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Un conte de deux villes, Charles Dickens

13 février 2016

Un conte de deux villes, Charles Dickens

En commençant ce roman de Charles Dickens, j’avais une double appréhension : la première était liée à ma déception à la lecture des Grandes Espérances (rattrapée cependant par Le mystère d’Edwin Drood), la deuxième concernait l’époque à laquelle se déroule le livre, la Révolution Française, époque fascinante s’il en est, mais pas vraiment pour moi.

Bref, le pari était total et pourtant, ce fut un véritable choc et un très grand bonheur de lecture.

L’histoire, ou plutôt le drame, se déroule sur une trentaine d’années entre Londres et Paris : il commence en 1775 et s’achève au plus fort de la Terreur, en 1793. A l’origine de cette histoire, un homme, le docteur Manette, emprisonné à la Bastille pendant toute une vie, et soudainement libéré, un homme « rappelé à la vie ». En clôture du roman, un sacrifice, une mort recherchée pour le bien des autres, un homme s’enfonçant dans les ténèbres de la mort.

Quelques mots sur l’histoire : tout commence donc avec la libération du docteur Manette et son retour en Angleterre, où, accueilli et choyé par sa fille Lucie, il reprend le cours d’une vie injustement brisée. Autour de lui, Jarvis Lorry, commissionnaire de la banque Tellson, gérant de ses affaires, Charles Darnay, jeune Français aux origines inconnues et toute une galerie de personnages secondaires hauts en couleurs, auxquels Dickens nous a habitués. Pendant ce temps, à Paris, Defarge, ancien valet du docteur Manette, devient avec sa redoutable femme, le centre névralgique de la Révolution parisienne dans le faubourg Saint-Antoine.

C’était le meilleur et le pire des temps, le siècle de la sagesse et de la folie, l’ère de la foi et de l’incrédulité, la saison de la lumière et des ténèbres, le printemps de l’espérance et l’hiver du désespoir ; devant lui, le monde avait tout et rien, il allait tout droit au ciel et tout droit en enfer.

Dans ce roman, Dickens éblouit par son style puissant, sa maîtrise de l’intrigue et le pouvoir qu’il possède sur les sentiments du lecteur. Trente ans de faits éparpillés forment un écheveau qui se dénoue dans la violence de la Révolution. Au moment où nous croyons connaître tous les faits, un rebondissement vient changer le cours des choses et réveiller en nous l’inquiétude pour les trois héros, cette image presque sainte de la famille formée par le docteur Manette, Lucie et Charles. Les deux villes s’opposent en tout, mais surtout lorsque la douceur de vivre de la banlieue londonienne cède la place à la sanglante fureur de la foule parisienne en pleine Terreur.

Dickens ne peut s’empêcher de se demander comment un peuple si glorieux peut se transformer si vite en une hydre aux mille têtes assoiffées de sang. L’implacable vengeance menée par les Defarge trouve cependant sa source bien au-delà de la détresse du peuple français écrasé par la famine et les impôts. Malgré ce sujet sombre, Dickens ne se départit jamais de son humour et jette un regard grinçant sur les vices et manies de ce monde.

Étroitement emprisonnés chez Tellson dans toutes sortes de placards et de réduits obscurs, les hommes les plus vieux du monde traitaient gravement les affaires. Lorsqu’on engageait un jeune homme chez Tellson de Londres, on le cachait quelque part jusqu’à ce qu’il fût devenu vieux. On le gardait dans un lieu obscur, comme un fromage, jusqu’à ce qu’il eût acquis la vraie saveur et la vraie moisissure Tellson.

Charles Dickens avait vu juste en choisissant cette période historique : la tourmente révolutionnaire, par sa violence et ses sentiments exacerbés, donne toute sa puissance au style évocateur de l’auteur et l’un de ses personnages sans doute les plus extraordinaires. Le résultat est un chef-d’oeuvre à lire, et sans doute à relire pour reprendre les rênes de l’intrigue.

Un conte de deux villes, Charles Dickens

Challenge de lecture 2016 :

  • un livre dont le titre contient un nombre
  • un livre qui se passe dans un pays étranger
  • un livre écrit par un victorien barbu

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7 commentaires

  • Répondre Titine 13 février 2016 at 10 h 53 min

    Je ne l’ai toujours pas lu, je crois que le choix de la période m’inquiétait un peu également. J’ai maintenant hâte de le découvrir ! L’humour de Dickens est la chose qui m’a le plus frappée la première fois où je l’ai lu.

  • Répondre Electra 15 février 2016 at 19 h 12 min

    Je n’ai pas lu celui-ci mais tu me donnes envie ! J’avais pour ma part bien aimé les Grandes Espérances. Je le note ! en plus il est dispo en Poche et j’aime bien l’édition Folio

  • Répondre maggie 20 février 2016 at 11 h 17 min

    Il est réédité chez Folio ? en tout cas, j’espère que vais aimer autant que toi. J’ai d’ailleurs arrêté ma lecture des grandes espérances qu’il faut que je reprenne mais j’ai beaucoup aimé les autres Dickens…

  • Répondre Aurelie 27 février 2016 at 10 h 10 min

    Oh lala ! Me voilà bien intriguée maintenant…Un chef d’oeuvre ?! Je note !

  • Répondre Natacha 21 mars 2016 at 13 h 54 min

    J’ai LIttle Dorritt dans ma PAL mais j’avoue que celui-ci me tente beaucoup ! Merci pour ton très joli billet.

  • Répondre Mes coups de cœur de 2016 – Lectures & co 31 décembre 2016 at 18 h 30 min

    […] est un roman bien différent dans lequel s’exprime tout le talent de l’auteur anglais. Je vous en parlais dans cet article : j’ai adoré ce roman violent sur le destin d’une famille pendant la Révolution […]

  • Répondre Je lis, donc je suis – Lectures & co 4 janvier 2017 at 11 h 05 min

    […] Comment te sens-tu ? Le livre du hygge (Meik Wiking) Décris où tu vis actuellement… Un conte de deux villes (Charles Dickens) Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ?  Washington Square (Henry […]

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