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La muse du département, Honoré de Balzac

27 novembre 2011

Présentation :

La Muse du département, et même pas de sa préfecture (l’action se déroule à Sancerre). Belle et difficile à marier, Dinah Piédefer se laisse épouser par un avorton sans grande vraisemblance conjugale mais avare génial à la Grandet, Polydore de La Baudraye.
Dinah, qui s’ennuie, écrit. Elle tient même un salon où l’on vient «se faire présenter à Mme de La Baudraye, comme on se faisait présenter en Suisse à Mme de Staël».

[Je ne vous mets pas toute la quatrième de couverture, car c’est un résumé complet de l’histoire jusqu’au dénouement ! Je trouve cette pratique très désagréable, même pour un classique !]

Ce que j’en dis :

La Muse du département est une bonne suite à La Femme de trente ans. En effet, ce roman prolonge la réflexion de Balzac sur le type de la femme de province, malheureuse en mariage. Dinah Piédefer, après un passage en pensionnat à Paris, révèle son caractère et son ambition dès son plus jeune âge en choisissant d’épouser le baron de La Baudraye, réputé malingre et beaucoup plus âgé qu’elle. S’appuyant sur le nom qu’elle porte et le château d’Anzy, que son mari acquiert, elle décide de tenir un salon et réunit les plus beaux esprits et scientifiques de la province de Sancerre. Mais Sancerre n’est pas Paris et Dinah dépérit. Au moment où elle s’apprête à prendre un amant, aucun Sancerrois ne lui paraît mériter son premier amour. Seul un Parisien pourrait lui convenir ! Bien des années plus tard, Dinah finira par « monter à Paris », mais dans des conditions qu’elle n’aurait jamais imaginée et qui exigeront d’elle beaucoup de sacrifices.

Ce roman est émaillé de petites anecdotes sur d’autres personnages de la Comédie humaine. On y retrouve par exemple le médecin Horace Bianchon (que j’apprécie beaucoup parce qu’il revient très fréquemment dans les Balzac) et le journaliste Etienne Lousteau, tous les deux originaires de Sancerre et considérés comme les gloires de la ville. Ainsi qu’une soirée (un peu laborieuse à la lecture), où seront racontées des histoires d’adultère, pour effrayer Dinah. Celle-ci, bien que d’un caractère bien trempé, n’est pas épargnée par l’auteur, qui tourne subtilement en ridicule les prétentions de la baronne (tout est dans le titre !), tout autant que le mépris et l’admiration que lui portent respectivement les femmes et les messieurs de Sancerre. Balzac, par ses références nombreuses à George Sand, en l’opposant à toutes ces femmes qui se sont crues intellectuellement supérieures et prêtes à tenir des salons littéraires, voire écrire elles-mêmes, rend un hommage appuyé à la romancière (une pensée pour George).

La deuxième partie du roman, qui se passe à Paris, montre un renversement complet de la situation de Dinah et révèle ses qualités. Son orgueil et son ambition disparaissent dans l’humilité et l’amour passionné. On y retrouve Bianchon et Lousteau, et celui-ci, par la légèreté avec laquelle il exerce son métier de journaliste et nouvelliste rappelle l’ambiance évoquée autour de Lucien de Rubempré dans Illusions perdues, publié à peine quelques années auparavant. Malgré le peu d’empathie que j’ai éprouvé pour Dinah de La Baudraye, j’ai pourtant été frappée par sa grande force de volonté. Même dans les épreuves, elle suivra ses décisions envers et contre tout (et tous). Au final, un destin individuel très fort, dont je préfère ne pas révéler le dénouement !

Ce que j’en fais :

Cette lecture est ma deuxième pour le challenge Balzac de Marie, pour les romans de la Comédie humaine, après La Femme de trente ans. Je dois maintenant m’attaquer à des essais ou bibliographies sur Balzac.

Ils en parlent aussi :

  • Pas encore de chronique ? A vos claviers sur Babelio !

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3 commentaires

  • Répondre Challenge Balzac « Passion lectures 27 novembre 2011 at 19 h 56 min

    […] La muse du département […]

  • Répondre Marie 28 novembre 2011 at 8 h 50 min

    Certains quatrième de couverture révèlent beaucoup trop l’intrigue et gachent tout le plaisir.
    Je garde de ce texte le souvenir – lointain – d’un certain humour, dû au ridicule des personnages et des situations. Je me trompe? En revanche, je ne me souviens plus de ce que l’héroïne devient à Paris, et pourtant je suis sûre d’avoir croisé son nom dans mes dernières lectures de Balzac.

    • Répondre Eliza 28 novembre 2011 at 18 h 48 min

      Elle fréquente le milieu des journalistes : Nathan , d’Arthez, etc. D’après Wikipedia, elle apparaît aussi dans La Cousine Bette et dans Beatrix. Ca te dit quelque chose ? Pour l’humour, c’est tout à fait ça : je crois bien que tous les personnages passent au moins une fois sous le regard caustique de l’auteur, que ce soit à cause d’attitudes qualifiées de « provinciales » ou au contraire de snobismes parisiens 😉

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