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Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweig

8 avril 2013

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Stefan ZweigPrésentation :

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée. Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Ce que j’en dis :

Dans une pension sur la côte d’Azur, Madame Henriette, mariée et mère de deux petites filles, s’enfuit avec un jeune inconnu rencontré la veille. Ce fait divers alimente les conversations les plus vives, chacun s’accordant à condamner l’épouse insensible et inconstante, tous persuadés que la fuite était préparée de longue date. Seul le narrateur prend sa défense, arguant qu’il est tout à fait possible pour une femme de vivre en une journée un bouleversement entraînant sa fuite. Sa position attire sur lui l’attention de Mrs C., une vieille Anglaise qui décide alors de lui raconter un épisode similaire de sa vie, vingt-quatre heures qui ont définitivement changé son âme.

La construction de cette longue nouvelle est tout à fait surprenante : comme des poupées russes, on y trouve trois récits emboîtés les uns dans les autres : celui du narrateur, puis celui de Mrs C., qui se confie au narrateur, et enfin celui d’un jeune homme rencontré par Mrs C. Mais seuls les deux premiers sont à la première personne. L’utilisation du « je » crée une proximité immédiate avec le lecteur. Dans le premier récit, on a l’impression d’observer les petits défauts de la société de la pension avec une certaine distance, renforcée par le fait que le narrateur est seul contre tous dans les discussions. En revanche, la deuxième partie est une véritable confession, et en cela, rappelle la Lettre d’une inconnue. Le récit de Mrs C. montre tout le talent de Zweig : c’est une reconstitution minutieuse des passions humaines – le jeu, la peur, le désespoir, l’amour, la gratitude, la beauté, la colère, la folie, le remords. Mrs C. a plus vécu durant ces vingt-quatre heures que durant tout le reste de sa vie. Son récit est donc un concentré d’émotions, chaque mouvement de l’âme de Mrs C. est amplifié par le caractère extra-ordinaire de la situation.

L’auteur met par ailleurs en scène avec Mrs C. un jeune homme (dont nous ne saurons même pas le nom) dont le visage, les mains et tout le corps, sont éminemment expressifs. Ce personnage donne l’occasion à Zweig de déployer une grande maîtrise de la description. La scène de la rencontre entre Mrs C. et ce jeune homme est à ce titre incroyable : pendant plus d’une heure, Mrs C. ne voit d’abord que ses mains, sur le tapis de jeu d’un casino. Simplement en regardant ces mains, elle sait s’il perd ou s’il gagne, s’il est fébrile ou angoissé. Ces mains sont comme douées d’une vie propre et pourtant, elles ne sont qu’un moyen d’expression du jeune homme.

Ce que j’en fais :

Challenge Myself

J’avais depuis longtemps oublié cette histoire, je l’ai donc redécouverte complètement et encore une fois, le charme de Zweig a agi. Cette plume sensible et passionnée m’a fait chavirer ! Ce texte sur la condition humaine est tout simplement magnifique.

Cette lecture est la première que je réalise en allemand pour le challenge Myself de Romanza. Malgré mes douze ans d’allemand (!) j’ai eu beaucoup de mal au début mais ça s’est légèrement amélioré au fur et à mesure  J’ai donc fini par adopter un rythme de 1 page en français, 1 page en allemand, et j’ai énormément apprécié ce va-et-vient d’une langue à l’autre, que permettait l’édition bilingue. C’est aussi une occasion rare de mesurer la différence entre un texte original et sa traduction, à la fois sur les partis pris du traducteur et sur l’inventivité du style de Zweig dans les tournures de phrase et les substantifs. Heureusement que MissLéo et Shelbylee étaient là pour me motiver ! Merci les filles ! Je pense ne pas attendre trop longtemps avant de relire un deuxième texte en allemand, pour ne pas perdre tout le vocabulaire que j’ai repris durant cette lecture.

Ils en parlent aussi :

  • MissLéo : « Un très beau texte sur la passion et le sentiment amoureux. »
  • Shelbylee : « J’ai trouvé cette oeuvre magnifique. Je regrette juste que l’intrigue ait été aussi évidente (mais pouvait-il en être autrement ?) et cela n’empêche rien à la beauté de certains passages. »

Je vous recommande :

Pas de commentaires

  • Répondre Bianca 9 avril 2013 at 5 h 27 min

    C’est un très beau roman et j’espère beaucoup aimé la plume de zweig même si l’histoire est loin d’être originale, on se laisse emporter

    • Répondre Eliza 14 avril 2013 at 18 h 06 min

      C’est sûr que l’histoire peut se raconter en trois phrases, et pourtant elle est racontée avec tellement de passion que c’est son héroïne qui la rend originale…

  • Répondre Claire 9 avril 2013 at 5 h 34 min

    C’est un très beau roman. Ton billet me donne envie de me replonger dans une histoire de zweig (lettre d’une inconnue étant de loin ma préférée)
    Je suis extrêmement impressionnée par le fait que tu l’aies lu en langue originale.
    Bonne semaine de lecture!

    • Répondre Eliza 14 avril 2013 at 18 h 05 min

      J’aime beaucoup Lettre d’une inconnue, qui est aussi l’une de mes préférées de Zweig 🙂

  • Répondre alexmotamots 9 avril 2013 at 9 h 15 min

    Merci de me le remettre en mémoire, je l’avais beaucoup aimé.

    • Répondre Eliza 14 avril 2013 at 17 h 59 min

      C’est vraiment ce que j’aime avec le blog, j’avais complètement oublié l’histoire, mais maintenant, je ne l’oublierai plus !!

  • Répondre Miss Léo 9 avril 2013 at 18 h 53 min

    Comme toi, j’ai été subjuguée par la fameuse « scène des mains » ! Encore merci pour le partage de cet excellent moment de lecture. Je vois que nous sommes d’accord quant à la nécessité de se plonger très rapidement dans un nouveau texte en allemand, pour ne pas perdre tout le bénéfice de notre bel et méritoire effort. 😉

    • Répondre Eliza 14 avril 2013 at 17 h 57 min

      Heureusement que tu étais là pour me challenger !! Sans toi, j’aurais sans doute laissé tombe 😉 Alors merci !! J’ai aussi Le Joueur d’échecs en bilingue…

  • Répondre Emily 10 avril 2013 at 15 h 26 min

    Bravo de l’avoir lu en allemand ! 😉
    J’ai très envie de lire cette nouvelle avec tout vos beaux billets !

    • Répondre Eliza 14 avril 2013 at 17 h 56 min

      Je te la conseille vraiment, c’est court, intense, magnifique !

  • Répondre Deuzenn 12 avril 2013 at 8 h 20 min

    Je t’admire de l’avoir lu en Allemand! C’est un très beau texte de Zweig.

    • Répondre Eliza 14 avril 2013 at 17 h 55 min

      Oui, j’aime beaucoup ce texte, et je suis vraiment contente d’avoir pu le lire en partie en allemand !

  • Répondre Enigma 16 avril 2013 at 18 h 30 min

    Lettre d’une inconnue fut un coup de cœur pour moi, j’ai hâte de me plonger dans d’autre nouvelle de cet auteur comme celle-ci.

  • Répondre Lectures de vacances | Passion Lectures 21 juillet 2013 at 18 h 36 min

    […] Lettre d’une inconnue, suivi d’Amok, Stefan Zweig : deux nouvelles pour continuer le challenge Myself de Romanza pour lequel je voulais lire quatre titres de Zweig. Déjà lu : Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. […]

  • Répondre Camille 5 décembre 2013 at 8 h 45 min

    Bonjour! Merci pour ton texte 🙂 j’adore ce livre aussi…. et je le cherche en version bilingue aussi! Peut-etre peux tu me dire où la trouver sur internet? Je te remercie!!!

  • Répondre 2013 en livres | Passion Lectures & co 1 janvier 2014 at 15 h 18 min

    […] Zweig Stefan, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme […]

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