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Paola, Vita Sackville-West

9 août 2012

Présentation :

« Soudain une jeune femme apparut en haut des marches, adossée à la fenêtre, avec la pluie qui frappait violemment les vitres et, à l’arrière-plan, les sommets embrumés. Aucun doute, c’était Paola, la star des bals du Westmorland. Bien qu’elle fût en contre-jour, elle me fit d’entrée beaucoup d’effet : elle était brune, svelte avec pourtant quelques rondeurs, l’allure souple, élancée et féline des Italiennes. […] Comment la qualifier ? Elle avait du style. Du chic. » V. S.-W.

Paola, issue du remariage du défunt Noble Godavary avec une étrangère, fait-elle vraiment partie de la famille ? Même si les Godavary ne forment pas une famille très unie. C’est plutôt une sorte de lâcheté sournoise qui les rassemble… Dans ce roman, inédit en français, toute l’élégance de V. Sackville-West.

Ce que j’en dis :

Alors qu’il a quitté il y a plusieurs dizaines d’années la demeure familiale pour s’établir à Londres, Gervaise Godavary est rappelé sur les terres de son enfance par la mort de son oncle, Noble Godavary. Dans le vieux manoir perdu entre les lacs et les montagnes du Westmorland (juste au sud de l’Écosse), les membres de la famille Godavary renouent péniblement les liens distendus par les années. Mais rien n’est simple pour un Godavary, pas même une discussion entre frères qui ne se sont pas vus depuis très longtemps. Ils sont tous frappés d’une sorte d’inaptitude aux relations humaines. C’est sans compter Paola, issue du remariage de Noble Godavary avec une Italienne. La jeune femme tranche dans le vif avec son franc-parler et terrorise tout autant qu’elle fascine toute la famille, à commencer par Austen, son demi-frère, héritier du domaine. Le frère de Gervaise, Michael, transis devant sa cousine, fait les frais d’une désinvolture déconcertante. La tension est à son comble lorsqu’à l’ouverture du testament, rien ne se passe comme prévu.

Vue comme l’épisode marquant d’un journal intime, l’histoire est racontée par Gervaise, qui tente de mettre des mots sur ce qu’il s’est passé pendant ces trois jours. D’une plume toujours aussi affûtée, Vita Sackville-West décortique avec ironie les handicaps de cette famille d’Anglais bourrés de complexes, incapables de se parler, écrasés par le poids des traditions et, en tout cas pour le héros Gervaise, par l’immensité sauvage de ces paysages. Car lui, plus que tout autre, a voulu fuir cette montagnes désolées dans lesquelles il avait l’impression d’enterrer son âme. Pourtant, en revenant, il se rend compte que rien n’a changé et qu’il a cette terre dans le sang. À partir de l’ouverture du testament, le ton du roman devient presque fantastique. Les événements s’enchaînent dans une sorte de brouillard, pour aboutir à un final où se mêlent le déchaînement des éléments de la nature et la révélation du caractère profond de Paola, errant dans la lande comme une figure fantomatique.

Ce que j’en fais :

Ce court roman de Vita Sackville-West, intense et dramatique, ressemble dans sa construction à Plus jamais d’invités ! : on suit quelques personnages engoncés dans leur routine et leurs regrets jusqu’à un événement frappant venant marquer irrémédiablement le cours de leur vie. Mais dans le cas de Paola, l’histoire est rehaussée d’une ambiance gothique et noire. Le charme a agi encore une fois, renforcé ici par le magnifique décor.

Ils en parlent aussi :

  • Clarabel : « À travers cette histoire de famille constipée qui fonce droit vers un véritable carnage, c’est un style impeccable et un ton mordant qui se dévoile. »
  • Sharon : « Une impression de froideur, de grisaille, comme si la nouvelle toute entière s’était déroulée sous la pluie. »
  • sur Babelio

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10 commentaires

  • Répondre Alice 9 août 2012 at 9 h 59 min

    Ohlala, faut vraiment que je continue ma découverte de Vita Sackville-West!! Tu me donnes bien envie d’essayer celui-ci!

    • Répondre Eliza 9 août 2012 at 16 h 09 min

      Celui-là, je te le conseille vraiment : il est court et se lit en un ou deux jours, c’est parfait pour faire un break !

  • Répondre Romanza 11 août 2012 at 6 h 54 min

    Je note! Je n’ai pas encore lu Vita Sackville-West! Il faut que je m’y mette!

    • Répondre Eliza 11 août 2012 at 18 h 10 min

      Ah oui, c’est devenu l’une de mes auteures fétiches, il faut que tu essayes 🙂 !

  • Répondre alexmotamots 11 août 2012 at 15 h 29 min

    Une auteure que j’aime beaucoup.

    • Répondre Eliza 11 août 2012 at 18 h 11 min

      Je trouve quand même qu’elle n’est pas très connue en France, je me trompe ?

  • Répondre Titine 30 août 2012 at 14 h 47 min

    Je ne peux que te rejoindre, encore un délice offert par la grande Vita !

  • Répondre Vacances « Passion lectures 7 septembre 2012 at 12 h 17 min

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