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Un week-end avec Proust

8 octobre 2011

Sur la lecture n’est ni un texte méconnu ni un introuvable. C’est la préface que Proust écrivit en 1905 pour sa traduction de Sésame et les Lys de John Ruskin. Mais ces pages dépassent de si loin l’ouvrage qu’elles introduisent, elles proposent un si bel éloge de la lecture et préparent avec tant de bonheur à la Recherche que nous avons voulu, les délivrant de leur condition de préface, les publier dans leur plénitude.

Suite au billet de George sur Le vice de la lecture, d’Edith Wharton, et à toutes les réactions qu’il a suscité, j’ai voulu me replonger dans ce petit essai de Proust. C’est un texte qui m’avait beaucoup marqué lorsque je l’ai lu vers 17 ans, car c’était la première fois que je lisais un texte sur le processus même de la lecture, et sur toutes les petites « madeleines » qu’elle peut susciter en nous.

Je l’ai relu aujourd’hui avec autant de plaisir. Et je voulais partager avec vous quelques passages qui m’ont plus particulièrement touchée dans ma pratique de lectrice.

« Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs. Et ces désirs, il ne peut les éveiller en nous qu’en nous faisant contempler la beauté suprême à laquelle le dernier effort de son art lui a permis d’atteindre. Mais par un loi singulière et d’ailleurs providentielle de l’optique des esprits (loi qui signifie peut-être que nous ne pouvons recevoir la vérité de personne, et que nous devons la créer nous-même), ce qui est le terme de leur sagesse ne nous apparaît que comme le commencement de la nôtre, de sorte que c’est au moment où ils nous ont dit tout ce qu’ils pouvaient nous dire qu’ils font naître en nous le sentiment qu’ils ne nous encore rien dit. »

La définition de la lecture, c’est « une intervention qui, tout en venant d’un autre, se produit au fond de nous-mêmes, c’est bien l’impulsion d’un autre esprit, mais reçue au sein de la solitude« .

Sur le plaisir de lire des auteurs classiques (et je pense à Jane Austen, Balzac, ou Proust lui-même en lisant ces lignes !) : « Un peu du bonheur qu’on éprouve à se promener dans une ville comme Beaune qui garde intact son hôpital du XVe siècle, avec son puits, son lavoir, sa voûte de charpente lambrissée et peinte, son toit à hauts pignons percé de lucarnes que couronnent de légers épis en plomb martelé (toutes ces choses qu’une époque en disparaissant a comme oubliées là, toutes ces choses qui n’étaient qu’à elle, puisque aucune des époques qui l’ont suivie nen a vu naître de pareilles), on ressent encore un peu de ce bonheur à errer au milieu d’une tragédie de Racine ou d’un volume de Saint-Simon. Car ils contiennent toutes les belles formes de langage abolies qui gardent le souvenir d’usages ou de façons de sentir qui n’existent plus, traces persistantes du passé à quoi rien du présent ne ressemble et dont le temps, en passant sur elles, a pu seul embellir encore la couleur.« 

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Un commentaire

  • Répondre Asphodèle 8 octobre 2011 at 18 h 34 min

    Ah bé oui c’est Proust ! Dont je n’ai jamais lu une oeuvre jusqu’au bout d’ailleurs (shame je sais !) mais c’est vrai, ce qui est passé reste unique en soi mais d’autres chefs-d’oeuvres se glissent dans chaque époque, heureusement pour nous… C’est notre regard qui change et évolue aussi.

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