerton…

Cette lecture fut agréable, mais légèrement frustrante. Très peu d’action, une partie centrale autour de la télépathie qui ne m’a pas convaincue, et le sujet des lettres qui en fait n’est qu’un prétexte pour avoir un fil conducteur pendant tout le roman. Ce n’est pas le fait de l’auteur, qui s’est très documenté : il semble que la vie d’Henry James était bien trop rangée pour accueillir la moindre aventure palpitante et c’était là qu’était mon attente. Sur la fin, le roman reprend du rythme et j’ai littéralement dévoré les dernières pages. Avec le recul, je pense tout de même qu’on aurait pu tirer plus de choses de la vie d’Edith Wharton, qui ici ne passe qu’en coup de vent et est dépeinte avec un fort mauvais caractère !

Ce que j’en fais :

Ce roman a été retenu dans la sélection prix Femina 2012. J’ai beaucoup apprécié de retrouver deux de mes romanciers favoris en personnages de romans : je vais donc ajouter à ma liste de lecture des biographies, car je souhaiterais vraiment en savoir plus sur eux et sur la période pendant laquelle ils vivaient, mais aussi sur leur amitié. James et Wharton semblent si différents ! Qu’est-ce qui a bien pu les rapprocher ?

Challenge Au service de...

Cette lecture s’est faite dans le cadre de Masse Critique, de Babelio et je remercie vivement les éditions Philippe Rey de m’avoir envoyé ce roman !

C’est aussi ma première participation au challenge « Au service de… » de The Frenchbooklover !

Ils en parlent aussi :

  • Maggie : « Entre faits réels et fictionnels, M. Heyns a écrit un roman réjouissant à la tonalité jamesienne… »
  • et sur Babelio

Je vous recommande :

Pas de commentaires

  • Répondre Yspaddaden 24 novembre 2012 at 18 h 34 min

    Cet Henry James inspire les écrivains, même si sa vie ne fut pas palpitante : il y a eu le roman de David Lodge sur lui il y a peu.

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 32 min

      Honte à moi, je n’ai encore jamais lu de David Lodge, mais j’en ai entendu beaucoup de bien…!

  • Répondre Bianca 24 novembre 2012 at 18 h 58 min

    Je l’avais sélectionné pour la masse critique babelio mais j’ai reçu Certaines n’avaient jamais vu la mer que j’ai beaucoup aimé. Je lirais celui ci cat je trouve l’histoire originale et Henry James est un auteur que j’aime lire

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 33 min

      Oui, j’ai vu que le Julia Otsuka avait fait l’unanimité !! J’attends de voir ce que tu penseras de celui-là 🙂

  • Répondre Shelbylee 24 novembre 2012 at 18 h 59 min

    Le résumé me tentait bien, mais je crois que la télépathie ne m’intéresserait pas non plus. Ce n’est pas ce que je m’attends à trouver en lisant ce livre !

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 33 min

      Exactement, j’ai été tellement surprise par cette tournure que prend l’histoire que ça m’a vraiment déstabilisée dans ma lecture…!

  • Répondre les Livres de George 25 novembre 2012 at 9 h 49 min

    Je le lirai sans doute quand il sortira en poche.

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 34 min

      Si tu le souhaites, je peux le faire voyager 🙂

  • Répondre titine75 26 novembre 2012 at 14 h 45 min

    J’avais très envie de lire ce livre pour James et Wharton bien entendu. C’est sûr que la vie d’Henry James était très rangée ! Les livres de David Lodge et de Colm Toibin, qui lui étaient consacrés, étaient passionnants. Là je sens quand même que tu n’as pas été totalement transportée. Je vais voir si je le trouve à la bibliothèque !

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 36 min

      Pour tout te dire, j’avais commencé Colm Toibin et je n’ai pas pu dépasser le 100 premières pages, mais c’était il y a longtemps et je l’ai récemment remis dans ma PAL… Comme proposé à George, je peux le faire voyager 😉

      • Répondre titine75 4 décembre 2012 at 15 h 53 min

        Je suis très intéressée par ta proposition de voyage !

  • Répondre Lou 26 novembre 2012 at 22 h 06 min

    Je l’ai acheté à la rentrée mais n’ai toujours pas pris le temps de le lire… malgré tes réserves tu me donnes envie de le sortir enfin de ma PAL 🙂 sur James Oates a fait une nouvelle assez décalée dans « Folles Nuits » (si jamais il t’intéresse je l’ai chroniqué sur mon blog) ; j’avais en revanche eu un immense coup de coeur pour « The Master » écrit par Colm Toibin, j’ai bien envie de le relire d’ailleurs.

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 37 min

      Pareil que Titine ! vous êtes liées toutes les deux 😀

      • Répondre titine75 4 décembre 2012 at 15 h 54 min

        Nous avons effectivement quelques points communs littéraires… 😉

  • Répondre Challenge « Au service de…  et challenge Myself ! « Passion Lectures 24 janvier 2013 at 19 h 19 min

    […] n’avais pas fait de présentation, mais j’ai en fait déjà commencé avec La Dactylographe de Mr James, de Michiel Heyns et Le Secret de Lady Audley, de Mary Elizabeth Braddon. J’ai aussi prévu […]

  • Répondre Missbouquinaix 3 mars 2013 at 17 h 28 min

    Lu il y a peu, comme toi je n’ai pas été convaincu par la partie autour de la télépathie qui me semble un prétexte un peu pauvre pour faire parler la pauvre dactylo bien isolée quand James est au loin …
    Mais j’ai su apprécier ce texte par tout ce qu’il nous apprend sur James lui-même, sa manière d’écrire .. J’ai ainsi bien mieux compris les textes de lui que j’ai lu.
    De David Lodge, j’avais déjà lu effectivement L’Auteur, l’auteur ! qui décrit les échecs de James dans sa carrière de dramaturge. Très efficace et bien documenté, il est à lire !

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