lectures

Les liens du mariage, J. Courtney Sullivan

20 septembre 2015

Frances Gerety

Connaissez-vous Frances Gerety ?

C’est une publicitaire des années 1940 qui travailla pendant plus de vingt-cinq pour De Beers et imagina leur signature « A diamond is forever« . Pendant toutes ces années, l’agence Ayer & Son conçut pour De Beers un ambitieux programme visant à installer dans les traditions de toutes les classes sociales l’usage de la bague de fiançailles (de préférence un solitaire en diamant !). On sait aujourd’hui à quel point cette entreprise fut un succès et De Beers est toujours le leader mondial du diamant.

1958 DeBeers Diamond Ad De Beers Ad Campaign De Beers Ad Campaign

A partir de ce personnage réel, l’auteur nous offre une plongée dans quatre histoire de couples des décennies suivantes, illustrant les profonds changements des relations de couple au cours des ans : le fragile point d’équilibre entre l’homme et la femme, entre les parents et les enfants, le rapport au travail, mais aussi comment faire face à la trahison, à l’ennui, à la disparition de l’amour ? Peut-on reconquérir un amour perdu ? Frances elle-même complète cette galerie en décidant de ne jamais se marier, une situation qu’elle vivra difficilement dans son milieu professionnel où les femmes sont secrétaires mais rarement plus (l’un des thèmes de Mad Men). Evelyn, touchante épouse et mère, tente désespérément de comprendre pourquoi son fils s’est éloigné d’elle, de sa femme et de ses filles, tout en réapprenant à vivre avec son mari désormais en retraite. Marié sans doute trop jeune, James multiplie les petits boulots pour offrir à sa famille la vie qu’elle mérite ; hélas, sa vie misérable laisse peu de place à l’espoir et il semble ne jamais pouvoir regagner l’estime de sa femme. Delphine, mariée à un homme qu’elle n’aime pas, décide de tout plaquer du jour au lendemain pour s’envoler à New York avec un célèbre violoniste. Très vite, cependant, celui-ci révèle un caractère guère plus évolué que celui d’un enfant surdoué et capricieux. Enfin, Kate est une jeune mère qui a décidé d’arrêter de travailler pour s’occuper de sa fille, et dont on comprend rapidement qu’elle n’a jamais vraiment assumé cette décision. Elle fuit le mariage comme la peste, symbole d’enfermement et de contrainte…

Les épreuves que traversent ces couples sont celles que nous pouvons vivre au quotidien. C’est lorsque la tristesse, les compromis passés sous silence, les frustrations et les colères semblent les plus vifs qu’est dite la phrase qui peut tout réconcilier ou celle qui vous emporte encore plus loin de l’autre. Il y a un côté très whartonien dans la façon dont l’auteur décortique ses personnages, leurs passions et leurs tourments, et laisse planer les non-dits. La construction qui nous fait passer d’un personnage à l’autre, tout en gardant le destin de Frances Gerety comme fil rouge, rythme le récit et nous met dans la position de l’observateur qui promènerait sa loupe sur divers sujets d’étude. Bref, le roman est très réussi, et ce malgré l’absence d’empathie que j’ai ressentie pour James et Delphine, qui m’ont parfois agacée.

Il est dommage que le titre français ne puisse pas retranscrire le double sens du titre original : The Engagements se réfère autant aux fiançailles, aux promesses que se font les fiancés l’un envers l’autre, qu’aux bagues de fiançailles serties de diamants qui figure dans toutes les publicités de Frances Gerety. Petit clin d’œil qui m’a sans doute aussi attachée à ce roman, lorsqu’il y est question d’une bague de fiançailles, il s’agit d’un « toi et moi », deux diamants enlacés, qui se trouve justement être le modèle que je porte.

On m’a vivement conseillé de lire Les Débutantes et Maine, ils sont d’ores et déjà prévus pour bientôt !

Les liens du mariage, J. Courtney Sullivan

Mois américainCe billet est ma participation au Mois américain de Titine, dont vous pouvez retrouver les nombreuses participations sur son blog et sur le groupe Facebook dédié 🙂 .

 

Je vous recommande :

12 commentaires

  • Répondre Titine 20 septembre 2015 at 17 h 26 min

    J’ai très envie de découvrir cet écrivain, tous ses romans me tentent. J’espère pouvoir le faire bientôt, tu me tentes en tout cas beaucoup (j’avoue, il suffit de citer Edith Wharton pour ce faire !) Merci pour ta participation !

    • Répondre Missycornish 20 septembre 2015 at 17 h 46 min

      Je suis du même avis que Titine. Je lis Edith Warthon et je fonce!!!

  • Répondre lcath 20 septembre 2015 at 17 h 32 min

    J’avais prévu de lire Maine mais je ne l’ai pas trouvé à la biblio. , du coup il faut vraiment que je me mette à lire cette auteure !

  • Répondre Missycornish 20 septembre 2015 at 17 h 44 min

    Je viens justement d’en parler avec ma mère. Je lui avais offert pour son anniversaire en anglais mais je ne l’ai pas encore lu. Elle était réticente au début parce qu’elle trouvait le thème du mariage raté déprimant et finalement elle a adoré. J’ai hâte de le lire!!!

  • Répondre Lili 20 septembre 2015 at 20 h 43 min

    Je suis un peu comme la mère de Missy : a priori, la thématique du mariage (raté ou pas, pour le coup) ne me tente pas vraiment… Mais pourquoi pas, après tout, si le roman est de qualité ! Il m’est arrivé souvent de lire d’excellents bouquins sur des sujets qui ne me passionnaient pas au départ. Je ne dis donc pas non, d’autant que ton billet est très alléchant 🙂

    • Répondre Eliza 21 septembre 2015 at 7 h 58 min

      J’ai toujours apprécié les romans où on décortique les relations de couple, tant mieux si je te donne envie d’essayer celui-ci !

  • Répondre Le mois américain – Récapitulatif | Plaisirs à cultiver 21 septembre 2015 at 10 h 18 min

    […] Eliza : Les liens du mariage, J. Courtney Sullivan  […]

  • Répondre Alex-Mot-à-Mots 21 septembre 2015 at 15 h 14 min

    Les débutantes m’avait déçu, mais j’avais adoré Maine.

  • Répondre Enigma 21 septembre 2015 at 21 h 45 min

    J’ai adoré les débutantes, Maine est dans ma PAL et Les liens du mariage est dans ma WList. Oui j’aime beaucoup cette auteure 🙂

  • Répondre Hélène 23 septembre 2015 at 8 h 56 min

    Je n’aime pas tellement lire des histoires qui me rappellent mon quotidien (le couple la famille les enfants blabla) mais tu en parles bien, ça me donne envie malgré tout

  • Répondre Karine Minier 18 octobre 2015 at 21 h 10 min

    J’en ai 2 autres dans ma pile… on va commencer par eux, hein!

  • Répondre Ma liste de lecture pour 2016 - Lectures & co 3 janvier 2016 at 10 h 06 min

    […] Azoulai (merci Delphine !) ou encore J. Courtney Sullivan (dont je n’ai apparemment pas lu le meilleur, en plus […]

  • Laissez-moi un commentaire !