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La vie d’Arséniev, Ivan Bounine

19 avril 2015

La vie d'Arséniev, Ivan Bounine

Attention coup de cœur !

Avant de parler de ce livre, je voudrais dire un mot sur la collection Biblio du Livre de Poche. Depuis quelques années, cette collection rassemble de grands textes souvent méconnus du domaine étranger, de Vita Sackville-West à Virginia Woolf, en passant par Sandor Marai, Thomas Hardy, Joyce Carol Oates, Henry James… et quelques français, Romain Gary ou Françoise Sagan. Bref, un catalogue pointu servi par de nouvelles couvertures sublimes au toucher velouté. Avis aux amateurs, voici une collection dont j’achète désormais les yeux fermés les nouvelles parutions ! Ivan Bounine m’était donc complètement inconnu jusqu’à ce que La Vie d’Arséniev paraisse dans cette collection. Vous connaissez mon goût pour la littérature russe. La quatrième de couverture évoque « un magnifique et puissant exercice de réminiscence et d’écriture, avec, en toile de fond, un monde destiné à disparaître. » Je découvre que l’auteur fut le premier écrivain russe à obtenir le prix Nobel de littérature en 1933. Ni une ni deux, le voici dans ma PAL. Et quel bonheur !

Mon premier souvenir est quelque chose d’assez ténu, qui me laisse perplexe. Je me souviens d’une grande pièce éclairée par un soleil d’arrière-saison, dont l’éclat sec illuminait le flanc de la colline que l’on apercevait de la fenêtre donnant au midi. C’est tout, un très bref instant. Pourquoi justement ce jour-là, à cette heure-là, en cette minute, en cette occasion particulièrement insignifiante, eut lieu ce premier éclair de conscience, si vif qu’il déclencha l’action de la mémoire ?

Dès les premières lignes, nous voici plongés dans l’enfance d’un cadet de famille noble désargentée, habitant un grand domaine à la campagne proche de l’Ukraine, « l’hiver, un océan de neige à l’infini, l’été, un océan de blé, d’herbes et de fleurs… » Particulièrement sensible à tout ce qui l’entoure, le narrateur nous fait ressentir l’éveil de ses impressions, ses premières peurs, son rapport à la nature, aux personnes qui peuplent la grande ferme de Kamenka. Ses parents ont tout de suite compris qu’il était différent, parce que ses sens sont plus développés, parce qu’il a « une âme de poète« . Longtemps nous restons dans l’enfance et l’adolescence, à caresser du bout des doigts les blés en herbes, à regarder le soleil jouer dans les nuages, à sentir le vent frais des nuits de pleine lune sur nos joues. Bounine est un styliste admirable, dont la foi en la nature sublime chacune de ses observations.

Pendant des heures je regardais virer au violet l’azur sublime du firmament qui, par les chaudes journées, transparaît à contre-jour à travers les cimes des arbres immergées dans le bleu profond du ciel ; et je fus alors saisi et pénétré à tout jamais par le sens réellement divin des couleurs du ciel et de la terre. Ce bleu lilas à travers les branches et le feuillage, je m’en souviendrai encore en mourant…

La mort, sous plusieurs formes, s’invite dans cet univers d’enfant avec violence et là aussi, l’hypersensibilité du narrateur lui fait tout sentir plus intensément que les autres. Face à cet arbitraire, il se réfugie dans la beauté des rites religieux orthodoxes, avec leur icônes d’or et leurs lourds parfums. Chaque expérience est analysée à l’échelle du temps, de l’homme et de son passage sur terre. Les premiers émois de l’adolescence, la pauvreté, la découverte des grands poètes et romanciers russes (Pouchkine, Tolstoï…) puis l’écriture, l’amour, la ville, le voyage, le travail, la politique, et la vanité d’un monde qui a si peu à lui offrir. Avec le temps, le caractère se forge, Arséniev devient impétueux, intransigeant, avec les autres comme avec lui-même, et pourtant il a conscience d’être comme tous les nobliaux russes de cette époque d’avant-guerre, de grands parleurs oisifs et indécis. De temps à autre, une pulsion l’emporte, il se jette dans un train, parcourt le pays, puis revient au domaine familial, épuisé et triste. Seule l’écriture pourrait le sauver. Si seulement il arrivait à écrire… Et cette femme, cette passion dévorante et jalouse…

On ne peut lire La Vie d’Arséniev sans penser à Proust, à cette attention au détail et au cheminement de la pensée, à cette présence au monde qui rend chaque infime détail important. Impossible aussi de ne pas penser à Oblomov, de Gontcharov, figure mythique de la paresse slave. Arséniev n’est pas Gontcharov, il est plus idéaliste, il a des rêves et de l’ambition, mais on a si souvent envie de le secouer, de le jeter hors des chemins ! Cependant c’est là le cœur de l’âme russe et pour entrer dans l’univers de ce roman, il faut laisser à la porte son manteau occidental et accepter la sensualité d’une plume qui vibre à l’unisson d’un peuple chargé d’histoire.

En ces temps fabuleux, en cette Russie à jamais détruite, il était une fois un printemps, il était une fois un jeune homme aux joues de pourpre sombre, aux yeux bleu vif, qui s’acharnait à apprendre l’anglais, et qui jour et nuit s’inquiétait secrètement de son avenir où l’attendaient, croyait-il, toute la beauté, tout le bonheur du monde.

Aleksandra Yegorovna Makovskaya - The Village 1895

Aleksandra Yegorovna Makovskaya, Le Village, 1895

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Le mois de mars avec Guerre & Paix de Tolstoï

1 mars 2014

guerre et paixBonjour à tous ! Comme prévu, je vous propose ce mois-ci de nous retrouver autour du chef d’œuvre de Tolstoï, Guerre & Paix. Au programme :

IMG_20140128_095235– une lecture coachée du roman est en cours avec Shelbylee, Caro, Olivier, Praline et Romanza. N’hésitez pas à nous rejoindre si vous voulez vous lancer ! Nous faisons le point sur Facebook tous les dimanches soir pour savoir où nous en sommes.

Quelques conseils sur les traductions : je déconseille fortement les versions numériques gratuites qui sont des traductions libres ou incomplètes du roman réalisées au XIXe siècle. La version de référence est pour moi celle de Folio, en deux tomes, traduite par Boris de Schloezer en 1960. Mais une nouvelle traduction a été réalisée en 2002 par Bernard Kreise et disponible en Points. Son approche est intéressante car il a retenu une autre version de l’auteur, postérieure à celle de Folio, moins longue, épurée des méditations philosophiques et plus accessible au grand public. Il semble que cette édition ait aussi une fin radicalement différente, donc à vous de choisir !

Guerre et paix, Tolstoi Guerre et paix, Tolstoi Guerre et paix, Tolstoi

– si vous avez déjà lu le livre, ou que vous n’avez pas le courage de vous y attaquer, il existe 4 adaptations différentes à dévorer avec les yeux…

– les recettes de cuisine, billets sur la société russe de l’époque, ou tout autre sujet ayant un lien proche ou lointain avec Guerre & Paix sont les bienvenus !

Vous pouvez déjà consulter :

À lire ici ou là :

N’hésitez pas à signaler vos articles en commentaire de ce billet, et bien sûr à utiliser les logos que vous voulez.

Alors bon mois de mars russe avec Война и мир !

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Aide-mémoire militaire pour lire Guerre et Paix, de Tolstoï

9 février 2014

Ce billet s’adresse à ceux et celles qui seraient en train de lire Guerre et Paix et qui pourraient se sentir un peu perdus au milieu des opérations militaires des guerres napoléoniennes. Ce roman porte bien son nom, et la guerre y est très présente, tant du point de vue du simple soldat ou sous-officier perdu au milieu de la bataille, que dans le secret des conseils de guerre qui précèdent les grandes victoires… ou défaites. Voici donc quelques repères pour ne pas être vous noyer dans cet océan qu’est l’armée impériale russe.

L’organisation de l’armée impériale russe

Les hussardsL’armée russe comporte quatre armes : l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie et les cosaques.

  • Les hussards sont un régiment de cavalerie légère appartenant à la cavalerie.
  • La garde impériale est un corps d’élite affecté à la protection du tsar, servant de réserve dans les combats.
  • Chaque général est accompagné d’un ou plusieurs aides de camp.

Lorsqu’ils montent en grade, les sous-officiers et officiers sont tenus d’acheter eux-mêmes leur équipement et leurs décorations.

  • Sous-officiers : caporal > sergent > sergent-chef > aspirant (Nicolas Rostov) > aspirant-chef
  • Officiers : enseigne > sous-lieutenant > lieutenant > capitaine en second > capitaine (prince André Bolkonsky, Denissov) > major > lieutenant-colonel > colonel > brigadier
  • Généraux : major général > lieutenant général > général > feld-maréchal

Organisation des troupes : compagnie > bataillon (infanterie) ou escadron (cavalerie) > régiment (aussi appelés du lieu où étaient levées les troupes) > bridage > division > corps > armée. L’armée impériale russe comptait plusieurs « armées » dirigées par des généraux, réunis en temps de guerre sous un commandant en chef des armées. Voir l’article

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Rendez-vous en mars autour de « Guerre et Paix »

4 janvier 2014

guerre et paix

Au mois de mars prochain, je vous propose de nous retrouver autour d’une oeuvre majeure : Guerre & Paix, de Léon Tolstoï.

Après avoir relu récemment Anna Karénine, j’avais envie de me lancer dans ce qui sera ma troisième relecture de ce roman fleuve. Je compte m’attaquer à ces 2000 pages à partir de fin janvier et j’essaierai de coacher tous ceux qui voudront m’accompagner. Mais pour ceux qui l’ont déjà lu ou qui redoutent de s’attaquer à ce pavé, il existe quatre adaptations que je vous invite à découvrir ! Voir l’article

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Anna Karénine, Léon Tolstoï

1 janvier 2013

Anna Karénine, TolstoïPrésentation :

« Anna n’est pas qu’une femme, qu’un splendide spécimen du sexe féminin, c’est une femme dotée d’un sens moral entier, tout d’un bloc, prédominant : tout ce qui fait partie de sa personne est important, a une intensité dramatique, et cela s’applique aussi bien à son amour.
Elle n’est pas, comme Emma Bovary, une rêveuse de province, une femme désenchantée qui court en rasant des murs croulants vers les lits d’amants interchangeables. Anna donne à Vronski toute sa vie.
Elle part vivre avec lui d’abord en Italie, puis dans les terres de la Russie centrale, bien que cette liaison « notoire » la stigmatise, aux yeux du monde immoral dans lequel elle évolue, comme une femme immorale. Anna scandalise la société hypocrite moins par sa liaison amoureuse que par son mépris affiché des conventions sociales.
Avec Anna Karénine, Tolstoï atteint le comble de la perfection créative. »
Vladimir Nabokov.

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