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Mr. Peanut, Adam Ross

15 octobre 2011

mr peanut adam rossPrésentation :

David Pepin a toujours aimé sa femme, Alice. Pourtant, parfois, il rêve de sa mort. Mais peut-on être coupable des rêves que l’on fait ? Le problème, c’est qu’Alice est morte. Réellement. Pour les deux policiers en charge de l’enquête, David apparaît aussi suspect qu’il est désemparé. Mesurant sa culpabilité à l’aune de leur propre histoire conjugale, il leur devient clair que son rôle ne se limite pas à celui du mari inconsolable… Adam Ross livre un premier roman, hypnotique et intense en disséquant à travers la genèse de ces trois mariages, la réalité effroyable et tragique de la vie à deux.

Ce que j’en dis :

Ce sont trois histoires de couple, emboitées les unes dans les autres, que nous raconte Adam Ross : David Pepin repasse dans sa tête son histoire compliquée avec sa femme Alice, tandis que les inspecteurs Hastroll et Sheppard tentent de résoudre le meurtre (ou le suicide ?) d’Alice. Le premier doit faire face à une grave crise de couple depuis que sa femme a décidé de ne plus sortir de son lit. Le second n’est autre que le docteur Sam Sheppard (personnage réel dont l’histoire et le procès sont bien connus aux Etats-Unis), devenu inspecteur après avoir passé dix ans en prison, accusé du meurtre de sa femme Marylin et finalement acquitté. L’histoire d’Alice et David occupe la première partie du roman, la seconde étant quasi exclusivement consacrée au « cas Sheppard », à l’histoire de son couple avec Marilyn, sa maîtresse Susan, éloignements et réconciliations, et les différentes scénarios menant au meurtre de Marilyn (qui n’a jamais été élucidé…).

J’ai été embarquée dès les premières pages dans ce roman intense et n’ai rien pu lire d’autre en parallèle tant l’histoire disséquée de ces trois mariages m’a entraînée. Et pourtant, il y a des choses qui ne m’ont pas plu : c’est très violent – tous ces hommes ont, à plusieurs reprises, des envies furieuses de tuer leur femme, envies que l’auteur se plaît à développer -, il y a aussi des scènes assez crues, des longueurs et un tel mélange dans la chronologie et les versions des faits que j’ai plusieurs fois eu l’impression d’être perdue : pendant 500 pages, Adam Ross ne nous laisse aucun répit.

Le texte est écrit du point de vue des hommes, avec une rare exception pour Marilyn au milieu du livre, mais que je ne compte pas puisqu’elle se met à penser et agir comme son mari, et donc comme un homme. Pour ces trois hommes, rien n’est simple : l’amour profond qu’ils éprouvent pour leur femme, et qui leur revient dans des moments parfois improbables, est mêlé d’énervement, de lassitude, voire de dégoût et de haine pour elle, ou pour la vie conjugale, les poussant à aller voir ailleurs, avec tout ce que cela entraîne de plaisir libérateur, mais aussi de culpabilité. Cet aller-et-retour permanent dans les sentiments des narrateurs est toute la force du style d’Adam Ross car cela nous empêche, tout au long du roman, de les enfermer dans une case étiquetée « mauvais mari ». A cela, il faut ajouter le thème de la grossesse (obsession lancinante de l’auteur) vue comme une preuve tangible d’engagement d’un homme envers sa femme : Alice s’est étiolée après trois fausses couches, dont une particulièrement traumatisante pour elle comme pour David, qui assista à la scène, laissant ce sujet comme une plaie béante entre eux ; Marilyn Sheppard était enceinte lorsqu’elle fut assassinée ; c’est une grossesse qui viendra couronner la réconciliation d’Hastroll et sa femme Hannah. Mr. Peanut est d’ailleurs le surnom qu’Alice et David donnent à leurs bébés pendant les grossesses, mais c’est aussi le personnage présent sur le paquet de cacahuètes qui ont tué Alice.

Peu importe, finalement, si David a tué sa femme ou pas, l’histoire puissante de ces couples naufragés n’est pas prête de me lâcher…

Ce que j’en fais :

On est très loin des romans victoriens, mais je le fais tourner pour avoir d’autres réactions ! Et voici une interview de l’auteur :

Ils en parlent aussi :

  • Idées de lecture : « à force de baser la construction de son récit sur des digressions, Adam Ross m’a perdu en route. »
  • Gwordia : « je suis incontestablement séduite par ce roman d’une intelligence exceptionnelle »
  • et sur Babelio

Editions 10-18, 516 p., 19,90€

Je vous recommande :

4 commentaires

  • Répondre Titine 17 octobre 2011 at 10 h 08 min

    J’ai feuilleté ce livre hier dans une librairie et les premières pages m’ont bien plu. Malgré tes réserves, ton avis est fort positif et donne envie de le découvrir.

    • Répondre Eliza 17 octobre 2011 at 18 h 14 min

      Oui effectivement, il est rare que je sois aussi divergente sur un livre, mais mon enthousiasme l’emporte, ne serait-ce qu’à cause des affres dans lesquels il m’a plongée !

  • Répondre Les apparences, Gillian Flynn « Passion lectures 25 août 2012 at 21 h 18 min

    […] lecture m’a rappelé Mr Peanut d’Adam Ross, et force est de constater que j’apprécie beaucoup ces romans où la vie de couple est […]

  • Répondre Aaliz 12 septembre 2012 at 17 h 04 min

    J’attendais qu’il sorte en poche et c’est chose faite mais après lecture de ton billet j’hésite encore à l’acheter… J’ai un peu peur d’être perdue s’il y a des aller-retours dans la chronologie etc…

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