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Paris est une fête, Ernest Hemingway

25 novembre 2012

Présentation :

Miss Stein et moi étions encore bons amis lorsqu’elle fit sa remarque sur la génération perdue. Elle avait eu des ennuis avec l’allumage de la vieille Ford T qu’elle conduisait, et le jeune homme qui travaillait au garage et s’occupait de sa voiture – un conscrit de 1918 – n’avait pas pu faire le nécessaire, ou n’avait pas voulu réparer en priorité la Ford de Miss Stein. De toute façon, il n’avait pas été sérieux et le patron l’avait sévèrement réprimandé après que Miss Stein eut manifesté son mécontentement. Le patron avait dit à son employé : « Vous êtes tous une génération perdue. »
« C’est ce que vous êtes. C’est ce que vous êtes tous, dit Miss Stein. Vous autres, jeunes gens qui avez fait la guerre, vous êtes tous une génération perdue. »

Ce que j’en dis :

Dans ce texte autobiographique, Hemingway raconte et dépeint, par touches successives, ce que fut sa vie à Paris. Ernest Hemingway vécut à Paris en 1921 avec sa femme Hadley et leur fils Jack, surnommé Bumby. A cette époque, Hemingway n’était pas encore connu, il écrivait dans les cafés parisiens des petits contes et des nouvelles qu’il vendait à quelques journaux américains. Les extras étaient rares : quelques paris à l’hippodrome d’Enghien et une ou deux semaines de vacances en Espagne l’été. L’hiver, ils louaient une chambre plusieurs mois dans une station de ski autrichienne, puis les beaux jours les ramenaient à Paris… Le tout-Paris littéraire croise alors le chemin d’Hemingway : Gertrude Stein et son amie dans leur appartement face au Luxembourg, Francis Scott et Zelda Fitzgerald, les amants terribles des années 20, des journalistes et critiques français et américains, mais aussi Sylvia Child et sa libraire Shakepeare & Company… Tous les lieux fréquentés par Hemingway me sont connus (notamment La closerie des lilas), et pourtant c’était un autre Paris. Vie de bohème, vie simple et heureuse, avec sa femme et son bébé, passant la journée de cafés en bistrot pour siroter un verre, puis un café, en écrivant quelques lignes et se privant parfois de repas pour faire quelques économies. Le tout non dénué d’humour : on y trouve notamment le récit hilarant d’une virée en voiture avec Fitzgerald entre Lyon et Paris, dont je me souviendrais toujours !

Le charme fou de cette chronique des jours passés vient de la prose très pure d’Hemingway. Comme dans L’Adieu aux armes, pas de sentiments, pas d’adjectifs superflus, rien que l’essentiel : « Ce qu’il faut, c’est écrire une seule phrase vraie. Écris la phrase la plus vraie que tu connaisses. », écrit-il lorsqu’il manque d’inspiration. Hemingway trouvait ses sujets à la fois dans les gens qu’il avait sous les yeux et dans les souvenirs des lieux qu’il avait quittés : il explique notamment qu’il faudra qu’il quitte Paris pour écrire sur Paris. C’est justement ce qui s’est passé, puisque cette chronique a été écrite entre 1957 et 1960, près de quarante ans après sa période parisienne. Le dernier chapitre est particulièrement émouvant, puisqu’il revient sur sa rencontre avec sa future deuxième femme, alors qu’il est encore marié avec Hadley, et sur les changements que le succès a entraîné dans sa vie de famille par l’irruption de riches inconnus aux moeurs si différentes des siennes…
   

Ce que j’en fais :

J’avais repéré ce livre depuis le film Midnight in Paris, qui m’avait assez plu. Ce livre est si limpide qu’il est difficile d’utiliser d’autres mots que ceux d’Hemingway pour en parler. Je cherchais depuis longtemps un livre qui me permettrait de retrouver en littérature l’attachement profond que j’éprouve pour Paris : c’est chose faite. Je vous le conseille plus que vivement : c’est un énorme coup de coeur ! Un pur moment de nostalgie, un grand monument littéraire.

Ce que j’ai écouté :

Pour accompagner Hemingway dans les ruelles du Paris des années 1920, j’ai écouté cette compilation d’Enoch Light, 1920’s Classics. Délicieusement vintage ;-). Je vous conseille surtout la n°3, Charleston.

Ils en parlent aussi :

  • Sharon : « J’ai aimé voir Paris à travers les yeux d’Hemingway »
  • Emjy : « J’ai adoré ce texte et vous le conseille donc très fortement. »
  • et sur Babelio

Je vous recommande :

13 commentaires

  • Répondre Deuzenn 25 novembre 2012 at 14 h 55 min

    Je me suis souvent promis de lire ce roman d’Hemingway. Ta critique me donne encore plus envie!

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 34 min

      Ce fut une révélation !! Jamais je n’aurais pensé qu’Hemingway me ferait cet effet, mais heureusement, c’est tellement agréable d’être surprise 🙂

  • Répondre Lou 26 novembre 2012 at 22 h 02 min

    Je ne suis pas une adepte d’Hemingway mais je garde un très bon souvenir de ce roman moi aussi… j’avais juste été agacée par le portrait qu’il dresse de Fitzgerald.

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 37 min

      Ne connaissant pas du tout Fitzgerald, je n’ai pas du tout ressenti cela… Qu’est-ce qui t’a agacée ? Le portrait qu’il fait de son couple avec Zelda ?

  • Répondre alexmotamots 27 novembre 2012 at 15 h 53 min

    Un auteur avec lequel je n’accroche pas. Il faudra que je retente.

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 38 min

      Je pense qu’il faut se laisser bercer par le rythme de l’écriture, mais je comprends qu’on puisse rester à l’extérieur !

  • Répondre Emmanuelle 29 novembre 2012 at 18 h 44 min

    Je vais m’y mettre bientôt; En attendant, j’écoute de délicieux CD. Magnifique. Ca laisse présager un bon livre.

    Super billet!Merci

    • Répondre Eliza 1 décembre 2012 at 8 h 38 min

      Oui, j’ai adoré ce cd, même maintenant, je continue un peu à l’écouter 🙂 C’est tellement gai !

  • Répondre Carlit 6 décembre 2012 at 16 h 59 min

    Bonjour,
    Je suis en train de le lire au sein des 2 volumes des oeuvres romanesques d’E H qu’on vient de m’offrir en Pleiade (un peu rebutant ces masses de papier bible, mais quelle richesse de notes si on joue le jeu). Je connaissais pas mal de textes de cet auteur mais pas celui ci. H n’a plus trop la cote de nos jours par son côté « macho » guerrier, chasseur, pêcheur au gros mais il a quand même influencé plein de gens très bien, de Carver à Richard Ford en passant par Fante et même Harrison, en s’imposant dépouillement et simplicité d’écriture, qu’on retrouve assez bien dans ce livre… Intéresser le lecteur en se racontant écrire et boire un verre à la terrasse d’un café, ou comme Fante en montrant son père dresser un mur de briques est plutôt réconfortant, non ?

  • Répondre Missbouquinaix 3 mars 2013 at 17 h 28 min

    J’écoute la musique que tu conseilles en écrivant mon commentaire ! J’ai bien envie de lire ce texte, surtout depuis que j’ai lu Madame Hemingway de Paula Mc Lain qui décrit justement cette période parisienne d’Hemingway ! ! !
    Pour la peine, j’ai enchaîné sur du Fitzgerald, que les Hemingway ont beaucoup côtoyé à cette époque, et ces romans tournent toujours autour de cette vie un peu dorée des Américains à Paris dans les années 1930, des Américains qui vont ensuite se réfugier dans le Shakespeare and Co de Sylvia Beach …
    Bref une période fascinante, surtout effectivement quand on habite à Paris !

  • Répondre 13 novembre / 13 décembre : Paris est une fête - Lectures & co 13 décembre 2015 at 15 h 35 min

    […] mon billet […]

  • Répondre Adalana 14 décembre 2015 at 0 h 30 min

    Je n’ai pas pu le commander pour qu’il arrive au Japon avant la date de la lecture commune mais je le lirai prochainement !

  • Répondre sous les galets 26 décembre 2015 at 12 h 25 min

    Ce qui m’avait le plus plu c’était d’une certaine manière comment il se racontait écrire, même si vraiment dans ce livre, on sent que c’est quand même un homme très égoïste. Du coup cela m’avait fait un drôle d’écho après avoir lu Mrs Hemingway….
    Dans mon souvenir, je suis quand même moins enthousiaste que toi, sans doute parce que je l’ai lu dans des circonstances différentes…

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