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Les liens du mariage, J. Courtney Sullivan

20 septembre 2015

Frances Gerety

Connaissez-vous Frances Gerety ?

C’est une publicitaire des années 1940 qui travailla pendant plus de vingt-cinq pour De Beers et imagina leur signature « A diamond is forever« . Pendant toutes ces années, l’agence Ayer & Son conçut pour De Beers un ambitieux programme visant à installer dans les traditions de toutes les classes sociales l’usage de la bague de fiançailles (de préférence un solitaire en diamant !). On sait aujourd’hui à quel point cette entreprise fut un succès et De Beers est toujours le leader mondial du diamant. Voir l’article

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Les adieux à l’Empire, Olivier Barde-Cabuçon

31 août 2015

Les adieux à l'Empire, Olivier Barde-CabuçonComme je vous le disais dans la présentation de mes lectures de vacances, je n’avais jamais entendu parler de ce livre ni de cet auteur avant de tomber en arrêt devant cette couverture à la librairie. D’un côté, je me suis dit qu’une bonne grosse saga sur l’épopée napoléonienne était, sans le savoir encore, exactement ce dont j’avais besoin pour déconnecter du bureau ; de l’autre, je trouvais cette couverture fantasmagorique osée pour un roman historique. Elle m’intriguait.

Dans l’air glacé vibraient les voix fortes des officiers qui exhortaient leurs hommes. On s’était écrié au matin qu’on allait donner le bal aux Russes, mais ceux-ci donnaient la première mesure. La terre était gelée, les boulets ne s’écrasaient pas, ricochant sur le sol à travers les rangs. Nos bataillons marchaient à la mort et certains d’entre nous croyaient encore que le paradis se trouvait à l’ombre de leur épée.

Je n’étais pas du nombre.

La bataille avait tourné au carnage.

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Snobs, Julian Fellowes

18 avril 2015

Snobs, Julian Fellowes

Tout fan de Downton Abbey qui se respecte connaît Julian Fellowes, scénariste de la série et auteur des réparties si piquantes de la comtesse douairière. À la lecture de Snobs, publié en 2004, on se rend compte que l’auteur portait en lui non seulement les germes de sa série mais aussi toutes les qualités requises pour en faire un succès. Car Julian Fellowes ne se contente pas de parler de la haute-société anglaise, il en fait partie. Sa femme est dame d’honneur de la princesse Michael de Kent et on peut sans trop se tromper l’identifier au narrateur de ce livre, un acteur moyennement connu navigant avec aisance entre le monde du spectacle et les champs de courses d’Ascot.

Avec cette position commode, le narrateur peut entrer partout et sert de confident et de lien entre les différentes parties en présence de cette histoire. La première partie est pleine de piquant : Edith Lavery, standardiste, est remarquée par Charles, comte Broughton lors d’une visite de la demeure des Broughton. La jeune femme a de l’ambition, de l’esprit et une jolie silhouette ; elle a été élevée par sa mère dans le rêve d’une vie de princesse, de voyages en Europe, de thés et de parties de chasse. Aussi lorsque Charles, sous le charme de cette fille qui détonne au milieu des soupirantes-plus-si-débutantes de la haute société, lui demande de l’épouser, elle accepte sans une hésitation – comblée de devenir la « comtesse Broughton ».

Parvenue à la fin de sa quête, et tombant de haut en découvrant la monotonie d’une vie à la campagne aux côté d’un propriétaire terrien sans fantaisie, deux destins s’offraient à elle : jouer son rôle à la perfection ou s’enfuir en courant. Sa belle-mère, lady Uckfield, lui sert de modèle pour le premier choix : mariée par arrangement, elle montre en toute occasion une volonté de fer et un contrôle d’elle-même qu’Edith admire et redoute à la fois. L’entrée d’Edith dans la famille ne lui a certes pas plu, elle propose néanmoins à Edith de la guider pour tenir son rang et s’assurer une petite part de bonheur, ou à défaut, de tranquillité. Mais la comtesse Broughton est-elle vraiment faite pour cette vie ? Lorsqu’un bel acteur arrive au château pour le tournage d’un period drama (seriously ?), parviendra-t-elle à résister à la tentation de tout envoyer promener ?

La plume de Julian Fellowes est caustique. Dans cette comédie sans autre prétention que de nous divertir, les acteurs jouent leur rôle, les décors sont bien plantés et le scénario sans fausse note ! La première partie est une réjouissante étude de la haute société britannique, de ses snobismes et de ses qualités qui la rendent malgré tout attachantes. La seconde partie se concentre sur la psychologie du couple principal et peut parfois avoir quelques longueurs. Je n’ai pas ressenti beaucoup d’empathie pour Edith, mais je dois avouer que le personnage de lady Uckfield est parfait et ravira les admirateurs de lady Crawley !

La passion des mondains pour les surnoms, preuve d’un prétendu non-conformisme, m’a toujours mis mal à l’aise. Tout le monde est « Toffee », « Bobo » ou « Snook ». Pour eux, ces petits noms ont un relent de gaieté, d’éternelle enfance, un parfum de souvenirs de leur Nanny et de pyjamas tiédis devant la cheminée de la nursery, alors qu’ils ne sont en réalité qu’une affirmation supplémentaire d’insularité, un rappel de leur histoire commune excluant les nouveaux venus tout en faisant étalage de leur intimité.

Lady Grantham

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Adèle et moi, Julie Wolkenstein

31 juillet 2014

J’ai passé toutes mes vacances d’enfant dans des maisons de famille en bord de mer. Aujourd’hui encore, quand j’y retourne, chaque craquement de plancher, chaque rayon de soleil couchant qui tombe sur la table où est dressé le dîner, chaque odeur de serviettes de plage mouillées qui m’assaille quand je passe la porte font émerger tous les souvenirs des étés passés. Les défilés de têtes blondes jusqu’à la mer – « en rang, colonne par un ! », disait mon grand-père et nous obéissions tous, jusqu’à un certain âge. Les sauts sur les trampolines jusqu’à l’heure du déjeuner – « encore cinq minutes, maman ! ». Le phare, entraperçu à travers les arbres, et qui nous annonçait que nous arrivions bientôt. Les couvertures sur les fauteuils, qu’on enlevait que dans les grandes occasions.

Maison de famille
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Le Siècle des Lumières, Alejo Carpentier

21 avril 2014

Le Siecle des Lumieres, Alejo CarpentierJe ne savais quasiment rien de ce livre ni de cet auteur avant de commencer. Quelqu’un me l’avait présenté comme l’un de ses livres préférés (quoi de mieux que le bouche-à-oreille pour se laisser surprendre), la fresque historique d’un écrivain cubain. Je ne regrette pas de m’y être plongée, c’est un chef d’œuvre méconnu.

En 1789, à La Havane (alors possession espagnole), Carlos, Sofia et Esteban sont trois adolescents livrés à eux-mêmes dans une immense maison après la mort de leur père et oncle. Créant par leur imaginaire un monde à part, fait de rêveries, de conquêtes lointaines et de jeux, les jeunes gens voient leur horizon s’élargir avec l’arrivée d’un personnage étrange, Victor Hugues, un Français qui introduit avec lui dans la maison les idées de la Révolution française. Personnage historique, Victor Hugues est le véritable héros de ce roman, mais on le suit à travers les yeux successifs de ses compagnons cubains. Esteban le premier va suivre Victor Hugues en France d’abord, puis en Guadeloupe, où Victor Hugues est nommé gouverneur. Sofia ensuite, attirée par cet homme de pouvoir et d’idéaux, le rejoindra en Guyane.

Cette nuit j’ai vu se dresser à nouveau la Machine. C’était, à la proue, comme une porte ouverte sur le vaste ciel, qui déjà nous apportait des odeurs de terre par-dessus un océan si calme, si maître de son rythme, que le vaisseau, légèrement conduit, semblait s’engourdir dans son rhumb, suspendu entre un hier et un demain qui se fussent déplacés en même temps que nous. Temps immobiles entre l’Etoile Polaire, la Grande Ourse et la Croix du Sud.

On plonge dès les premières lignes dans la prose poétique d’Alejo Carpentier, dense, évocatrice des parfums lourds, des couleurs chatoyantes et de la chaleur moite des îles. On passe tour à tour dans les rues grouillantes du Paris de la Terreur, sur les ponts des goélettes, dans la colonie miséreuse de Cayenne et dans les villages de pécheurs de la Guadeloupe en guerre contre les Anglais.

Il ne faut pas être très avancé dans ce roman pour comprendre que le choix du titre sous-tend le point de vue pris par l’auteur tout au long de cette fresque : comment peut-on appeler « Siècle des Lumières » cette ère où les idéaux autorisent toutes les violences et les revirements ? Comment Victor Hugues lui-même, commissaire de la Convention, puis agent du Directoire et agent du Consulat, peut-il accepter tant de compromissions avec la Liberté, l’Egalité et la Fraternité qu’il a défendues toute sa vie ? Depuis les Antilles où les changements de politique des instances révolutionnaires arrivent avec plusieurs semaines, voire mois de retard, le lecteur suit les péripéties françaises comme dans un miroir déformant. Le héros d’hier tout d’un coup détrôné. La Terreur rouge chassée par la Terreur blanche. Le Consulat suivant le Directoire. Jusqu’au rétablissement brutal de l’esclavage, une mesure si « facile » à prendre depuis la capitale, mais si difficile à appliquer dans les Antilles où la Révolution avait apporté la libération des esclaves noirs. Jusqu’au rétablissement de la foi catholique, après avoir poursuivi les prêtres, contraint à l’athéisme, puis au culte de l’Être Suprême.

« Viens. » Derrière elle, la demeure ancestrale, collée au corps comme une valve ; là-bas l’aube, lueurs d’immensité, hors des cris de marchands et des clochettes des troupeaux. Ici, la vie recluse du quartier, la géhenne des chemins fastidieux du pays où rien ne se passe ; là-bas, un monde épique, habité par des titans. « Viens », répétait la voix.

Un roman passionnant, une façon remarquable de nous raconter l’Histoire, des événements et des lieux méconnus qui nous ouvrent les yeux sur les désordres d’une période pourtant symbolique pour l’histoire de France. Les histories personnelles des trois héros, Victor, Esteban et Sofia se mêlent habilement aux destins des îles. Deux images m’ont marqué durablement : celle d’une guillotine voyageant à la proue d’un navire pour annoncer la Révolution à l’autre bout du monde et celle de vieux fous traînant leurs haillons sur le sol aride de la Guyane, où se mêlent avec ironie les prêtres réfractaires et les révolutionnaires déportés par la Convention.

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Muchachachas, tome 1, Katherine Pancol

24 février 2014

Muchachas, Katherine PancolJ’ai dévoré le nouveau Katherine Pancol en deux jours. Un sourire aux lèvres d’abord, car je retrouvais les héros des sa précédente trilogie des Écureuils, une saga familiale aux rebondissements infinis que j’avais beaucoup aimée. Car Katherine Pancol a un style qui n’appartient qu’à elle : entre la narration et le discours indirect libre, elle promène sa plume d’une personnage à l’autre en saisissant ces émotions profondes qui les maintiennent debout ou les ploient devant les aléas de la vie. 

Tous habillés de marron, de gris, de noir. Pas de boutons rouges ni d’écharpe verte ! Des chaises, je te dis, des chaises. Une armée de chaises qui attendent en tremblant le postérieur du patron. Tu veux que je te dise, Gary ? Ces gens portent le deuil. Ces gens n’ont plus d’espoir. Je refuse d’être une chaise !

Mais au bout de quelques pages, les héros connus laissent place à de nouveaux personnages : Stella et sa mère Léonie, Julie et son père Edmond Courtois, Ray Valenti et sa mère Fernande. Une petite communauté dans la campagne bourguignonne. Une communauté rurale où chaque jour nouveau est un combat. Autour de Stella, les personnages dansent et tanguent. Sa mère, battue par son père. Son père, héros public et tyran privé, caïd du village. Son compagnon, amour clandestin. Son fils Tom, qu’elle protège envers et contre tout. Une village terrorisé, la peur à chaque coin de rue. Tous les ingrédients des violences familiales sont réunis, ça fait beaucoup, trop même. Le vrai sujet que voulait aborder Katherine Pancol, c’est les femmes battues (elle le raconte à la fin du roman), mais voulait-elle être réaliste, elle tombe dans la caricature. Bien sûr qu’on est touché, bien sûr qu’on souhaite que ces femmes s’en sortent, parce que le talent de l’auteur est là, mais l’histoire est cousue de fil blanc. Dans sa précédente trilogie, j’aimais l’étonnement face à une imagination débordante et des personnages hauts en couleur. Ici, rien de tel, le sujet est sérieux, les héros aussi. On ne sourit pas, c’est bien dommage !

Il est fort possible que je me laisse aller à lire la suite de ce premier tome, car l’écriture de Katherine Pancol est un torrent qui vous emmène et vous entraîne sans même vous demander votre avis ! Pourtant, je garde un goût amer dans la bouche : je n’apprécie pas que mon amour pour Hortense et Gary, Joséphine et Philippe, Zoé et Alexandre ait été utilisé pour me faire découvrir cette nouvelle histoire. Quelques premiers petits chapitres addictifs alternés avec les nouveaux personnages, et te voilà coincée définitivement dans la campagne boueuse et ferrailleuse de Stella…

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Esprit d’hiver, Laura Kasischke

29 décembre 2013

Esprit d'hiver, Laura KasischkeCe roman de saison a déjà beaucoup tourné sur les blogs, avec des avis très partagés. Un grand merci à Titine de l’avoir fait voyager jusqu’à moi (accompagné en plus de deux thés excellents et d’une boîte de petites friandises qui n’ont pas fait long feu !).

Quelque chose les avait suivi de la Russie jusque chez eux.

C’est avec cet étrange et sombre pressentiment que Holly se réveille le matin de Noël. Il est bien plus tard que d’habitude, elle a tant de choses à faire pour préparer le déjeuner, et pourtant, elle sent qu’il faudrait qu’elle prenne un moment, seule, pour écrire cette phrase. Elle sent, au plus profond d’elle-même, qu’explorer cette phrase lui révélerait quelque chose d’essentiel. Mais cela fait si longtemps qu’elle n’a pas écrit, et elle a tant de choses à faire. La neige se met à tomber, le vent se lève et le blizzard isole bientôt la maison. Au point que tous les invités qu’elle attendait pour Noël se décommandent, et que même son mari, parti chercher ses parents à l’aéroport, est coincé sur la route. Elle se retrouve seule, avec sa fille Tatiana. Tatty, sa petite poupée ramenée de Sibérie à l’âge de deux ans. Tatty, sa danseuse au teint de porcelaine, aux cheveux noir de jais.  Voir l’article