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L’échange des princesses, Chantal Thomas

28 septembre 2013

Chantal Thomas, L'échange des princessesPrésentation :

En 1721, Philippe d’Orléans est Régent, dans l’attente que Louis XV atteigne la maturité légale. L’exercice du pouvoir est agréable, il y prend goût. Surgit alors dans sa tête une idée de génie : proposer à Philippe V d’Espagne un mariage entre Louis XV, âgé de onze ans, et la très jeune infante, Maria Anna Victoria, âgée de quatre ans – qui ne pourra donc enfanter qu’une décennie plus tard. Et il ne s’arrête pas là : il propose aussi de donner sa fille, Mlle de Montpensier, comme épouse au jeune prince des Asturies, héritier du trône d’Espagne, pour conforter ses positions.
La réaction à Madrid est plus que positive, et les choses se mettent vite en place. L’échange des princesses a lieu début 1722, en grande pompe, sur une petite île au milieu de la Bidassoa, la rivière qui fait office de frontière entre les deux royaumes. Tout pourrait aller pour le mieux. Mais rien ne marchera comme prévu.

Ce que j’en dis :

Bien qu’on se doute que Marie Leszczynka n’était pas un premier choix comme épouse de Louis XV et Reine de France, j’ignorais totalement que le successeur de Louis XIV avait été fiancé pendant quatre ans à une petite infante espagnole. C’est pourtant cette étrange histoire que raconte Chantal Thomas dans L’échange des princesses. Comment l’idée vint au Régent, pour tenter de conserver la gérance du royaume le plus longtemps possible, de marier le jeune Roi à une petite fille. Comment il osa imaginer de proposer sa propre fille, Louise-Élisabeth, en échange au prince des Asturies. Comment le duc de Saint-Simon intrigua pour être ambassadeur extraordinaire auprès du Roi d’Espagne et lui présenter cette requête. Comment se déroula « l’échange des princesses ». Et ce qu’il advint de chacune de ces enfants dans des Cours qui leur étaient totalement étrangères.

En 1721, Marie-Anne-Victoire, infante d’Espagne, a quatre ans lorsqu’elle part pour la France en qualité d’Infante-Reine, appellation qui ne fut jamais utilisée que pour elle. Louise-Élisabeth, dite Mademoiselle de Montpensier, est âgée de douze ans. Si l’éducation de Marie-Anne-Victoire fut rigoureuse, à l’image de la Cour d’Espagne, celle de Louise-Élisabeth fut quasiment inexistante. Leur destin, aussi différent que possible par leur âge et leur environnement familial, offre pourtant une singulière symétrie : quatre années de solitude, que l’auteur déroule devant nos yeux en alternant les chapitres sur les deux princesses. La petite Infante doit faire face à la froideur, puis l’indifférence de Louis XV (de huit ans son aîné) ; Louise-Élisabeth, livrée à elle-même malgré l’affection de son mari, multiplie les caprices, les coups d’éclat, et se rapproche dangereusement de la folie. Elle devint pourtant Reine d’Espagne lorsque Philippe V décida de remettre la Couronne entre les mains de son fils. Mais ce dernier fut incapable de gouverner par lui-même et l’ombre du couple royal, mené d’une main de fer par la seconde épouse de Philippe V, Élisabeth Farnèse, plana longtemps sur les deux adolescents.

Philippe V étant le petit-fils de Louis XIV et l’oncle de Louis XV, les quatre enfants étaient cousins germains. Mais les liens familiaux ne comptèrent pour rien dans ces alliances, qui sacrifièrent sans ménagement deux princesses à la raison d’État. L’auteur a cependant choisi une narration à double niveau : l’un relate les faits et s’en tient là. On se croit d’abord dans les Mémoires de Saint-Simon, puis dans les nouvelles à la main qui tenaient compte jour après jour des déplacements, paroles et attitudes des princes. L’autre tente de percer l’intimité des princesses, le coffre à poupées de la petite infante, ses envies de plaire au Roi, les lubies de Louise-Élisabeth, ses rapports orageux avec son mari. Mais le contraste qui en résulte est trop fort et aucun de ces deux choix narratifs ne m’a convaincue.

Louis XV et Marie-Anne-Victoire Louise-Elisabeth d'Orléans

À gauche, Louis XV et Marie-Anne-Victoire. À droite, Louise-Élisabeth d’Orléans.

Ce que j’en fais :

Je ne suis pas mécontente d’avoir enfin découvert la plume de Chantal Thomas, dont le nom revient bien souvent lorsqu’on cherche de (très) bons romans historiques. Malheureusement, cette lecture reste en demi-teinte : le sujet est formidable, mais risqué car très peu documenté. Il eût fallu soit broder beaucoup plus et donc rendre tout cela plus romanesque, soit au contraire s’en tenir aux faits et à la simple biographie croisée. Le mélange des genres entre le style Gazette de Renaudot et les pensées curieusement sensuelles d’une petite fille de quatre ans m’a paru finalement bien fade. Reste un épisode historique méconnu que l’auteur a su remettre en lumière pour les curieux.

Je vous recommande :

Pas de commentaires

  • Répondre Cindy Van Wilder 28 septembre 2013 at 17 h 06 min

    Tiens, j’ignorais aussi complètement cet épisode ! Merci de ce billet 😉

    • Répondre Eliza 29 septembre 2013 at 6 h 56 min

      De rien, c’est vraiment la trouvaille du livre ! 🙂

  • Répondre Bianca 28 septembre 2013 at 17 h 24 min

    Les critiques pro sont dithyrambiques mais tu n’es pas la seule lectrice à égratigner ce roman. Je compte le lire car je suis passionnée par cette époque et j’espère que je l’apprécierai plus que toi.

    • Répondre Eliza 29 septembre 2013 at 6 h 59 min

      Je te comprends, l’histoire est tellement intéressante que je l’aurais lu aussi malgré les avis ;-). Mais comme tu as aimé Le roi des ombres, ça pourrait te plaire !

  • Répondre Matilda 28 septembre 2013 at 18 h 31 min

    Le livre ne me tentait pas parce que le nom de l’auteure me fait penser à la chanteuse bizarre ou à celle qui design des soutiens-gorges encore plus bizarres.
    Mais le résumé me fait envie maintenant ! Je vois tes réserves, et je verrais ce que j’en pense si je peux le récupérer à la médiathèque.

    Mais je comprends ta remarque sur le choix de soit romancer beaucoup à cause du peu de sources ou de simplement rester au plus près des faits.

    • Répondre Eliza 29 septembre 2013 at 7 h 00 min

      Héhé, ça me faisait aussi cet effet jusqu’à ce que je vois sa tête sur une vidéo, maintenant je ne confonds plus ! Si tu le trouves, tu me diras ce que tu en as pensé…:)

  • Répondre Céline 28 septembre 2013 at 19 h 09 min

    Je vais l’emprunter à la médiathèque où je travaille car j’ai envie de découvrir ce roman qui se déroule à une époque que j’aime beaucoup. J’espère aimer mais j’ai déjà vu des avis et des notes assez mitigés pour ce titre.

    • Répondre Eliza 29 septembre 2013 at 7 h 02 min

      J’espère bien que tu aimeras !! Je ne suis qu’une vieille grincheuse, j’ai de plus en plus de mal à trouver de bons romans historiques, tous me déçoivent… 😉

      • Répondre Céline 29 septembre 2013 at 8 h 38 min

        Je t’avoue qu’à force d’en lire, je deviens de plus en plus exigeante aussi ! 😉
        J’espère pouvoir récupérer ce titre très vite !

  • Répondre maudapl 29 septembre 2013 at 19 h 36 min

    J’avais hésité à l’acheter chez le libraire, mais ton avis et les autres billets lus me disent que j’ai bien fait de ne pas céder 😉

    • Répondre Eliza 30 septembre 2013 at 7 h 25 min

      Je suis restée sur ma faim mais je ne regrette quand même pas de l’avoir lu, ne serait-ce que pour en avoir appris plus sur ces petites princesses !

  • Répondre alexmotamots 30 septembre 2013 at 8 h 34 min

    Une période de l’Histoire de France que l’on connait très peu. Mais je ne choisirais pas ce titre-ci de l’auteure, alors.

  • Répondre Titine 2 octobre 2013 at 9 h 58 min

    L’idée de départ est effectivement un fait historique hautement romanesque et la belle plume de Chantal Thomas aurait du te séduire. C’est dommage, j’espère que tu liras « Les adieux à la reine » qui est splendide.

  • Répondre grigrigredin 19 octobre 2013 at 20 h 03 min

    Je l’ai mis dans ma PAL, mais je compte lire « Les adieux à la reine » avant…

    • Répondre Eliza 20 octobre 2013 at 9 h 17 min

      Je l’avais dans ma wish-list mais du coup je ne suis pas sûre de l’acheter… 🙁

      • Répondre grigrigredin 20 octobre 2013 at 10 h 52 min

        Peut-être qu’il est mieux réussi que « L’échange des princesses » qui est basé sur un événement historique peu connu et peu étudié…

  • Répondre 2013 en livres | Passion Lectures & co 1 janvier 2014 at 15 h 18 min

    […] Thomas Chantal, L’échange des princesses […]

  • Répondre L’échange des princesses de Chantal Thomas | Plaisirs à cultiver 25 février 2015 at 7 h 36 min

    […] Le billet d’Eliza qui m’a gentiment prêté ce livre et celui de George avec qui j’ai fait cette lecture. […]

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