challenges lectures

Middlemarch, George Eliot

17 septembre 2012

Présentation :

Middlemarch (1871-1872) est sans doute le plus beau roman de George Eliot, en tout cas son roman le plus complet (le sixième sur sept). Deux intrigues sentimentales principales, l’histoire de Dorothea et le mariage de Lydgate, jeune médecin ambitieux, avec la vulgaire Rosamond Vincy, se détachent sur un fond foisonnant de personnages et d’événements, d’épisodes intéressants, amusants, émouvants. Un des charmes de George Eliot est dans cette surabondance de détails.

Nous avons fait figurer en préface un beau texte de Virginia Woolf sur George Eliot : « L’issue fut triomphale pour elle, quel qu’ait pu être le destin de ses créatures ; et quand nous nous rappelons tout ce qu’elle a osé, tout ce qu’elle a accompli, la façon dont, malgré tous les obstacles qui jouaient contre elle (le sexe, la santé, les conventions), elle a cherché toujours plus de savoir, toujours plus de liberté jusqu’au jour où le corps, accablé par son double fardeau, s’effondra, épuisé, nous devons poser sur sa tombe toutes les brassées de lauriers et de roses que nous possédons. »

Ce que j’en dis :

La jeune Dorothea Brooke ne partage pas les rêves de beaucoup de jeunes filles de son âge. Alors que ces dernières ne pensent qu’à trouver un mari plaisant et fortuné, Dorothea a bien d’autres pensées en tête. La religion et l’étude tiennent une grande place dans sa vie et elle aspire à mener une vie exemplaire (au sens de sainte) en consacrant son intelligence à faire le bien. Cette volonté l’amène à épouser Mr Casaubon, révérend et docteur en théologie, qui a plus du double de son âge. Profondément éprise de son mari et admirative de son intelligence, Dorothea compte bien l’aider dans la préparation de l’oeuvre de sa vie, la Clé de toutes les mythologies. Mais sa sérénité se trouve bien vite bouleversée lorsqu’elle rencontre le cousin de Mr Casaubon, Will Ladislaw, jeune homme oisif et bohème, qui lui ouvre les yeux sur l’illusion de son bonheur. Dans le même temps, Tertius Lydgate, médecin tout juste diplômé, décide de s’installer à Middlemarch dans l’intention clairement avouée non seulement de réaliser des découvertes majeures sur le fonctionnement du corps humain, mais aussi de bousculer la pratique médicale de l’époque en apportant une vision plus moderne du rôle du médecin. Alors qu’il avait décidé de reporter à plus tard son mariage, il s’éprend de la pétillante Rosamund Vincy et son plan de carrière s’en retrouve chamboulé. Autour de ces deux héros se déploie toute la bonne société de Middlemarch, avec ses clans et ses luttes de pouvoir, ses secrets, toutes les joies et peines de son quotidien… La famille des Vincy est un peu au centre de cette ramification, car ils ont des liens de famille avec bon nombre de personnages, et de très nombreuses intrigues secondaires se mêlent aux destins de Dorothea et Lydgate.

Ce qui frappe tout d’abord dans Middlemarch, c’est la minutie avec laquelle George Eliot a créé un univers à part entière, tout en conservant une vision d’ensemble remarquable. Rien n’est laissé au hasard, chaque personnage, chaque intrigue a ses propres détails, et pourtant, plus on avance dans le livre, plus on se rend compte que toutes ces intrigues sont reliées entre elles par des fils presque invisibles. Certains passages peuvent sembler longs, par exemple lorsqu’on suit les manigances des médecins pour prendre le contrôle du nouvel hôpital, ou bien les difficultés de Mr Brooke à se lancer en politique, mais malgré tout, chacun de ces développements est la marque de l’esprit très moderne de George Eliot. On y parle beaucoup de la fameuse Réforme : il s’agissait en fait d’une réforme qui devait élargir le corps électoral aux fermiers et aux notables de province. Du côté médical, Lydgate provoque les foudres de ses confrères en décidant de ne plus donner de médicaments lors de ses consultations. J’ai été stupéfaite des connaissances et de l’intelligence de George Eliot, qui s’est documentée sur de très nombreux sujets et n’hésite pas ensuite à donner son avis. Car derrière cette érudition se cache souvent une ironie féroce. Lorsque le vieux Featherstone est à l’agonie et que se succèdent dans son salon tous ses frères et soeurs, voulant empêcher le mourant de léguer ses biens à d’autres qu’eux, ou encore lorsqu’on suit avec délectation les fantasmes de Rosamund, on est assez proche de la plume sarcastique de Jane Austen et c’est très réjouissant !

Les personnages créés sont profondément vivants et attachants, malgré leurs faiblesses. Si Dorothea peut paraître au début du roman vaniteuse et froide, elle est touchante par la quête de vérité qui la conduit dans les bras de Casaubon, et plus encore lorsqu’elle découvre la pâle réalité de son mariage.  Malgré le regard sans concession qu’elle lance sur ses personnages, à maintes reprises, George Eliot prend la liberté de nous enjoindre à l’indulgence face à leurs défauts. Cela ne les rend que plus humain. Lydgate est hautain et fier, mais ses buts sont nobles et sa passion de la médecine le met au-dessus des contingences de ce monde. Dommage que ce ne soit pas l’avis de Rosamund, qui croyait avoir épousé un futur médecin célèbre et n’a aucune idée de la pauvreté de Lydgate… Il est étrange de constater que la majorité des mariages de ce roman sont malheureux. Pour les deux héros, c’est surtout le manque de communication qui frappe, signe d’une époque sans doute, mais pas seulement. J’étais parfois tendue à l’extrême par la tendresse qui se dégage de deux personnes qui cependant ne parviendront pas à se parler. Dorothea notamment est à elle seule emplie d’amour, mais en l’absence de réciprocité de la part de son mari, elle canalise ces sentiments sur les gens qui l’entourent… comme Will Ladislaw.

Ce que j’en fais :

Cette très belle lecture commune fut organisée par Shelbylee, que je remercie beaucoup de nous avoir incitée à lire ce pavé : vous pouvez aller voir les billets de MissLéo, Eiluned et Mrs Figg. La période des vacances fut particulièrement propice pour moi à cette lecture : j’ai pu la déguster lentement, en prenant mon temps, et en savourant chaque développement, sans m’ennuyer une seconde ! En revanche, moi qui déteste savoir ce qui va se passer avant de commencer ma lecture, j’en veux beaucoup à Folio d’avoir, en quelques mots choisis exprès, dévoilé toute l’intrigue jusqu’aux dernières pages ! J’ai donc tronqué ici la 4e de couverture pour vous épargner ce désagrément… Un livre de plus pour le challenge victorien d’Aymeline.

Encore un classique de la littérature britannique qui n’échappe pas à la BBC : l’adaptation scénarisée par Andrew Davies (Orgueil & Préjugés) date de 1994.

Je vous recommande :

Pas de commentaires

  • Répondre eilunedd 17 septembre 2012 at 18 h 34 min

    C’est vrai que le sens du détail chez cet auteur est incroyable. C’est un livre qui marque, et dont je me souviendrais longtemps !

    • Répondre Eliza 18 septembre 2012 at 5 h 16 min

      Comme Daniel Deronda qui reste aussi pour moi un très bon souvenir de lecture 😉

  • Répondre Shelbylee 17 septembre 2012 at 18 h 39 min

    Un magnifique billet ! J’ai vraiment apprécié l’ironie qui se dégage de ce roman. Et effectivement, on s’attache à des personnages qui me laissaient parfois de glace au départ. Merci de nous avoir expliquer la Réforme (j’avais eu la flemme de chercher). J’ai la version de la BBC, je vais la regarder dans la semaine je pense. Tu l’as vue ?

    • Répondre Eliza 18 septembre 2012 at 5 h 14 min

      Je déteste ne pas savoir 😉 ! Il y a tellement d’autres choses dans ce livre, Fred & Mary, Bulstrode, Garth, sir James, ou le pasteur Farebrother… C’est difficile de parler de tout !! Je n’ai pas encore vue l’adaptation BBC, je la cherche avec les sous-titres…

  • Répondre Claire 17 septembre 2012 at 20 h 49 min

    Un très beau billet! Il m’a donné envie de lire le roman alors que j’avais été moyennement convaincue par la version de la BBC.
    Je le rajoute donc dans ma wishlist!

    • Répondre Eliza 18 septembre 2012 at 5 h 09 min

      Je ne te cacherais pas qu’il faut s’accrocher, mais j’ai vraiment passé un très moment 🙂

  • Répondre Bianca 18 septembre 2012 at 8 h 32 min

    très beau billet Eliza, j’avais déjà noté ce titre, il faut vraiment que je l’achète

    • Répondre Eliza 18 septembre 2012 at 10 h 34 min

      Merci Bianca, heureuse que ça t’ait donné envie !

  • Répondre Hydromielle 24 septembre 2012 at 11 h 27 min

    Il m’a fatigué ce roman. Bien trop long. Les personnages m’ont semblé d’une mollesse incroyable et l’histoire ne m’a pas plu. Sur un roman d’une telle épaisseur je te laisse deviner combien j’ai souffer…..

    • Répondre Eliza 5 octobre 2012 at 11 h 12 min

      oui, j’imagine bien comme tu as dû trouver le temps long si tu n’es pas rentré dedans !!

  • Répondre Hydromielle 24 septembre 2012 at 11 h 28 min

    Oups la grosse faute

  • Répondre Titine 26 septembre 2012 at 9 h 43 min

    Je n’ai pas encore lu « Middlemarch » à cause de sa longueur, j’attends d’avoir beaucoup de temps d’avant moi. J’avais beaucoup aimé « Daniel Deronda », je pense donc que j’aimerais également celui-ci.

    • Répondre Eliza 5 octobre 2012 at 11 h 13 min

      Je le pense aussi, mais c’est sûr qu’il faut se ménager une période où tu as du temps. Le lire en pointillés doit être assez difficile…

  • Répondre Mrs Figg 26 septembre 2012 at 10 h 46 min

    Je n’avais pas encore eu le temps de lire ton (excellent) commentaire sur Middlemarch … Si je n’avais pas déjà passé l’été en compagnie de Lydgate et Dorothea, je serai très tentée par ce que tu
    en dis …

    Comme toi, j’ai beaucoup aimé le passage autour de la mort et de l’héritage de Mr Featerstone. Et je suis entièrement d’accord avec toi sur un autre point : les éditions Folio sont une plaie ! (comme je m’étais bêtement faite avoir pour « Un Moulin sur la Floss », je n’ai heureusement pas lu la 4ème de couverture de « Middlemarch » !)

    • Répondre Eliza 5 octobre 2012 at 11 h 14 min

      Merci Mrs Figg !! j’avais aussi beaucoup aimé ton billet 🙂

  • Répondre La Palatine 5 octobre 2012 at 9 h 40 min

    J’ai énormément envie de lire ce roman! Et ton article ne fait que confirmer ce désir. Seul problème, il me faudra trouver du temps pour lire ce pavé, c’est à dire attendre l’été prochain! :-/ J’ai vraiment hâte de retrouver les personnages d’un roman dont tu nous as fait un bel éloge! En attendant j’aimerais bien voir l’adaptation de la BBC!

    • Répondre Eliza 5 octobre 2012 at 11 h 15 min

      Ou bien pour les vacances de Noël !! Je n’ai pas encore vu l’adaptation de la BBC mais de toute façon, si je n’ai pas de version sous-titrée, je ne comprendrai rien, alors j’attends de trouver la bonne 😉

  • Répondre Arieste 5 novembre 2012 at 21 h 28 min

    j’ai très envie de lire ce roman avec tous ces billets enthousiastes, il faudra que j’en trouve le temps 🙂

    • Répondre Eliza 6 novembre 2012 at 7 h 08 min

      Oui, c’est bien de temps dont tu auras besoin pour te lancer dans ce pavé qui demande quand même un peu de concentration 😉 Mais ça en vaut la peine.

  • Répondre Challenge victorien : le récapitulatif final (et tirage au sort) | Au coeur de mes lectures et mes rêveries 31 mai 2013 at 19 h 33 min

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