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Quatre femmes, quatre héroïnes

20 janvier 2017

J’ai cherché un moyen de vous parler de mes lectures de ces dernières semaines, car elles ont chacune dans son genre été marquantes. Jusqu’à ce que je me rende compte qu’elles avaient un point commun : chaque roman était l’écrin d’un caractère féminin très fort, de femmes libres et indépendantes, amoureuses et amantes. Alors, je vous présente ensemble ces quatre héroïnes :

Corrag

Écosse, XVIIe siècle. Dans une petite ville au bord du loch, figée par la neige, Corrag attend d’être brûlée vive sur le bûcher. Sorcière, a-t-on dit. Impliquée dans le massacre du clan MacDonald à Glencoe, paraît-il. On n’attend que le dégel pour disposer le bois. C’est à cette période que le révérend Charles Leslie vient la voir. Il veut en savoir plus sur les MacDonald. Corrag est prête à parler, jusqu’ici personne ne lui avait rien demandé. Mais avant d’arriver à cet épisode, il devra écouter le récit de sa vie. À peine seize ans, et pourtant Corrag a déjà vécu plusieurs vies, avec sa mère d’abord, puis seule en fuite, enfin dans la vallée de Glencoe. Solitaire, elle ressent avec une acuité profonde les forces de la nature qui l’entoure et tombe immédiatement amoureuse de l’Écosse et ses landes rebelles, ses montagnes qui s’élèvent jusqu’au ciel, ses lacs sans fin. Elle connaît les plantes, elle devient guérisseuse pour le clan.

Le roman alterne la confession de Corrag avec les lettres que le révérend envoie à sa femme. Corrag a le langage du cœur, une prose poétique vibrante et sensuelle. Elle ne croit pas en Dieu, mais en la beauté de la nature et des éléments. Et le révérend, au départ profondément prévenu contre elle, découvre petit à petit l’infini grandeur de son âme. Le style de Susan Fletcher rend ce personnage incroyablement vivant et touchant.

Un bûcher sous la neige, de Susan Fletcher

Helen Graham

Qui est donc cette Mrs Graham, qui vient de s’installer dans le manoir délabré de Wildfell Hall avec son jeune fils et une vieille domestique ? A la manière d’un Jane Austen, son arrivée, ses manières austères, son amour violent pour son fils, ses opinions tranchées, et surtout les visites étranges de son propriétaire Mr Lawrence, attirent tous les commérages. Seul Gilbert Markham veut découvrir la femme qui se cache derrière ces apparences. Mais est-il prêt à entendre la vérité, si désagréable soit-elle pour lui ?

Helen Graham est une héroïne rare dans la littérature victorienne. Elle choisit de se marier par amour, contre l’avis des siens, persuadée qu’elle est assez lucide sur les défauts de son mari et qu’il n’attend qu’elle pour être guidé vers la vertu. Désespérément amoureuse, elle voit cependant ses attentes et ses espoirs s’effondrer les uns après les autres, jusqu’au moment où elle décide de prendre son destin en main. Seule, fière et libre. Au moins aussi libre que peut l’être une femme dans cette société corsetée où les désirs des hommes sont loi, quels que soient leurs comportements.

La recluse de Wildfell Hall, d’Anne Brontë

Bathsheba Everdene

Courtisée par le fermier Gabriel Oak lorsqu’elle n’était qu’une jeune fille sans fortune, Bathsheba Everdene refuse sa main. Lorsque Gabriel recroise sa route, il a perdu tous ses biens et elle a hérité d’un grand domaine, qu’elle entend bien diriger toute seule malgré son jeune âge. L’aide loyale de Gabriel ne sera pas de trop dans cette gestion. Elle sait que le jeune homme est toujours amoureux d’elle et compte sur sa fidélité. Sa position lui vaut les faveurs de deux autres hommes, l’un, éternel célibataire, se prend pour elle d’une passion peu commune et ne cessera de la poursuivre de ses assiduités. Mais il n’a aucune chance face au fringuant sergent qui apparaît alors et conquiert sans difficulté le cœur de Bathsheba.

Comme Helen Graham, Bathsheba ne doit qu’à elle-même d’affronter la réalité du mariage avec un homme qui la déçoit, mais sans jamais renier l’amour qu’elle lui porte. C’est un grand roman d’apprentissage, où l’on voit l’adolescente devenir une femme, assumer ses choix, faire des erreurs, et découvrir que les sentiments ne sont pas aussi simples qu’elle le croyait. Ce qui est aussi intéressant dans ce roman, c’est que les caractères masculins y sont plus nuancés que dans Wildfell Hall, ce qui rend la tâche encore plus difficile à Bathsheba : avant de trouver le chemin de son cœur, elle connaît celui du devoir et de la compassion. Les scènes finales du roman sont particulièrement réussies et le destin de Bathsheba s’y joue comme dans le dernier acte d’une tragédie.

Loin de la foule déchaînée, de Thomas Hardy

Amory Clay

Amory Clay est photographe. Mais pas une photographe mondaine qui assure les reportages des mariages et des événements de la saison comme lui propose de l’être son oncle qui lui mis un appareil entre les mains. Non, elle veut dénicher les scandales dans le Berlin des années 1930, elle veut être reporter de guerre pendant la Deuxième guerre mondiale, correspondante parisienne d’un grand magazine américain… Elle veut avoir plusieurs vies et n’en a qu’une, qui se déroule à la vitesse d’un cheval emporté par le galop. Vivre intensément, chacune de ces expériences. Aussi intenses que ses aventures amoureuses, qui parfois se chevauchent, parce qu’Amory veut tout. Et lorsqu’après plusieurs années de mariage, elle a l’occasion de partir en zone de guerre au Vietnam à près de soixante ans, elle n’hésite pas une seconde et reprend ses appareils.

L’originalité de ce roman tient à la fois de la personnalité frémissante d’Amory Clay et de la forme retenue par l’auteur. En émaillant le roman de vraies photographies d’époque, William Boyd rend cette fausse auto-biographie plus vraie que nature. Amory, ne serait-ce que par son prénom masculin, mauvaise blague de son père, est le symbole vivant d’une nouvelle génération de femmes préparant la voie vers la modernité.

Les vies multiples d’Amory Clay, de William Boyd. 

Avec 4 auteurs britanniques, cet article fait honneur au Challenge A year in England de Plaisirs à cultiver !

Quelles sont les dernières héroïnes que vous avez croisées ?

Je vous recommande :

15 commentaires

  • Répondre Lou 20 janvier 2017 at 13 h 44 min

    Hormis le Boyd dont tu parles joliment, voilà autant de titres que je me promets de lire depuis longtemps, dont certains dans ma Pal. J’aime particulièrement les romans où les femmes occupent une place centrale, j’ai donc beaucoup aimé ton idée et de fait, ton article donne envie de lire enfin ces récits. J’aime beaucoup la mise en scène également:)

    • Répondre Eliza 20 janvier 2017 at 18 h 26 min

      Je les conseille vraiment, j’ai passé de très bons moments avec ces femmes !

  • Répondre bianca 20 janvier 2017 at 14 h 09 min

    Je n’ai que Un bûcher sous la neige et j’avais beaucoup aimé. Les autres sont déjà sur ma wish liste !

    • Répondre Eliza 20 janvier 2017 at 18 h 27 min

      Alors fais-les rejoindre rapidement ta Pal !!

  • Répondre Titine 20 janvier 2017 at 16 h 08 min

    « La recluse de Wildfell hall » et « Loin de la foule déchaînée » sont effectivement des romans très modernes et féministes. Comme tu le sais, j’ai le Susan Fletcher qui attend bien sagement dans ma PAL. Je trouve particulièrement tentant ce que tu dis du William Boyd notamment en raison des photos qu’il a insérées dans son roman.

    • Répondre Eliza 20 janvier 2017 at 18 h 28 min

      Oui, cette idée de photos est super et encore, William Boyd dit qu’il en a acheté près de 2000 sur internet et au final il n’en a utilisé que quelques-unes mais j’adore cette idée !

  • Répondre Camilla 20 janvier 2017 at 18 h 16 min

    Le titre de ton article m’a tout de suite rendue curieuse, et tes avis sur ces romans me donnent maintenant très envie de les lire !!! 🙂

    • Répondre Eliza 20 janvier 2017 at 18 h 29 min

      Tant mieux, j’espère qu’ils croiseront bientôt ton chemin

  • Répondre MANON 20 janvier 2017 at 19 h 39 min

    J’aime beaucoup l’idée de parler de plusieurs livres en commun par les personnages principaux !

  • Répondre Marion 22 janvier 2017 at 12 h 34 min

    Je ne connais que deux de ces héroïnes. J’ai adoré Helen qui est une femme forte !
    Par contre j’ai eu beaucoup de mal avec Bathsheba … mais dans l’ensemble c’est Loin de la foule déchaînée que je n’ai pas apprécié.

  • Répondre Alex-Mot-à-Mots 23 janvier 2017 at 13 h 12 min

    J’avais beaucoup aimé le personnage de Corrag. Je n’ai pas (encore) lu les autres.

  • Répondre {Concours} La Recluse de Wildfell Hall, Anne Brontë – Lectures & co 23 janvier 2017 at 17 h 34 min

    […] vous parlais ici de ce roman et de son héroïne Helen Graham. Rendez-vous jusqu’à jeudi sur mon compte […]

  • Répondre A year in England 2016 – Récapitulatif | Plaisirs à cultiver 26 janvier 2017 at 16 h 06 min

    […] (mini-série TV)   -Anne Desmotsetdesnotes : Blanc comme la nuit, d’Ann Cleeves  -Eliza : Quatre femmes, quatre héroïnes : Un bûcher sous la neige, Susan Fletcher / Loin de la foule déchaînée, Thomas Hardy / La […]

  • Répondre Corentine 8 mars 2017 at 16 h 32 min

    Je découvre ton blog, ravissant et très bien fourni ! Je me balade 🙂

  • Répondre FondantGrignote 18 mars 2017 at 18 h 40 min

    A part la dernière, j’ai moi aussi était conquise par ces femmes !! Une bien belle brochette 🙂

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