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Mon musée imaginaire #1 : Galerie des Portraits

10 novembre 2013

Inauguration musée imaginaire

Aujourd’hui, j’inaugure avec Matilda, de Caprices, une nouvelle rubrique autour de l’art : Mon Musée Imaginaire (merci à elle pour sa jolie bannière !). Lorsqu’André Malraux parlait pour la première fois de « Musée imaginaire » en 1947 dans un livre éponyme, il mettait en lumière une réalité due aux progrès des techniques de reproduction de son temps : désormais il était possible, grâce à la photographie, de mettre côte à côte des œuvres qui n’avaient aucun rapport entre elles, ni historique, ni géographique, ni culturel. Le livre d’art devenait le lieu où l’individu pouvait créer son « musée imaginaire », faire sa propre sélection d’œuvres et sa propre scénographie, et la partager avec un public de lecteurs. La pratique continue encore aujourd’hui, même si elle est réservée à des personnalités qui sont des phares culturels (Mon Musée imaginaire, ou les chefs d’oeuvre de la peinture italienne, de Paul Veyne, 2010) ou utilisée pour retrouver les influences artistiques d’un auteur par exemple (Le musée imaginaire de Balzac. Les 100 chefs-d’oeuvre au cœur de la Comédie Humaine, 2012).

Avec internet, la quasi-totalité de l’art mondial est disponible à tous dans une haute, voire très haute, résolution. Des centaines de milliers d’œuvres ont été numérisées par les musées aux quatre coins du monde. Le Google Art Project permet de zoomer sur un tableau pour voir des détails jusque là invisibles à l’œil du visiteur. L’art est accessible à tous et reproductible à l’infini : à chacun maintenant de créer son propre Musée imaginaire…

Pour inaugurer ce Musée, je vous emmène dans la première salle, la Galerie des Portraits.

Galerie des portraits

Les portraits m’ont toujours fascinée. D’abord par ce qu’ils nous apprennent sur l’histoire de la mode, des étoffes et des costumes, les couleurs, les coupes et les matières employées à telle époque et pour telle classe sociale. Et certains peintres on un coup de pinceau inimitable pour figurer la dentelle d’un col ou le chatoiement d’un organza. Les portraits sont aussi une représentation. Le peintre et son modèle cherchent à faire passer un message, qu’il soit politique (posture, attributs de pouvoir, symboles) ou personnel (par le regard notamment). Mais surtout les portraits sont des personnes réelles, qui ont vécu, aimé et souffert. Plonger dans leur regard, c’est essayer de retrouver le fil de cette existence. C’est un voyage dans le temps. Laissez-vous entraîner.

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La Donna velata, Raphaël, 1516, Palais Pitti (Florence).

Quand on pense à Raphaël, on ne pense pas forcément à ses portraits, et pourtant il y a un côté éternel dans ce calme, cette beauté rehaussée d’or. Qu’elle est apaisante !

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Le pape Paul III, Titien, 1546, musée du Capodimonte (Naples).

Le Titien est l’un des premiers peintres à jouer avec la lumière. Ici l’obscurité du portrait souligne la vieillesse et nous fait deviner la fatigue, et presque une certaine forme de résignation. Un portrait très humanisé alors que la fonction papale est l’une des plus glorieuses et puissantes sous la Renaissance.

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Anne d’Autriche, Pierre-Paul Rubens, 1625, Musée Norton Simon (Pasadena).

Le portrait du pouvoir par excellence, tous les attributs y sont, mais quel bleu et quelle débauche de perles !!

1628 anna-wake van dyck

Anna Wake, Anthony van Dyck, 1628, Cabinet royal de peintures Mauritshuis (La Haye).

J’ai découvert Van Dyck un peu par hasard lors d’une récente exposition au musée Jacquemart-André où je suis restée des heures et d’où je suis repartie le catalogue sous le bras. Il y a une vraie finesse dans son trait, autant pour les visages que pour les détails du costume. C’est mon peintre chouchou.

1629 self-portrait-in-a-gorget Rembrandt

Autoportrait, Rembrandt, 1629, Germanisches Nationalmuseum (Nüremberg).

Quel regard mystérieux… Avec son visage à demi-caché dans la pénombre, presque flou, Rembrandt nous offre un autoportrait où pointe le doute.

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Triple portrait du cardinal de Richelieu, Philippe de Champaigne, 1642, National Gallery (Londres).

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L’infante Maria-Theresa d’Espagne, fille de Philippe IV, Diego Velázquez, 1654, Metropolitan Museum of Art (New York).

La rigueur de l’étiquette de la Cour espagnole s’atténue sur les joues roses de cette jeune fille et son regard nous interpelle : veut-elle s’enfuir et s’envoler avec les papillons qu’elle porte dans les cheveux ? La moue des lèvres n’est pas une attitude, c’est la marque de reconnaissance des descendants de Charles Quint. Si vous remontez un peu plus haut, vous verrez qu’Anne d’Autriche avait la même…

1748 portrait-of-maurice-of-saxony-quentin de la tour

Maurice de Saxe, Maurice Quentin de La Tour, 1748, Gemäldegalerie Alte Meister (Dresde).

Quentin de La Tour réussit particulièrement dans ce portrait à retranscrire la bonhomie de ce maréchal de France plein de rondeurs.

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Femme en bleu (portrait de la duchesse de Beaufort), Thomas Gainsborough, 1780, musée de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg).

Encore une mélancolique, mais il s’agit d’un portraitiste officiel de la cour d’Angleterre. J’aime la délicatesse de ses mains et le côté aérien de sa coiffure (qui pourtant devait peser très lourd…)

1782 Mrs Abington, Reynolds

Mrs Abington en Roxane, sir Joshua Reynolds, 1782, collection privée.

Les portraits ne sont toujours posés. Ici le peintre parvient à saisir l’instant, le moment où la comédienne apparaît sur scène. Il ne le sait pas encore peut-être, mais il l’aime déjà.

1790 Lebrun,_Self-portrait

Autoportrait, Élisabeth Vigée-Lebrun, 1790, Galerie des Offices (Florence).

Une autre de mes peintres favoris, pourtant méconnue, qui excelle dans l’art des portraits. De facture classique, ils se distinguent cependant par des visages très expressifs et empreints de douceur et de joie de vivre.

1835 léon-riesener-delacroix

Léon Riesener, Eugène Delacroix, 1835, musée Eugène Delacroix (Paris).

Quels secrètes blessures peut bien cacher ce regard légèrement voilé ?

1853 portrait-of-the-princesse-de-broglie-Ingres

La princesse de Broglie, Jean-Dominique Ingres, 1853, Metropolitan Museum of Art (New York).

La langueur des salons napoléoniens se lit dans ces lourds bandeaux, cette gorge blanche et ces bras emperlés. Le traitement du tissu de la robe est juste magnifique.

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La comtesse Olga Shuvalova, Franz Xaver Winterhalter, 1858, musée de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg).

Peintre attitré de Sissi, Winterhalter réalise des portraits lumineux en jouant avec le moiré des tissus et la blancheur de la peau.

En bonus, voici quelques détails…

L'art dans tous ses étatsJ’espère que cette première visite vous a plu ! N’hésitez pas à visiter aussi le Musée imaginaire de Matilda qui a intitulé sa première salle « Spiritus ». Et si l’idée vous inspire, n’hésitez pas vous aussi à partager votre Musée imaginaire !

Ce challenge sera ma première participation (il était temps) au challenge de Shelbylee L’art dans tous ses états.

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22 commentaires

  • Répondre Alexandra 10 novembre 2013 at 14 h 26 min

    Je n’avais pas compris que chacun pouvait choisir l’intitulé de sa première salle, je pense que le thème était « imposé » :).
    Ta galerie de portrait est superbe. Je suis particulièrement sensible au dernier tableau, La comtesse Olga Shuvalova de Winterhalter (peintre de mon tableau favori), et à celui de Delacroix. Le regard de cet homme est particulièrement saisissant.
    J’aime beaucoup les commentaires que tu as glissés sous chaque tableau, qui permet de mieux comprendre et apprécier les différentes œuvres. C’est très poétique, très beau et, je me répète, l’idée est merveilleuse :).

    • Répondre Eliza 10 novembre 2013 at 19 h 38 min

      Non, justement tout l’intérêt de l’idée de « Musée imaginaire » est qu’il n’y a rien d’imposé ! Matilda et moi avons choisi nos thèmes sans nous en parler ;-). J’ai essayé d’expliquer pourquoi tel portrait me parle plus qu’un autre, mais ce n’est pas toujours évident !

  • Répondre Shelbylee 10 novembre 2013 at 16 h 30 min

    C’est une idée vraiment magnifique que vous avez eu là ! Matilda m’a dit que c’était toi qui avais eu l’excellente idée de faire « des salles » donc je te félicite. Ce n’est pas évident de choisir des portraits et ta sélection est extrêmement intéressante. Je ne connaissais pas ce tableau de Delacroix. Il est saisissant !
    Et je trouve qu’il y a un petit air de ressemblance entre Matilda et la comtesse Olga ^^ J’ai bien noté ta participation. Vivement le prochain billet !

    • Répondre Matilda 10 novembre 2013 at 18 h 06 min

      Voilà que je ressemble à une comtesse. Ça me va.

      En fait j’ai dit que l’idée du musée venait d’Eliza voyons. Suis un peu Shelly :p

      Je t’annonce donc que ton introduction est passionnante, que je veux lire le bouquin de Malraux maintenant et que la comtesse se retrouvera très certainement dans une des salles de mon musée un de ces jours si la toile peut-être prêtée :p

      • Répondre Shelbylee 10 novembre 2013 at 18 h 53 min

        Matilda je te cite : « Contente que le classement par salle te plaise ^^ Et je féliciterais Eliza pour l’initiative puisque c’est son idée après tout :p » J’ai cru que l’initiative était le classement par salle ^^
        Mais je crois que je peux tout me permettre puisque je t’ai comparé à une comtesse :p

    • Répondre Eliza 10 novembre 2013 at 19 h 39 min

      C’est pour cela que j’étais en retard, jusqu’au dernier moment, j’ai changé ma sélection ! C’était très difficile de faire ces choix, mais je suis contente de cette short-list, elle reflète tous les courants que j’aime :p. J’ai découvert ce portrait de Delacroix en faisant des recherches pour le logo de Mr Darcy pour le challenge d’Alice. Je ne l’avais jamais vu avant !

  • Répondre Naima 10 novembre 2013 at 21 h 31 min

    Superbe galerie de portaits. J’adore Van Dick aussi et de Raphael je préfère les portraits à ses autres thèmes, notamment le magnifique Baldassare Castiglione. Je découvre Mme Vigée-Lebrun grâce à toi. Merci de ce magnifique partage

    • Répondre Eliza 11 novembre 2013 at 9 h 21 min

      C’est vrai que celui de Castiglione est aussi superbe ! J’ai essayé d’en prendre des moins connus pour qu’il y ait plus à découvrir ;-).

  • Répondre Delphine (@FeeBourbonnaise) 11 novembre 2013 at 7 h 53 min

    Très belle idée que ce Musée imaginaire. J’aime ta sélection (j’irai voir celle de Mathilda juste après 😉 ). Même si j’ai une petite préférence pour le Raphaël (j’aime différents courants mais la Renaissance Italienne est peut-être bien mon préféré). Il y a un je ne sais quoi dans le regard qui me fascine et duquel je ne peux lever les yeux.

  • Répondre melisende 11 novembre 2013 at 10 h 56 min

    J’aime beaucoup les portraits moi aussi et le classicisme de certains peintres… même si certains peuvent parfois avoir un côté qui me gêne.
    Dans cette sélection, celui qui me saisit le plus, c’est celui de Rembrandt. Et j’aime beaucoup le détail des mains du dernier ! 🙂
    Vivement les prochaines salles !

  • Répondre netherfieldpark 11 novembre 2013 at 17 h 23 min

    J’aime beaucoup les toiles et le thème picturale que tu as choisi. Les détails sélectionnés sont très bien trouvés. Pour ma part, j’ai tilté d’Ingres… Magnifique!
    Vivement la prochaine édition! 😉

  • Répondre titine75 12 novembre 2013 at 13 h 37 min

    C’est une très jolie idée, bravo ! C’est vrai que l’art est disponible de manière satisfaisante sur internet. Néanmoins, certains tableaux restent toujours très difficiles à reproduire. C’est le cas de la sublimissime Donna Velata qui est tellement plus belle en réalité. Les nuances de rose sont d’une incroyable subtilité. J’ai pu constater, depuis que je l’admire, qu’il est très rare d’en trouver une bonne reproduction. Il faut donc aller la voir ! 😉

  • Répondre lesoucidudetail 13 novembre 2013 at 10 h 04 min

    C’est une sublime idée! Tu apportes un peu plus de beauté dans nos vies, ce qui te définit bien je trouve 🙂

    • Répondre Eliza 13 novembre 2013 at 18 h 58 min

      Merci, quel joli compliment ! 🙂

  • Répondre Polina 26 novembre 2013 at 10 h 48 min

    Il y a des portraits comme ça, criants d’élégance et de simplicité qu’on ne se lasse pas de regarder.

  • Répondre Caro Bleue Violette 27 novembre 2013 at 19 h 52 min

    Je ne suis pas très sensible aux portraits, du moins ce n’est pas ce que je préfère en peinture. Mais j’aime bien l’autoportrait d’Elisabeth Vigée-Lebrun, et effectivement les plis de la robe sur le portrait de la princesse de Broglie sont tellement bien réalisés qu’on a l’impression qu’on pourrait vraiment toucher l’étoffe !

  • Répondre Coquelicote 2 décembre 2013 at 13 h 46 min

    Comme toi, j’apprécie tout particulièrement les portraits (même si je n’y connais pas grand chose en peinture et en art en général). J’adore les tableaux d’Elisabeth Vigée-Lebrun, je suis restée plantée devant longtemps la dernière fois que je suis passée au Louvre ! Et je suis également une admiratrice de Winterhalter… Votre projet me plaît beaucoup, je compte essayer de m’y mettre, pour au moins un article, voire plus 🙂

    • Répondre Eliza 6 décembre 2013 at 6 h 55 min

      Vigée-Lebrun, Winterhalter, Gainsborough, que du bon !!! Avec grand plaisir si tu veux participer 😀

  • Répondre Coquelicote 2 décembre 2013 at 13 h 47 min

    (P.S. : Et j’aime Gainsborough aussi, mon avatar est l’un de ses tableaux 😉

  • Répondre Claudine Frey 8 décembre 2013 at 18 h 09 min

    Une bonne idée et un belle promenade dans ton musée imaginaire. Un jour j’en ferai un aussi!

    • Répondre Eliza 8 décembre 2013 at 18 h 15 min

      Avec plaisir Claudia, j’aimerai bien en visiter d’autres !! 😉

  • Répondre L’âme de l’Europe : Elisabeth Vigée-Lebrun – Lectures & co 3 octobre 2015 at 10 h 56 min

    […] j’ai ouvert mon Musée Imaginaire avec la Galerie des Portraits, je vous disais qu’Elisabeth Vigée-Lebrun était l’une de mes peintres favoris. […]

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