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Les adieux à l’Empire, Olivier Barde-Cabuçon

31 août 2015

Les adieux à l'Empire, Olivier Barde-CabuçonComme je vous le disais dans la présentation de mes lectures de vacances, je n’avais jamais entendu parler de ce livre ni de cet auteur avant de tomber en arrêt devant cette couverture à la librairie. D’un côté, je me suis dit qu’une bonne grosse saga sur l’épopée napoléonienne était, sans le savoir encore, exactement ce dont j’avais besoin pour déconnecter du bureau ; de l’autre, je trouvais cette couverture fantasmagorique osée pour un roman historique. Elle m’intriguait.

Dans l’air glacé vibraient les voix fortes des officiers qui exhortaient leurs hommes. On s’était écrié au matin qu’on allait donner le bal aux Russes, mais ceux-ci donnaient la première mesure. La terre était gelée, les boulets ne s’écrasaient pas, ricochant sur le sol à travers les rangs. Nos bataillons marchaient à la mort et certains d’entre nous croyaient encore que le paradis se trouvait à l’ombre de leur épée.

Je n’étais pas du nombre.

La bataille avait tourné au carnage.

Eylau, 8 février 1807. Le capitaine d’infanterie des Ronans trébuche en pleine charge contre les Russes et aperçoit dans les brumes fumantes du champ de bataille une femme, une apparition. Il s’agit de Daphné de Cercey, jeune femme engagée aux armées comme aide d’un chirurgien de la Grande Armée. A son réveil à l’hôpital, il fait la connaissance de deux hussards au grand coeur, Raoul Bussy de Casteljac, dit Beau Geste et Della Rocca. Ces quatre personnages sont les héros de cette épopée qui se déroule des conquêtes d’Eylau et Dantzig à la guerre d’Espagne, de la retraite de Russie à Waterloo. C’est en quelque sorte un miroir français de Guerre et Paix, où les temps de guerre alternent avec les permissions de nos héros à à Paris ou en Bourgogne chez les Cercey. Mais le récit est entremêlé d’une deuxième narration, les histoires de Beau Geste et Daphné en Egypte. L’Egypte, rêve oriental de Bonaparte, est le lieu magique où tout a commencé, le lieu où les rêves se fondent dans le sable, à la chaleur brûlante du soleil. Sur leur passage, Napoléon, bien sûr, omniprésent dans le cœur de tous ses soldats, son ombre, manchot mystérieux, Spalazini, qui initiera des Ronans à un mysticisme étrange, une espionne à sa solde non moins mystérieuse, la belle Fiorina, et une jeune comédienne appelée la Lune avec laquelle Des Ronans se lie d’une amitié ambiguë. Ces deux-là n’en finiront pas de démêler l’écheveau de leurs sentiments.

Ce roman fut le premier roman de l’auteur, et il souffre de quelques faiblesses. J’en citerai trois, car elles ont entravé mon plaisir de lecture : soldats érudits, parlant latin couramment et citant Héraclite, Sun Tzu et la mythologie nordique en toute occasion, nos trois héros souffrent au début du roman d’un semblant de pédanterie, c’est d’autant plus dommage qu’elle disparaît dans la deuxième partie du roman sans que le caractère des personnages en soit altéré. J’ai aussi trouvé la fin trop rapide. Certes, le livre faisait déjà plus de 700 pages, mais des récits entamés n’ont pas été terminés (notamment en Egypte, on ne saura jamais comment Spalazini a perdu son bras) ou ont été écourtés, laissant un goût d’inachevé très frustrant. Enfin, remarque féminine sans doute, mais non négligeable : je ne crois pas qu’à quelque époque que ce soit, une femme se soit jetée sur un homme pour le punir ou le torturer. Or à deux reprises, notre héros se voit contraint de subir les assauts sexuels de femmes enragées qui veulent ainsi se venger. Mais bien sûr….

Malgré cela, le roman est parcouru d’un grand souffle romanesque et la plume vivante de l’auteur rend à merveille les charges de cavalerie et le son bouillant des canons. Du son glorieux des trompettes victorieuses, les héros plongent bientôt dans l’atrocité des crimes perpétrés en Espagne où se joua une guerre de nerfs, faite d’embuscades, de massacres et de règlements de comptes. Les premiers doutes s’emparent de la Grande Armée. Les flammes de Moscou, les champs gelés et les cosaques de Koutouzov enterreront leurs rêves et leurs espoirs. Le capitaine des Ronans souffre d’une grande mélancolie et on comprend assez vite qu’il cherche la mort sur le champ de bataille. Ce caractère sombre et torturé est équilibré par les gouailles joyeuses de ses amis hussards, qui eux cherchent la renommée dans la vénération de l’Empereur et de ses capitaines. Ainsi le maréchal Ney fait-il l’objet d’un portrait saisissant lors de la retraite de Russie, mi-homme mi-dieu, se battant jusqu’au bout avec hargne et courage à la tête de l’Arrière-Garde sans cesse harcelée par les Russes.

Pétri de philosophie des Lumières, Des Ronans est l’ombre filante du siècle précédent. A quoi donc aura servi cette Révolution ? Quel sera le destin de cette France immense dirigée par un homme poursuivant une chimère ? Il faudra bien, un jour, faire ses adieux à l’Empire…

Que reste-t-il aujourd’hui de tant de grâce insouciante emportée d’un coup par une tourmente que personne n’avait pressentie ? Retrouverons-nous un jour un peu de cette frivolité qui allège le cœur des hommes ? Cette société bercée d’illusions a disparu, elle n’était qu’un leurre : la fête est par nature éphémère, ne reste plus que la mélancolie…

Je vous le recommande vivement !

Livre soleil

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11 commentaires

  • Répondre Titine 31 août 2015 at 18 h 44 min

    Malgré l’élogieuse fin de ton billet, je reste bloquée sur les histoires non achevées, je crois que cela m’agacerait prodigieusement ! Je vais rester sur la version russe des campagnes napoléoniennes !

    • Répondre Eliza 1 septembre 2015 at 6 h 09 min

      Je comprends ! Pour ma part, j’aime trop cette période et les belles histoires pour bouder mon plaisir 🙂

  • Répondre George 31 août 2015 at 19 h 07 min

    Malgré tes réserves sur ce roman, je reste très tentée même si je ne sais pas encore quand je l’ouvrirai !
    Bravo pour ton beau blog !

    • Répondre Eliza 1 septembre 2015 at 6 h 10 min

      Mes quelques réserves ne m’ont pas empêché de passer un très bon moment ! A réserver pour des vacances, car effectivement, il faut tenir les 700 pages… 🙂

  • Répondre Delphine-Olympe 31 août 2015 at 19 h 46 min

    Je reste sur une lecture de cet auteur qui, sans m’avoir déplu, ne m’avait pas non plus franchement enthousiasmée. Du coup, j’hésite à rempiler… surtout pour 700 pages !

    • Répondre Eliza 1 septembre 2015 at 6 h 11 min

      J’ai vu ton billet du coup, mais j’avoue que la période napoléonienne me plaît beaucoup ! Je pense qu’avec une autre période, j’aurais moins accroché…

  • Répondre Alex-Mot-à-Mots 3 septembre 2015 at 7 h 49 min

    On sent que tu as aimé cette lecture venue par hasard.

  • Répondre sous les galets 5 septembre 2015 at 9 h 35 min

    La fin de ton billet est très beau « il faudra bien un jour faire ses adieux à l’empire »…pour autant, je ne suis pas fan de l’époque napoléonienne (je ne le dis pas trop fort) et pour moi, tes réserves sont un peu insurmontables je dois dire…Tu me diras sur 700 pages il y a nécessairement des points qui pêchent, mais je crois qu’il n’est pas fait pour moi celui-là.

    • Répondre Eliza 21 septembre 2015 at 7 h 55 min

      J’ai vraiment hésité à en parler, de peur de décourager plusieurs d’entre vous, mais j’espère qu’on comprend quand même que j’ai beaucoup beaucoup aimé ! J’avoue, je suis fan de cette période aussi :p

  • Répondre Karine:) 7 septembre 2015 at 0 h 57 min

    je pense que je peux survivre à tes bémols. Et quelle jolie couverture!

    • Répondre Eliza 21 septembre 2015 at 7 h 54 min

      Oui, elle est vraiment magnifique !! J’y ai bien survécu, moi :p

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