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Les Anges de New York, R.J. Ellory

15 avril 2012

Présentation :

Frank Parrish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C’est un homme perdu, qui n’a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d’élite qui, dans les années quatre-vingt, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs. Alors qu’il vient de perdre son partenaire et qu’il est l’objet d’une enquête des affaires internes, Frank s’obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d’une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d’un tueur en série qui sévit dans l’ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais, ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu’ajouter à un passif déjà lourd. Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l’histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.
Après avoir évoqué la mafia dans Vendetta, la CIA dans Les Anonymes, R. J. Ellory s’attaque à une nouvelle figure de la mythologie américaine, la police de New York. Avec ce récit d’une rare profondeur, qui n’est pas sans évoquer des films comme Serpico, La nuit nous appartient, ou encore Copland, Ellory nous offre à la fois un grand thriller au suspense omniprésent et le portrait déchirant d’un homme en quête de justice et de rédemption.

Ce que j’en dis :

Frank Parrish est un flic paumé, alcoolique, divorcé, père absent et la seule idée d’être son coéquipier à la brigade criminelle ferait fuir plus d’un policier chevronné. Le livre s’ouvre sur une scène violente : Frank essaie d’empêcher un junkie de tuer sa petite amie déjà salement amochée et de se tuer lui-même. Mais ce sera une explosion de sang. Le décor est planté : dans la police de New York, on n’est pas là pour rigoler, on n’est pas dans ce genre de film où le flic réussit toujours à sauver la situation. Ici, c’est la vraie vie. Et des morts tous les jours. Emporté sur l’enquête de la mort d’une jeune adolescente et de son frère, Parrish a tout à coup une intuition. L’intuition que cette fille pourrait être le début, ou plutôt la fin, d’une longue série. L’intuition que ce qui lui est arrivé pourrait recommencer. Mais que fait-on avec une intuition ? Pas grand-chose… L’enquête n’est qu’un prétexte pour faire évoluer le personnage central, Frank, qui est vraiment le cœur du roman.

Parce qu’il vient de perdre son coéquipier, Frank se voit contraint de parler avec une psychologue. Progressivement, il parle, de son divorce, de ses enfants, et surtout de son père. Dans la police de New York, la vie est tellement dure qu’il y a deux types de flics : ceux qui se laissent aller à la corruption, qui couvrent les crimes de la mafia pour dormir tranquille et ceux qui se battent tous les jours pour sauver des vies. Frank est l’un de ceux-là, mais son père, John Parrish, la légende du Bureau de contrôle du crime organisé, ces fameux Anges de New York, de quel côté était-il ? Dans ses ténèbres, Frank n’a qu’une seule certitude : il est différent de son père. Mais dans son enquête, s’il veut empêcher un autre crime, il devra sortir de la légalité. Et dans ce cas, qu’est-ce qui le différencie de son père ?

Ce roman puissant est un remarquable portrait. Ce personnage, pourtant peu original, prend toute son ampleur parce qu’on suit l’enquête à travers ses yeux, ses réactions et ses sentiments, ses doutes. L’ombre de son père permet une réflexion poussée sur le bien et le mal, la frontière entre les deux, cette zone grise où le bien prend la forme du mal et vice-versa. Frank Parrish devient petit à petit persuadé de l’identité du coupable, mais il n’a aucune preuve. Sans rien dire à sa hiérarchie ni à son coéquipier, il traque ce suspect jusqu’à la faute. Mais il n’a aucun droit de le faire. Alors si ce type est vraiment coupable, où est le problème ? « La fin justifie les moyens », etc. Mais je n’ai pu m’empêcher de penser : et s’il est innocent ? et si Frank Parrish harcelait un homme innocent juste sur une intuition ? Les lois ne sont-elles pas aussi là pour nous protéger ? Je vous laisse le lire pour découvrir ce qu’il en est vraiment ;-).

Cette lecture suscite beaucoup de questions, parce que l’auteur nous met dans des situations où il souhaite que nous nous posions ces questions. Rien n’est jamais tout blanc ni tout noir. La plume d’Ellory renforce ce procédé par sa justesse et en même temps sa violence. Frank Parrish n’est pas un tendre, son monde non plus, et le langage s’en ressent. Mais cela ne fait qu’ajouter au réalisme abrupt de ce récit et à son incroyable pouvoir d’attraction. Ellory a encore frappé et j’en redemande.

Ce que j’en fais :

J’ai découvert R.J. Ellory avec Vendetta et ce fut un énorme coup de cœur. Une vraie plume, des personnages affûtés au couteau, une histoire dense et foisonnante sur fond de mafia des années 1950 à nos jours. Un coup de maître ! Les Anonymes a confirmé la place de cet auteur dans mon panthéon ;-). Cette fois-ci, c’était l’histoire de la CIA en Amérique du Sud et toujours ce décryptage psychologique des ressorts du bien et du mal. En revanche, j’ai essayé deux fois de lire Seul le silence, mais rien n’y a fait… Je pense que ce qui me plaît particulièrement chez Ellory est ce qu’il dit dans cette interview : « Je n’écris pas vraiment de romans policiers, j’écris des drames humains. Tel que c’est écrit, mon sujet n’est pas le crime. Mon sujet, c’est les gens. »

Ils en parlent aussi :

  • Rose Book’In : « j’ai adoré ce roman, pour la manière brutale et sans détour avec laquelle nous est narrée l’histoire »
  • la librairie Mollat fait un beau dossier sur R.J. Ellory : « Ellory réussit le tour de force d’échapper aux clichés, car son flic fatigué est avant tout attachant, avec ses failles, ses coups de gueule, et surtout son acharnement à résoudre l’enquête »
  • et sur Babelio

Je vous recommande :

10 commentaires

  • Répondre Miss Léo 15 avril 2012 at 16 h 41 min

    Un excellent auteur ! J’ai bien aimé Seul dans le Silence, mais je trouve Vendetta plus abouti, plus dense, mieux construit. Il va falloir que je me décide à sortir Les Anonymes de ma PAL.

    • Répondre Eliza 15 avril 2012 at 16 h 54 min

      Les Anonymes est plutôt comme Vendetta, très fouillé avec beaucoup d’éléments historiques. Mais il est aussi excellent !

  • Répondre alexmotamots 16 avril 2012 at 7 h 13 min

    Il a l’air génial, j’ai beaucoup quand l’auteur nous fait nous poser des questions.

    • Répondre Eliza 17 avril 2012 at 15 h 23 min

      Ouiiii, tout à fait d’accord, ça change de ces romans où on est complètement passifs devant l’histoire…!

  • Répondre Titin 17 avril 2012 at 14 h 03 min

    J’ai très envie de le découvrir mais je n’ai toujours pas réussi à m’y mettre. 🙁 Il faudrait que je gagne au loto pour pouvoir me consacrer à la lecture !

    • Répondre Eliza 17 avril 2012 at 15 h 23 min

      Connaissant nos goûts partagés sur beaucoup de titres, je te conseille effectivement d’essayer, en commençant par Vendetta 😉

  • Répondre Jeneen 22 avril 2012 at 9 h 34 min

    je n’en ai lu aucun..;vendetta est donc mieux pour commencer ? beau billet, effrayant mais attirant…

  • Répondre Patrick 29 juin 2012 at 9 h 06 min

    Bonjour, J’ai découvert cet auteur avec « Seul le silence » grâce au morceau du groupe Mickey 3D « Je m’appelle Joseph » et malgré le côté sombre de ce roman, on se retrouve vraiment immergé dans l’ambiance de ce petit village au fin fond de la Géorgie 8x
    Ma femme m’a offert « Vendetta » qui est très différent, mais là aussi on se laisse emporter dans cette histoire abracadabrante de tueur de la mafia et dans l’ambiance marécageuse de la Nouvelle Orléans… Je n’ai pas eu le temps de finir de lire l’article d’un magazine dans la salle d’attente de mon médecin sur le dernier roman de cet auteur, mais il me semble avoir aperçu qu’il avait donné à chacun de ses chapitres, le titre d’un morceau du Groupe Gun Club et de son charismatique chanteur disparu Jeffrey Lee Pierce?

    • Répondre Eliza 8 juillet 2012 at 7 h 04 min

      Ca ne doit pas être Ellory, je viens de regarder : les chapitres n’ont pas de titre dans Les Anges de New York, ni dans Les Anonymes, son avant-dernier.

      • Répondre Patrick 30 août 2012 at 16 h 08 min

        Merci Pour votre réponse Eliza. On se plaint quelques fois de passer trop de temps dans les salles d’attentes mais pour le coup… Je lis un autre auteur pour l’instant mais je reviendrais surement sur E.J Ellory. Bonne Lecture.

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