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Tess D’Urberville, Thomas Hardy

17 janvier 2012

Présentation :

Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d’Urberville, un de ses jeunes maîtres. L’enfant qu’elle met au monde meurt en naissant.
Dans la puritaine société anglaise de la fin du XIXe siècle, c’est là une faute irrémissible, que la jeune fille aura le tort de ne pas vouloir dissimuler. Dès lors, son destin est une descente aux enfers de la honte et de la déchéance.

Ce que j’en dis :

Décidément, les quatrièmes de couverture font parfois de ces raccourcis ! Reprenons : la famille de Tess Durbeyfield, jeune paysanne du Wessex, apprend par hasard qu’elle descend d’une grande et noble famille normande du temps de la fondation de l’Angleterre, les D’Urberville. Alors que la famille est dans la misère du fait d’une certaine indolence des parents, ils décident d’envoyer Tess chez une riche Madame D’Urberville habitant dans les alentours, afin d’être prise sous sa protection au titre de parente éloignée. A son arrivée, Tess sera surtout accueillie puis assaillie par son fils, Alec D’Urberville. Bien que Tess garde ses distances avec le jeune aristocrate, celui-ci profite d’un moment de faiblesse de sa part. Plusieurs mois plus tard, Tess, revenue chez ses parents, employée aux travaux des champs allaite péniblement un bébé. Lorsque celui meurt quelques jours après, elle décide de tourner le dos à son passé qui la ronge et part travailler dans une ferme dans une autre vallée, là où personne ne connaîtra son histoire. Et elle rencontre Angel Clare…

Cette lecture fut longue, douloureuse, mais intense. J’ai ressenti vivement le style de Thomas Hardy, tout en sobriété et en psychologie, et en même temps, il a la capacité de convoquer devant nos yeux des tableaux champêtres ravissants. Car c’est un des contrastes forts sur lequel est basé le livre que l’évocation d’une sorte d’âge d’or des campagnes anglaises, avant l’arrivée des « machines » et du chemin de fer. Les jeunes paysannes dansent en bande dans les prés fleuris et les bois résonnent encore des accents druidesques des premiers temps. Et au milieu de cet univers clos, Tess et son destin tragique. Un peu plus éduquée que le reste de sa famille, elle parcourt le roman profondément marquée par sa faute, dont elle sent toute l’ampleur par sa morale et son honnêteté naturelles. Ce sont d’ailleurs ces traits de caractère, alliée à sa beauté innocente et sa simplicité, qui attireront sur elle les regards d’Angel, jeune fils de pasteur, qui verra en elle l’idéal de la jeune paysanne, complètement à l’opposé de la jeune fille des villes que ses parents veulent lui voir épouser.

Dans ce roman, Thomas Hardy prend résolument la cause des femmes. En décrivant la descente aux enfers de Tess, il pointe du doigt sa dépendance totale aux deux hommes qui jalonneront sa route. Et comme aucun ne se montre à la hauteur (eh oui, même pas Angel !), chacun à sa façon, c’est Tess qui en subit plus que tout autre les conséquences. C’est en apprenant que le roman n’avait pu paraître que censuré à sa sortie, notamment sur l’épisode avec Alec D’Urberville, où l’on a forcé Hardy à dire que d’Urberville avait promis à Tess le mariage au moment où il profite d’elle, que je me suis rendue compte de la modernité de ce roman et de l’engagement de son auteur, alors même que cet épisode n’est absolument pas décrit dans le livre, juste suggéré. Traces de l’éducation d’Hardy, on retrouve dans le roman beaucoup de connotations religieuses : Tess elle-même n’a jamais été très croyante, mais beaucoup de personnages secondaires sont pasteurs et Hardy utilise souvent des comparaisons bibliques. On ne tombe jamais dans le pathos, on est toujours dans l’empathie, et ça marche, pour moi en tout cas (j’ai l’impression que ce roman ne fait pas du tout l’unanimité !).

Ce que j’en fais :

Une belle découverte, qu’il m’a fallu un peu de temps à digérer avant de passer à une autre lecture. Jude l’obscur, autre roman d’Hardy, rentre donc dans ma PAL et je signale l’adaptation de Roman Polanski réalisée en 1979 et celle de la BBC réalisée en 2008 avec Gemma Arterton.

Ils en parlent aussi :

  • Pampoune – lectures : « Je conseille vivement ce roman, qui donne un exemple de la littérature du XIXème en Angleterre, à tous ceux qui aiment éprouver des sensations fortes au cours d’une lecture. »
  • Chez Neph : « une Tess touchante, sincère et empreinte d’une conscience trop aigüe pour son temps et sa condition. »
  • Ma bouquinerie : « tant d’abnégation féminine et de moralité puritaine, ça a de quoi me donner des nausées »
  • Gwordia : « de quoi satisfaire les mélancoliques compulsifs sans toutefois les porter au cynisme »
  • et sur Babelio

Dernière lecture du Mois anglais, qui clôt donc cette édition !

Je vous recommande :

30 commentaires

  • Répondre les Livres de George 17 janvier 2012 at 8 h 15 min

    roman lu il y a bien longtemps et sans doute trop jeune ! je me souviens davantage de l’époque où je l’ai lu, sur un bateau à destination de la Corse, mais le contenu reste très flou si ce n’est une certaine longueur !

    • Répondre Eliza 17 janvier 2012 at 10 h 45 min

      j’ai été tellement prise dans l’histoire que je n’ai pas senti de longueurs. Mais c’est sûr que plus jeune je ne l’aurais pas autant apprécié !

  • Répondre Schlabaya 17 janvier 2012 at 8 h 58 min

    Je garde un grand souvenir de cette lecture ! Tu as raison de dire que la 4e de couverture abuse de l’art du raccourci. Le personnage d’Angel est très décevant, en effet, alors qu’on attendrait de lui de la compréhension à l’égard de Tess. Le personnage d’Alec est intéressant avec ses va-e-vient entre vice et vertu, j’aime bien l’épisode où il se fait prédicateur…

    • Répondre Eliza 17 janvier 2012 at 10 h 49 min

      oui, je suis tout à fait d’accord avec toi sur Alec et Angel. Je ne voulais pas trop en dire sur Angel car j’ai aimé ne pas savoir du tout ce qui allait se passer entre eux. Mais c’est lui ma plus grosse déception : au moins Alec est fidèle à sa nature et essaye (avec un minimum de bonne foi…) de s’améliorer, alors qu’Angel tombe au moment où on attendait le plus de lui…

      • Répondre emilie 5 avril 2014 at 12 h 15 min

        Attention, Alec n’essaie pas de s’améliorer, il reste un éternel jouisseur du début à la fin. Son espèce de métamorphose en pasteur est placée sour le signe d’une sorte l’illumination fugace qui disparait dès qu’il revoit Tess et qu’il ressent du désir pour elle. Il continue de la harceler ensuite sans se soucier de ce qu’elle veut, et il l’accuse même d’être une tentatrice sans assumer sa faiblesse sexuelle. Il provoque la chute de Tess jusqu’à la fin puisqu’il use de sa détresse pour qu’elle vive avec lui (ce qui va détruire la dernière qu’elle aura de redevenir la femme d’Angel). C’est un égoiste jouisseur, et Angel un égoiste idéaliste, les deux sont incapables de voir Tess telle est elle. Finalement Angel y arrive à la fin, mais c’est trop tard. Il a fallu qu’il s’ôte pendant son voyage de tous les préjugés sociaux qui se sont figés dans sa tête, qu’il passe par la pauvreté, la maladie, la mort, pour mieux comprendre la vie de Tess, celle d’une simple paysanne, chose qu’il ne pouvait pas faire avant puisqu’il était issu d’un milieu aisé. Donc ATTENTION, Alec est un sale misogyne aveugle qui a détruit la vie de Tess, Angel arrive trop tard pour sauver Tess…

  • Répondre Jules 17 janvier 2012 at 15 h 05 min

    Je suis un peu découragée car il est dans la PAL en VO! Je l’ai abandonné il y a plusieurs années et je ne sais vraiment pas si j’aurai le courage de le reprendre un jour!!!

    • Répondre Eliza 18 janvier 2012 at 9 h 59 min

      Je ne crois pas que je serais capable de le lire en VO car le style est très riche et imagé. Mais ça vaut le coup de réessayer 😉 (bon un jour où tu as le moral en revanche…!)

  • Répondre Plaisirs à cultiver » Récapitulatif du mois anglais 18 janvier 2012 at 11 h 02 min

    […] Des bilans du 16 janvier : Syl, Jainaxf, Perséphone et un dernier billet sur Downton Abbey chez Yueyin qui tire également son bilan. Et le dernier des derniers articles chez Eliza : Tess D’urberville de Thomas Hardy. […]

  • Répondre Titine 19 janvier 2012 at 13 h 12 min

    C’est un roman que je n’ai pas encore lu mais j’en ai lu d’autres de Thomas Hardy et je l’adore ! J’ai commencé par « Jude l’obscur » et je ne me remettrais jamais de cette lecture ! Tu verras, c’est très moderne aussi sur le couple.

    • Répondre Eliza 21 janvier 2012 at 16 h 52 min

      Je ne peux que te le conseiller !

  • Répondre Alice 19 janvier 2012 at 13 h 51 min

    Ca fait plusieurs fois que je me demande si je vais le lire ou non, d’autant qu’il est dans la bibliothèque de ma maman mais je crois que tous ces classiques qui finissent plus ou moins mal finalement je les appréciais plus à l’adolescence ou on a le goût du mélodrame! Aujourd’hui les livres tristes, j’ai vraiment du mal!!!

    • Répondre Eliza 21 janvier 2012 at 17 h 08 min

      Ahh, je te confirme que c’est TRES triste, enfin, ça l’a été pour moi ! Alors mieux vaut peut-être le mettre de côté pour l’instant 😉

  • Répondre somaja 20 janvier 2012 at 18 h 12 min

    Très beau billet. Un très beau souvenir que ce roman (le film aussi). C’est vrai qu’Hardy avait une vision assez moderne de la femme. J’ai aussi « Jude l’obscur » dans ma Pal. J’ai vu il y a longtemps une adaptation qui m’avait bouleversée pendant des semaines.

    • Répondre Eliza 21 janvier 2012 at 17 h 09 min

      Merci pour le compliment 😀 je pense regarder le film assez vite, mais je choisirais celui de la BBC, pas celui de Polanski. Lequel as-tu vu ?

  • Répondre somaja 22 janvier 2012 at 10 h 25 min

    J’ai vu le Polanski. Je ne savais pas qu’il y avait une version BBC. J’espère que tu feras un billet sur cette version. Je vais essayer de voir si on peut la trouver facilement.

  • Répondre Tess d’Urberville – Thomas Hardy | les livres de Mélodie 24 janvier 2012 at 14 h 20 min

    […] 2012: Il y a quelques jours, j’ai lu l’excellente critique d’Eliza sur Tess d’Urberville. Ça m’a fait penser à ma lecture de ce livre, en 2003, qui […]

  • Répondre Lou de myloubook 5 février 2012 at 16 h 49 min

    Ce roman me fait un peu peur mais j’ai beaucoup apprécié « Les petites ironies de la vie » et un autre recueil de nouvelles de Thomas Hardy. J’ai peur de subir de plein fouet la tristesse de ce roman mais je finirai par le lire, d’ailleurs j’espère bien cette année.

  • Répondre Missycornish 1 mars 2012 at 14 h 20 min

    Bonjour,
    Sympa ton blog. Je n’ai pas lu Tess d’Uberville mais j’ai visionne le film de Roman Polanski, c’etait deprimant. J’ai aussi regarde Jude the Obscure avec Kate Winslet, superbe film mais encore une fois desesperant. Je n’en parlerai pas tout de suite sur mon blog meme si j’avoue vouloir lire Jude the Obscure. Il parait que c’est tres bien ecrit. A tres bientot j’espere. Je vais explorer un peu ton site…

    • Répondre Eliza 2 mars 2012 at 8 h 11 min

      Tess d’Urberville est aussi très triste, je crois que c’était le moyen pour Thomas Hardy de dénoncer les dérives de sa société en touchant profondément les lecteurs… Jude l’obscur est dans ma PAL, mais pas pour tout de suite…!

  • Répondre Miss Léo 2 mars 2012 at 12 h 41 min

    Je me souviens de l’adaptation de Jude the Obscure avec Kate Winslet et Christopher Eccleston. C’était effectivement très triste et assez poignant. Tess d’Urberville est dans ma PAL depuis longtemps, avec Retour au pays natal. Ton billet me donne envie de le lire très vite ! A moins que je ne n’opte pour la solution de facilité, à savoir l’adaptation BBC… 😉

    • Répondre Eliza 3 mars 2012 at 9 h 10 min

      Je n’ai pas encore vu l’adaptation BBC, juste quelques passages entre Tess et Angel, qui avaient l’air très beaux… Ca donne très envie !!

  • Répondre 15 décembre -15 janvier : le mois anglais « Passion lectures 13 avril 2012 at 13 h 15 min

    […] Tess D’Urberville, Thomas Hardy […]

  • Répondre Aaliz 12 septembre 2012 at 17 h 07 min

    Je l’ai dans ma PAL depuis un bon moment et tu me donnes envie de l’en sortir !

  • Répondre Récapitulatif du mois anglais | Plaisirs à cultiver 21 octobre 2012 at 8 h 41 min

    […] Des bilans du 16 janvier : Syl, Jainaxf, Perséphone et un dernier billet sur Downton Abbey chez Yueyin qui tire également son bilan. Et le dernier des derniers articles chez Eliza : Tess D’urberville de Thomas Hardy. […]

  • Répondre Challenge « Les 100 livres à lire  | «Passion Lectures & co 26 octobre 2013 at 17 h 08 min

    […] Tess d’Uberville, Thomas Hardy […]

  • Répondre Challenge Les 100 livres à lire au moins une fois : 2e bilan | des livres, des livres ! 22 avril 2014 at 5 h 08 min

    […] Eliza – Maudapl – Tesrathilde  […]

  • Répondre Ruth, Elizabeth Gaskell | Passion Lectures & co 21 septembre 2014 at 15 h 27 min

    […] siècles. A la lecture de Ruth, je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles avec Tess d’Urberville, de Thomas Hardy, qui m’avait bouleversée. Même si tous deux traitent cette situation sous un angle […]

  • Répondre LeSalonDesLettres 25 septembre 2014 at 11 h 03 min

    Tu me fais découvrir 2 livres en un article (« Ruth ») que je note de suite dans ma PAL. Merci 🙂

    • Répondre Eliza 28 septembre 2014 at 8 h 00 min

      Mais de rien chère amie !

  • Répondre Jude l'obscur, Thomas Hardy - Lectures & co 2 novembre 2015 at 7 h 48 min

    […] Tess d’Urberville […]

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