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Wilkie Collins & Charles Dickens

1 novembre 2011

Je referme à peine la dernière page de Drood, de Dan Simmons, et pendant que je laisse reposer quelques jours mon avis sur ce livre, je voulais vous faire (re-)découvrir les principaux personnages de ce roman foisonnant. Sous forme de confession rédigée par Wilkie Collins, Drood raconte les dernières années de la longue et difficile amitié de celui-ci avec Charles Dickens et la part grandissante qu’a pris le « mystère de Drood » dans leurs vies. Tout pourrait se résumer dans ce premier paragraphe :

Je m’appelle Wilkie Collins et […] je suppose que mon nom ne te dit rien. Certains me présentent comme un joueur et ils ont raison. Je te parie donc, Cher Lecteur, que tu n’as lu aucun de mes livres, aucune de mes pièces de théâtre et que tu n’en as même pas entendu parler. […] Néanmoins, je suis prêt à parier ma fortune, pour ce qu’elle vaut, et tous les droits d’auteur à venir de mes pièces et de mes romans, pour ce qu’ils vaudront, que vous vous souvenez du nom, des livres, des pièces et des personnages imaginaires de mon ami et ancien collaborateur, un certain Charles Dickens.

Malgré cette introduction, je vous conseille fortement d’avoir lu Wilkie Collins avant de commencer ce livre, faute de quoi vous passerez à côté de quantité d’allusions intéressantes sur ses livres. Car Dan Simmons nous entraîne au cœur même du processus de création littéraire et de l’alchimie existant entre Collins et Dickens lorsqu’ils écrivaient. En effet, au cours des 5 années que couvre ce livre, notre narrateur va entreprendre la rédaction de son plus gros succès : La Pierre de lune, suivi par un titre moins connu, Mari et femme. De son côté, Charles Dickens achèvera la rédaction de L’Ami commun, organisera plusieurs tournées de lectures publiques de ces romans, puis entamera son dernier livre, resté inachevé, Le mystère d’Edwin Drood. Ils co-écriront par ailleurs quelques textes, puis leurs adaptations théâtrales.

charles dickensEn 1865, date à laquelle commence le roman, Charles Dickens est déjà reconnu comme l’un des plus grands écrivains britanniques. Les Aventures de M. Pickwick, publié presque trente ans plus tôt, lui ont assuré un succès immédiat. Puis suivent Nicholas Nickleby, David Copperfield, Les Temps difficiles, De grandes espérances… tous publiés en feuilletons, auxquels sont venus s’ajouter les contes de Noël, très attendus depuis Un chant de Noël. Très tôt, Dickens souhaita donner des lectures publiques d’extraits de ses livres. Ses talents d’orateur et de comédien (il jouera lui-même dans plusieurs de ses pièces) les rendaient particulièrement vivantes et drôles. Lors de ses dernières années, il organisera de véritables tournées, en Angleterre, en Irlande et même aux Etats-Unis. Réécrivant ses textes, entre adaptation théâtrale et improvisation, Dickens réinventait un spectacle vivant et ces séances de lecture eurent un succès phénoménal. Mais elles l’épuisèrent et furent en grande partie responsables de sa mort, en 1870.

De son côté, Wilkie Collins, « jeune » protégé de Charles Dickens (il n’avait que 12 ans de moins que lui) depuis 1851, connaissait lui aussi un certain succès avec des romans et des nouvelles « à sensation », éditées par Dickens lui-même dans sa revue. Après La Dame en blanc, Collins s’attela à une technique narrative complètement nouvelle : dans La Pierre de lune, chaque chapitre est écrit à la première personne par un des témoins d’une histoire de vol de diamant, le tout rassemblé et dénoué par un détective privé, le sergent Cuff. Ce roman est souvent considéré comme le premier roman policier en anglais, préfigurant les enquêtes de Sherlock Holmes. Souffrant d’une goutte rhumatismale, Collins était cependant de plus en plus dépendant à l’opium, qu’il prenait sous forme de laudanum ou qu’il fumait, provoquant de nombreuses hallucinations, dont celle d’un jumeau fantomatique qui le suivait partout.

L’histoire commence avec l’accident de Staplehurst, le 9 juin 1865.Charles Dickens fut l’un des seuls survivants (avec sa maîtresse et la mère de celle-ci) de cet accident de train, qui laissa un traumatisme important sur l’écrivain. Cette gravure du London Illustrated News illustre l’accident :

De nombreuses scènes du roman se passent à Gad’s Hill Place, la maison que Dickens occupa dans le Kent avec toute sa famille à partir de 1857, dans laquelle Wilkie Collins est souvent invité, notamment pour les fêtes de Noël.

Gad's Hill Place

Dickens et ses filles Kate et Mary à Gad's Hill Place, Robert Hindry Mason, 1865.

Voilà, j’espère vous avoir donné envie de lire ce roman, ma chronique arrive bientôt !

Je vous recommande :

2 commentaires

  • Répondre Titine 3 novembre 2011 at 10 h 52 min

    Ton article est très sympa, c’est une bonne idée d’avoir mis des photos. Je suis toujours plongée dans « Drood » et je trouve ça génial d’autant plus que je suis une grande fan de Dickens et Collins.

  • Répondre Drood, Dan Simmons « Passion lectures 5 novembre 2011 at 21 h 54 min

    […] recherches sur ces deux écrivains, leur amitié, leurs oeuvres. J’en ai parlé un peu dans ce précédent article. En cherchant aussi d’autres livres de Dan Simmons, j’ai vu que son roman précédent […]

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