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L’allée du Roi, Françoise Chandernagor

7 juillet 2013

L'allée du roi, Françoise ChandernagorPrésentation :

« Je ne mets point de borne à mes désirs », disait Mme de Maintenon.
De sa naissance dans une prison de Niort à sa mort dans le doux asile de Saint-Cyr, de l’obscure pauvreté de son enfance antillaise à la magnificence de la Cour, de la couche d’un poète infirme et libertin à celle du Roi-Soleil, de la compagnie joyeuse de Ninon de Lenclos au parti pris de dévotion de l’âge mûr, quel roman que cette vie !
Dans le personnage et le destin de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, qu’on surnomma «la belle Indienne», se reflètent les aspects contradictoires du «Grand Siècle», dissimulés sous l’apparence immuable de la majesté royale.
À partir d’une documentation considérable et en recourant aux nombreux écrits, souvent inédits, de Mme de Maintenon, Françoise Chandernagor a voulu restituer le vrai visage de ce témoin intelligent et sensible. C’est à la découverte d’une femme belle avec esprit, ambitieuse avec dignité, secrète avec sincérité, raisonnable avec passion, que nous entraîne L’allée du Roi. Laissons-nous guider par les confidences de celle qui fut presque reine, tout au long de la fabuleuse ascension qui la mène de la Marie-Galante à Versailles et de Versailles jusqu’à Dieu.

Ce que j’en dis :

Françoise d'Aubigné, PoussinFrançoise d’Aubigné, petite-fille du poète Agrippa d’Aubigné, passa son enfance dans la pauvreté la plus complète, entre les folies d’un père qui les menait souvent en prison et l’indifférence d’une mère trop occupée à tenter de survivre avec ses deux fils aînés. Après un séjour de quelques années dans les Antilles, ballottée de foyers en couvents dans le Poitou, elle piqua la curiosité du poète Paul Scarron par ses lettres spirituelles. Elle est âgée de 16 ans lorsqu’il proposa de la doter pour qu’elle rentre en religion ou de l’épouser. Françoise d’Aubigné n’hésita pas : Scarron était un infirme de 42 ans, mais elle désirait trop la gloire pour laisser passer cette chance. Aux côtés de Scarron, dont la renommée était grande à Paris, elle rencontra tous les beaux esprits du Marais, devint l’amie de la courtisane Ninon de Lenclos, et traîna de nombreux cœurs après elle. Lorsque Scarron mourut, il laissa cependant une veuve sans fortune et presque sans appui. Dans les derniers temps de son mariage, Françoise avait cependant fréquenté des cercles plus sages. Elle achèva de maîtriser l’art courtisan de la dissimulation lorsqu’elle entretint une liaison passionnée avec le marquis de Villarceaux, tout en restant pour ses amis la sage et dévote Mme Scarron.

C’est sur cette réputation qu’on lui confia la gouvernance des enfants du Roi et de sa maîtresse, Mme de Montespan. Vivant d’abord cachée comme ces enfants bâtards, elle s’approcha progressivement de la Cour et du Roi et s’y installa tout à fait lorsque les enfants furent légitimés et que le pouvoir de la favorite fut à son zénith. Toujours belle et l’esprit bien tourné, c’est un jour sur elle que se posèrent les yeux du Roi. Quand elle s’en aperçut, Mme de Montespan en éprouva une jalousie si grande qu’elle rendit la vie impossible à Mme Scarron. C’est à cette époque que le roi la fit marquise de Maintenon. Les deux femmes, qui se tenaient en grande estime mais ne partageaient pas les mêmes vues sur l’éducation des enfants, vécurent côte à côte pendant dix ans, avant que Mme de Montespan ne soit irrémédiablement exilée. Lorsque la reine Marie-Thérèse mourut, le triomphe de Françoise fut complet : elle épousa le Roi en secondes noces secrètes à l’âge de quarante-cinq ans. Suivirent ensuite trente années de mariage, pendant lesquelles le principal souci de Mme de Maintenon fut de servir le Roi, de le divertir et de le sauver de ses péchés. Et la fondation de Saint-Cyr, école puis maison religieuse dédiée à l’éducation des jeunes filles pauvres de la noblesse.

Madame de Maintenon, MignardLes grandes étapes de cette vie sont autant de chapitres d’un conte merveilleux. Ce serait déjà beaucoup si on n’avait à faire de surcroît à l’un des plus beaux esprits de son temps. C’est dans son immense correspondance (dont plusieurs parties alors inédites, mais rééditée récemment en intégralité) que l’auteur a puisé pour composer ces mémoires apocryphes. Dans un style parfaitement pur et savoureux comme il sied à l’époque, on découvre une femme intelligente, vive et pleine d’esprit, orgueilleuse mais aussi compatissante, toquée des enfants alors qu’elle n’en eut pas elle-même. La fondation de Saint-Cyr fut le grand œuvre de sa vie. Elle avait sur l’éducation des enfants des vues plutôt modernes, allant à l’encontre de l’éducation des jeunes princes, convaincue qu’on peut beaucoup sans contraindre. Elle comprit vite qu’à la Cour il faut savoir se garder de tous et cacher ses vrais sentiments, ce qui lui valut une réputation d’hypocrite, qu’elle ne démentit pas elle-même sur certains sujets. Elle avait soif de grandeur et d’absolu :  elle prit pour maîtres le Roi et Dieu, mais sans s’y abandonner tout à fait. Pour Dieu, bien que très religieuse, elle resta toute sa vie insatisfaite, aspirant à une quiétude qu’elle ne trouva jamais, voyant dans son élévation le dessein de Dieu sans pouvoir l’accomplir tout à fait ; quant au Roi, son « amitié » (utilisé à l’époque pour désigner l’amour) fut bientôt plus proche de l’admiration et du respect, car son orgueil était trop maltraité par la volonté toute-puissante du Roi.

Le moyen, en vérité, de haïr un homme qui vous dit qu’il vous aime quand, d’ailleurs, cet homme est un roi ? L’orgueil y rencontre trop de satisfaction si le cœur n’y trouve plus tout à fait son compte ; et l’on croit aimer encore, quand déjà on ne désire plus que de paraître. Cependant dans les premières années de mon mariage, je crois que j’éprouvais pour le Roi trop de gratitude encore et bien trop d’admiration pour oser m’avouer que je souffrais de sa tyrannie.

On est cependant charmé par ce couple, depuis la conquête que fit le Roi, en fort galant homme, jusqu’à ce quotidien de vieux mariés qu’ils vécurent jusqu’à plus de soixante-quinze ans. Tous deux se plurent pendant des années à entretenir le mystère sur leur relation, donnant ainsi du piquant à une liaison qui les ramenait au temps de leur jeunesse.

Alors que dans la première partie de sa vie, on suit avec Françoise d’Aubigné le Paris littéraire et galant du début du règne de Louis XIV, la seconde partie nous plonge au cœur de la Cour, puis au cœur de l’État. On découvre les magnificences de Versailles, l’itinérance épuisante de la Cour, la guerre entre les clans Colbert et Louvois et la politique intérieure du Roi imposant l’abaissement des Grands qui s’entassaient dans de petits appartements alors qu’ils possédaient en province d’immenses châteaux. Avec le temps, comme Mme de Maintenon devint plus au fait des affaires du royaume, nous voilà eu cœur de la guerre avec l’Europe, des négociations avec l’Espagne, des affres de la succession, de la valse des ministres, des querelles religieuses autour du quiétisme et du jansénisme et de la grande misère dans laquelle se trouva toute la France au début du XVIIIe siècle. C’est tout un siècle qui revit sous nos yeux.

Challenge Le règne de Louis XIVCe que j’en fais :

Dans ce roman flamboyant, Françoise Chandernagor ressuscite avec brio un personnage peu connu de l’Histoire et encore entaché d’une légende noire. J’avais lu ce roman pour la première fois à l’âge de quinze ans et j’ai toujours depuis été hantée par Mme de Maintenon. Cette relecture me l’a confirmée : j’éprouve une passion peu commune pour cette femme de cœur, d’esprit et de foi. Ce roman est sans doute ce qui pouvait lui rendre le plus bel hommage : passionnant, vivant, foisonnant et admirablement bien écrit, L’Allée du roi est une œuvre magnifique et envoûtante.

Une lecture dans le cadre du challenge Le règne de Louis XIV !

Il existe une adaptation de Nina Companeez jouée par Didier Sandre et Dominique Blanc (1995). Si je trouve l’acteur jouant Louis XIV parfait dans ce rôle, avec le temps, je suis beaucoup plus difficile avec Dominique Blanc. Je trouve que son personnage manque du charisme et de l’humour qui se dégage du roman et qu’avoir gardé la même actrice pour jouer une fillette de seize ans et une vielle dame de soixante-dix me est un peu outré. Les scènes de la Cour sont cependant superbes, servies par un très beau choix de musiques et la pétillante Valentine Varela dans le rôle de Mme de Montespan.

Ils en parlent aussi :

  • Eiluned : « Un portrait brillant et foisonnant qui laisse rêveur, et admiratif. Une grande dame pour un grand siècle, et un grand roi ! »
  • sur Babelio et Goodreads

Je vous recommande :

Pas de commentaires

  • Répondre Miss Léo 7 juillet 2013 at 16 h 19 min

    Je l’ai sorti de son étagère, et posé sur la pile de livres que j’espère lire en priorité pendant les vacances. Ton enthousiasme est très communicatif ! Je n’ai fait que parcourir ton billet en diagonale, mais je ne doute pas d’apprécier ce roman (je me souviens vaguement de l’adaptation de Nina Companez, avec Dominique Blanc me semble-t-il).

    • Répondre Eliza 7 juillet 2013 at 18 h 13 min

      J’espère que tu passeras un aussi bon moment que moi ! On en reparle à ton retour 😉

  • Répondre Syl. 7 juillet 2013 at 18 h 10 min

    Je l’ai déjà lu et je l’ai fait suivre de « L’enfant des lumières ». J’aime cette plume et le voyage est garanti ! Ton billet est superbe ! Je ne m’en serais pas sortie…

    • Répondre Eliza 7 juillet 2013 at 18 h 12 min

      Je note L’Enfant des Lumières ! Je t’avoue que j’ai bien passé trois heures sur ce billet….;-)

  • Répondre Bianca 7 juillet 2013 at 19 h 13 min

    Je ne l’ai pas lu mais j’ai vu l’adaptation réussie de Nina Companez mais je porte le même jugement que toi vis-à-vis de Dominique Blanc. J’ai lu et aimé L’enfant des Lumières en revanche et je pense lire ce volume-ci, il est noté en tout cas ! Beau billet encore une fois Eliza

    • Répondre Eliza 8 juillet 2013 at 6 h 21 min

      Si tu as aimé, je te conseille vraiment de lire le livre, il est mille fois mieux !

  • Répondre passionlecteur 7 juillet 2013 at 19 h 14 min

    un de mes meilleurs souvenirs de lecture.

    • Répondre Eliza 8 juillet 2013 at 6 h 21 min

      Ah ! Je suis contente que nos avis se rejoignent 😀

  • Répondre Sandrine 8 juillet 2013 at 11 h 33 min

    Bonjour,
    Françoise Chandernagor est vraiment une grande dame du roman historique. Ton billet me donne envie de glisser un de ses livres dans ma PAL de vacances…

  • Répondre alexmotamots 10 juillet 2013 at 19 h 59 min

    Il me semblait bien qu’il y avait eut un téléfilm.

  • Répondre Emily 11 juillet 2013 at 6 h 26 min

    Comme Miss Léo, ton billet m’a convaincue de le sortir de ma PAL et de l’emmener en vacances avec moi. De plus, comme je vais visiter Versailles, je suis persuadée que j’aurai très envie de me jeter sur ce roman ! 🙂

  • Répondre Alexandra 12 juillet 2013 at 19 h 36 min

    Je connaissais de nom, mais je n’ai pas été plus curieuse. Ta chronique me donne envie, peut-être pas de le lire tout de suite — les romans historiques de ce style ont tendance à me faire peur ! —, mais de m’intéresser à l’auteure et à ses œuvres pour, pourquoi pas, sauter le pas un jour :).

  • Répondre Romanza 20 juillet 2013 at 12 h 48 min

    Je l’ai lu il y a quelques années et j’avais beaucoup aimé. Un beau portrait de femme, une sublime plongée dans l’univers de Louis XIV.

    Un bon roman historique nous fait aimer et apprendre l’histoire mille fois mieux qu’un manuel.
    Merci à Monsieur Dumas qui m’a montré la voie il y a 12 ans!

    • Répondre Eliza 21 juillet 2013 at 7 h 17 min

      Oui, tu as raison ! Les bons romans historiques sont les meilleurs maîtres ! 😉

  • Répondre Ysira 22 juillet 2013 at 16 h 43 min

    De lire ton billet, me donne envie de relire ce bouquin que j’ai lu il y a bien des années et qui reste un magnifique souvenir de lecture, tant j’avais été impressionnée par la langue de F. Chandernagor et le portrait qu’elle avait dressé de Mme de Maintenon ! Hop, je pars à sa recherche !

    • Répondre Eliza 22 juillet 2013 at 17 h 16 min

      J’ai envie de le relire encore et encore !! Quelle langue ! Quelle femme ! Quelle écrivain !

  • Répondre Malice 20 août 2013 at 8 h 35 min

    Je n’ai pas été aussi enthousiaste que toi ! Mais il est certain quelle femme cette Madame de Maintenon un magnifique portrait que lui offre Françoise Chandernagor. Bravo pour l’idée de ce challenge fort original !

  • Répondre 2013 en livres | Passion Lectures & co 1 janvier 2014 at 15 h 18 min

    […] Chandernagor Françoise, L’allée du Roi […]

  • Répondre LeSalonDesLettres 5 juillet 2014 at 17 h 24 min

    Il est dans ma PAL et j’ai hâte de le lire!

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